Violences familiales à l’heure du confinement : l’aide reste disponible

Avec la pandémie de COVID-19, les acteurs sociaux de l’Île-du-Prince-Édouard craignent une augmentation des violences familiales liées à l’isolement. Ils soulignent avec force que les services restent ouverts pendant la crise.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

«Nous sommes toujours là» martèle Danya O’Malley. La directrice exécutive du Service de prévention de la violence familiale (SPVF) tient à ce que le message passe. La pandémie de COVID-19 qui s’étend sur le globe, au Canada et à l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.) est un facteur de stress, «qui peut accroître la violence dans les familles», selon elle.

Un avis partagé par Jane Ledwell : «Les changements de vie majeurs, comme celui auquel nous sommes confrontés, est un facteur de risque.» La directrice exécutive du Comité consultatif sur le statut de la femme à l’Î.-P.-É. explique que «la violence s’exerce aussi par un abus de pouvoir et de contrôle». Avant d’ajouter : «S’ils ont le sentiment de perdre le contrôle, les agresseurs peuvent devenir implacables».

«Beaucoup de pression et d'anxiété»

Soeur Norma Gallant, du Groupe consultatif communautaire Évangéline, évoque ses dernières discussions avec des familles qui ont peur de perdre leurs emplois, qui se demandent si elles vont pouvoir acheter de la nourriture pour leurs enfants, des personnes âgées qui s’inquiètent parce qu’elles ne peuvent plus utiliser d’argent liquide dans certains magasins. «Hier, j’ai rencontré deux jeunes qui m’ont dit que le monde était effrayant, inquiets pour leur année scolaire», ajoute-t-elle.

«Il y a beaucoup de pression, d’anxiété», abonde Jane Ledwell. Elle reconnaît «avoir peur pour ses voisins et voisines. Il y a des gens qui sont en danger.» Et elle aussi, insiste : «Le 9-1-1 et les services d’aide restent disponibles et ils font de leur mieux.»

Il est difficile de savoir si les violences familiales s’accroissent réellement depuis deux semaines à l’Île. «Personne n’a vraiment une idée, car il n’y a pas forcément de signalement, explique Danya O’Malley, qui se base sur le nombre d’appels téléphoniques entrants. Je n’ai pas noté d’augmentation.»

Le téléphone et le courriel, les seuls liens

Il est important de soulever que victimes n’ont pas toujours la possibilité d’appeler. «Je n’imagine pas comme ça doit être difficile de pouvoir téléphoner pendant le confinement, observe-t-elle. Les personnes abusives contrôlent parfois l’usage du téléphone, souvent la seule corde de sauvetage. Mais il y aura toujours quelqu’un à l'autre bout du fil.» Il peut être tout aussi difficile d’envoyer un courriel si Internet est surveillé par un partenaire violent. Danya O’Malley en est consciente. Le site internet du SPVF a ainsi mis un bouton spécial sur chaque page permettant de changer rapidement de fenêtre.

Norma Gallant, elle, reçoit des «questions très spécifiques». Elle agit comme à titre d’intermédiaire en prévention de la criminalité, à l’échelle de l’île, et renvoie celles et ceux qui en ont besoin vers les services comme le SPVF. «Nous sommes isolés nous aussi, note-t-elle. Je ne peux pas me rendre chez les gens ou dans les résidences pour personnes âgées. On est tous coupés les uns des autres.»

En temps normal, les femmes, avec ou sans enfant, qui veulent s’éloigner du domicile s’installent dans un refuge pour une durée limitée, le temps de trouver une solution à long terme. Mais comment trouver un appartement alors que tout est fermé et qu’il faut éviter au maximum de sortir de chez soi? Danya O’Malley s’inquiète «que les gens ne puissent pas venir se réfugier par manque de place». Autre difficulté : le respect des distances de sécurité au sein même des établissements. «À la Anderson House, nous avons interdit les visites, rapporte-t-elle. Les personnes peuvent sortir prendre l’air seulement autour de la maison». Des précautions semblables à celles prises au refuge de Lennox Island.

Six chambres d’hôtel à Charlottetown et dans les environs ont également été réservées pour augmenter le nombre de places disponibles. «Il y a toute sorte d’endroits pour avoir de l’aide, insiste Norma Gallant. Il faut donner le nom des services, les numéros de téléphone.»

En voici quelques-uns :

Anderson House (Charlottetown)

Urgence 902-892-0960

Urgence (24h) 1-800-240-9894

 

Refuge de Lennox Island

(855) 297-2332

 

Soeur Norma Gallant, GCCÉ

902-439-1147

 

Community Legal Information

902-892-0853

 

Protection de l’enfance

Heures de bureau 1-877-341-3101

Urgences (24h) 1-800-341-6868

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  • Date de création 27 mars, 2020
  • Dernière mise à jour 27 mars, 2020
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