IJL - Ouest

Vers la décriminalisation de certaines drogues en Colombie-Britannique

Mi-novembre, le conseil municipal de Vancouver accepte à l’unanimité une motion en vue de décriminaliser la possession simple de drogues illicites dans le but de lutter contre la crise des opiacés. Ce fléau est un sujet prégnant depuis plusieurs années dans la province, déclaré crise de santé publique en 2016 et exacerbé par la pandémie de la COVID-19. En octobre, BC Coroners Service a émis un rapport indiquant une augmentation de 116 % des morts imputable à un usage de drogues illicites toxiques par rapport à octobre 2019, pour un nombre total de 1386 morts par surdose cette année.  

Gratianne Daum

Initiative de journalisme local – APF – Ouest

Cette décriminalisation ne concerne pas les drogues telles que l’héroïne ou la cocaïne. Il ne s’agirait pas non plus d’une légalisation comme ce qui a été fait pour le cannabis. Ici, le concept de décriminalisation implique la reconnaissance de l’usage non-contrôlé de substances comme un enjeu de santé publique en tant que tel, et non comme un acte criminel. D’où la notion de « possession simple ».

La police de Vancouver indique que dans le cas où les forces confisquent la drogue d’un consommateur lors d’une intervention, « pour les remplacer, les personnes font des choix plus risqués, comme le commerce du sexe ou la petite délinquance », ces crimes liés à la consommation de drogues étant alors classés criminels par le système judiciaire.

Ce projet de décriminalisation vise donc à pouvoir rediriger les ressources pour le maintien de l’ordre public vers des mesures de soutien sanitaire dédiées. L’effet ricochet permettrait également de déstigmatiser les utilisateurs. Ce qui a pour conséquence d’empirer le problème.

« Aujourd’hui plus que jamais, nous devons empêcher la stigmatisation des consommateurs de drogues et la honte qu’ils ressentent, ce qui les empêche de chercher de l’aide », avait indiqué le médecin en chef de la province, Dr Bonnie Henry, lors d’un point presse en novembre.

Réactions dans les autres provinces

David-Martin Milot est médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive ainsi que professeur adjoint à l’Université de Sherbrooke. Pour lui, cette action de Vancouver « est une excellente nouvelle pour la société canadienne. Plutôt que de punir inutilement les usagers de telles substances, il est préférable d’adopter une approche adaptée pour répondre à leurs besoins en termes de services de santé et services sociaux ».

David Baudemont est un art-thérapeute professionnel fransaskois. Il voit également ce projet comme une « très bonne décision » pour le pays. « La crise des opioïdes étant pancanadienne, cela donne un exemple qui pourra être suivi par d’autres. En Saskatchewan, elle est majeure aussi », dit-il.

Au jeu des pronostics sur la décision fédérale, David-Martin Milot répond que « le gouvernement canadien montre une ouverture intéressante aux alternatives à la prohibition et aux interventions en réduction des méfaits. En légalisant le cannabis consommé à des fins récréatives et en facilitant le développement de services de consommation supervisée établis ou temporaires, entre autres, ce gouvernement a démontré aux Canadiennes et Canadiens qu’il s’appuyait sur la science et l’avis des experts en la matière pour prendre ses décisions ».

Ce que la pandémie a révélé

La distanciation physique déclenchée par la pandémie a mis en exergue le problème spécifique du soutien psychologique qui doit accompagner les mesures de lutte contre la crise des opiacés.

« Les mesures sociosanitaires en place pour la COVID-19, bien que nécessaires, ont aussi des conséquences néfastes possibles sur les usagers. Par exemple, on décourage les Canadiennes et Canadiens de fréquenter d’autres personnes, alors que le fait de consommer seul place une personne à plus grand risque de surdose fatale. Finalement, les organismes communautaires offrant des services essentiels aux usagers de substances psychoactives sont en situation de grande précarité actuellement et l’offre de services s’en voit affectée », indique David-Martin Milot, qui vient tout juste de publier une étude complète sur le sujet.

David Baudemont, abonde en ce sens. « Les refuges ferment. Les contacts sociaux deviennent difficiles, donc pas de support moral pour les plus démunis », explique-t-il. Il donne l’exemple du centre Prairie Harm Reduction à Saskatoon qui a lancé un programme d’injection, ainsi qu’un accès à un refuge de jour fournissant un soutien de base [nourriture, téléphone, etc.]. « Ils ont malheureusement fermé leurs portes [fin novembre] à cause d’un cas COVID-19 parmi leur personnel ».

Il propose de commencer par « lancer une campagne d’information sur la situation à l’échelle du pays. La crise des opiacés est alarmante, selon lui, mais passe complètement inaperçue à cause de la pandémie. Je ne pense pas que le public ait la moindre idée de l’ampleur du problème. Les gens ont probablement entendu ces chiffres, mais ils ne les retiennent pas ».

En juillet dernier, le premier ministre albertain, Jason Kenney, annonçait un financement de 10 millions de dollars pour la construction de deux centres de rétablissement dans le cadre de la lutte provinciale contre la crise des opiacés. La province a pris la position d’agir sur l’accompagnement psychologique plutôt que la mise en place de centres d’injection sécurisés. Il avait d’ailleurs montré du doigt un quartier de l’est de Vancouver (Downtown Eastside), incarnation de la crise au Canada. « Si vous pensez que [les sites sécurisés] réussissent, je vous invite à aller vous promener dans la rue East Hastings », avait-il lancé en conférence de presse.

En septembre, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, avait déclaré qu’il n’est pas favorable à la décriminalisation en tant que solution à la crise des opiacés. Le conseil municipal de Vancouver attend maintenant l’accord d’Ottawa pour l’obtention de l’exemption nécessaire à la loi réglementant certaines drogues et autres substances pour l’entrée en vigueur dans la ville.

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Bas de vignettes

Déclaration du conseil municipal de Vancouver pour obtenir l’exemption fédérale pour la décriminalisation de drogues simples.

Vote unanime au conseil municipal de Vancouver pour obtenir l’exemption fédérale pour la décriminalisation de drogues simples.

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  • Date de création 7 décembre, 2020
  • Dernière mise à jour 7 décembre, 2020
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