Voir Grand : la classe des parents d’élèves

À l’Île-du-Prince-Édouard, le programme Voir Grand convie les parents d’élèves à l’école. Ces soirées permettent de resserrer les liens de la communauté, que les familles soient francophones ou anglophones.

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Marine ERNOULT

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

«Mon fils m’a dit, maman, tu dois aller à l’école ce soir, ne reste pas à la maison», raconte une mère de famille anglophone, tout sourire. Aux côtés d’une quarantaine de parents, elle participe à une soirée Voir Grand, organisée le 12 décembre par l’école de langue française La-Belle-Cloche à Rollo Bay, à l’est de l’Île-du-Prince-Édouard (Î-P-É).

Un triple objectif

Créé par la Commission scolaire de langue française (CSLF) de l’Î-P-É, en partenariat avec la Fédération des parents et le ministère de l’Éducation et la communauté francophone de l’île, le programme est proposé dans les six établissements scolaires francophones de la province. Lors de ces événements, les portes des écoles sont ouvertes aux parents, francophones et anglophones, qui assistent à des conférences et prennent part à des ateliers. Trois ou quatre séances par année de Voir Grand sont organisées à La-Belle-Roche.

L’objectif est triple : les aider à mieux accompagner la scolarité de leurs enfants, renforcer leur maîtrise de la langue française et améliorer leur connaissance de la culture francophone. « Nous bénéficions de beaucoup de soutien des enseignants, notamment pour les devoirs à la maison », souligne Belinda Dingwell, une mère de famille anglophone.

En milieu linguistique minoritaire, « l’école n’est pas seulement une question d’enseignement et de programmes, nous avons un mandat de plus, souligne Julie Gagnon, directrice des études de la CSLF de l’Î.-P.-É. Nous devons faire prendre conscience aux familles que la langue et la culture française font partie de l’identité de leurs enfants.» À La-Belle-Cloche, où 34 % des étudiants ont deux parents anglophones, Voir Grand est un outil d’intégration essentiel. «En venant à ces soirées, j’ai l’impression de faire partie de l’école, d’être impliquée dans la communauté francophone», assure Ernestine Bradley, une maman qui parle uniquement l’anglais.

Boulots et racines

Pourquoi des familles anglophones se tournent-elles vers l’enseignement en français? Au-delà de l’importance d’apprendre l’une des deux langues officielles du Canada, les raisons qui motivent ce choix sont diverses. Belinda Dingwell a inscrit ses enfants à La-Belle-Cloche pour «qu’ils aient plus d’opportunités professionnelles dans le futur, qu’ils puissent plus facilement voyager». Meilleurs boulots, meilleure carrière, ces mots reviennent souvent. Chastity Smith, elle, a mis ses filles à l’école française pour renouer avec ses origines acadiennes. «Mes ancêtres ont changé de nom il y a longtemps et ont arrêté de parler le français», regrette-t-elle. Malgré la barrière de la langue, elle se sent appartenir à la communauté francophone.

L’importance du sentiment d’appartenance pour redonner du sens à l’école en français, c’est le message que Mathieu Gingras veut faire passer à La-Belle-Cloche. Ce soir-là, l’animateur de Voir Grand, porte-parole de Français pour l’avenir (une organisation qui promeut le bilinguisme canadien auprès des jeunes) insiste : «En mettant vos enfants à l’école de langue française vous faites autant partie de la communauté acadienne francophone que des Arsenault de la région Évangéline. »

Le conférencier rappelle avec force le rôle que doivent jouer les parents dans la construction de l’identité de leurs enfants. Le français doit être valorisé à la maison. «Les familles peuvent emmener leurs enfants à la bibliothèque francophone, leur proposer de regarder des films en français ou inviter des amis qui parlent la langue», donne en exemple Julie Gagnon.

L’an dernier, quatre élèves du secondaire de La-Belle-Cloche ont quitté pour aller fréquenter l’école anglaise. Mathieu Gingras confirme que sa tâche est un effort perpétuel. «Ceux qui viennent aux soirées Voir Grand sont souvent déjà convaincus. Ce sont les autres qu’il faut aller chercher, auxquels il faut tendre la main».

 

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Photos disponibles sur demande auprès de ijlatlantique@gmail.com

 

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  • Date de création 6 janvier, 2020
  • Dernière mise à jour 6 janvier, 2020
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