Université laurentienne: des étudiants s’interrogent sur la diminution de l’offre

«S’ils l’ont fait une fois, qu’est-ce qui les empêche de recommencer?» Comme d’autres étudiants, Maël Bisson observe la diminution de l’offre de programmes à l’université Laurentienne, après que l’établissement ait confirmé avoir suspendu les admissions dans 17 disciplines en première année pour la rentrée, dont une dizaine en français. 

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Inès Lombardo

Initiative de journalisme local – APF – Ontario

Maël Bisson s’apprête à commencer sa 2e année en spécialisation théâtre. Il s’estime chanceux, car il est déjà inscrit depuis un an. Ses cours ne sont pas affectés, il n’en reste pas moins inquiet pour les autres. En théâtre en français, la majeure, la mineure et la concentration restent accessibles. Et les cours de cette année ne seront pas modifiés pour les étudiants déjà inscrits.

Mais cela oblige ceux qui souhaitent suivre la spécialisation à poursuivre leurs études ailleurs. Fait non négligeable: cette dernière concentre le maximum de crédits.

«Moi par exemple, je voulais pousser mes études en théâtre, c’est pour ça que j’ai choisi la spécialisation, précise le jeune homme. Mais qu’en est-il des futurs étudiants qui souhaitent la suivre en français ? Si elle n’existe plus dans le Nord de l’Ontario, ça les pousse à aller jusqu’à l’université d’Ottawa.»

«Si je commande un sandwich au resto, je ne veux pas qu'on m'apporte une soupe.» 

Ce n’est décidément pas une bonne année pour la discipline à Sudbury: en mai dernier, l’université Thorneloe avait supprimé les programmes de théâtre et de cinéma (en anglais). L’offre commence donc à s’appauvrir dans le Nord de la province pour les métiers du théâtre. Maël Bisson veut rester positif pour ses camarades qui souhaiteraient suivre sa voie : «Je me dis toujours que si quelqu’un veut vraiment suivre le programme de théâtre en français, il va tout faire. C’est toujours possible. Mais cela implique de déménager et… c’est dommage.»

Comme Maël, Micheal Lemire n’est pas surpris. Lui aussi poursuit la spécialisation en théâtre, mais est aussi inscrit à la majeure en droit. Bientôt en 4e année, il explique qu’il travaillait à «récupérer les étudiants qui n’ont pas pu s’inscrire en théâtre à Thorneloe après la suppression de mai pour qu’ils s’inscrivent dans notre programme». Une tâche rendue plus difficile par l’université cette semaine.

Cette dernière se veut pourtant rassurante sur l’orientation des étudiants concernés. Certains auraient été contactés pour trouver des équivalences et les accommoder. Tous les étudiants ont reçu des informations notamment ceux en théâtre : l’établissement travaillerait actuellement pour rationaliser les programmes et offrir la spécialisation sous différentes conditions.

Pour certains, la valeur du diplôme se ternit en l’absence d’une spécialisation. Alors que Micheal pense qu’il serait légitime pour l’université de proposer une alternative, Maël est plus incisif: «Quand on s'attend à étudier une matière et qu'on se retrouve à étudier une autre, c'est insultant. Si je commande un sandwich au resto, je ne veux pas qu'on m'apporte une soupe.»

Nouveau choc pour la francophonie

Le recteur de la Laurentienne, Robert Haché, affirme que la décision de suspension est en partie basée sur un manque de fonds et cela, Micheal veut bien le croire. Selon lui, la francophonie en pâtit davantage, même si des programmes anglophones sont également concernés. Maël abonde dans le même sens : la francophone est plus à risques.

De son côté, Simon Paquette, président de l’Association des étudiantes et étudiants francophones de l’université Laurentienne (AEF), estime «honnête de la part de l’université de le dire en avance. Cette décision ne m’inquiète pas, car je sais que mes cours vont continuer comme promis».

Cet étudiant en 3e année en santé, qui suit une mineure théâtre en français, relève également l’autre pendant à l’origine de la suspension des inscriptions, après une rencontre avec le recteur : «Dans tous les programmes suspendus, moins de 50 étudiants étaient enregistrés. Vu sous cet angle, je comprends».

Il concède avoir été surpris, notamment par rapport aux disciplines concernées. Quant à une alternative proposée aux étudiants, il n’en a pas entendu parler. «S’il y a une offre dans ce sens, nos professeurs sauront s’adapter», veut-il croire. Il s’attend aussi à une meilleure qualité de cours et de sélection pour les étudiants. Dans ce contexte compliqué, puisse-t-il être exaucé.

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Photo :

  • Maël Bisson s’apprête à commencer sa 2e année en spécialisation théâtre. Il s’estime chanceux, car il est déjà inscrit depuis un an. Ses cours ne sont pas affectés, il n’en reste pas moins inquiet pour les autres. (Crédit : Courtoisie)
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  • Date de création 17 août, 2020
  • Dernière mise à jour 24 août, 2020
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