Une «bulle d’air» en temps de confinement

Depuis la fin mars, le Mouvement ontarien des femmes immigrantes francophones (MOFIF) propose une série de webinaires pour que les femmes aient un espace où elles se sentent à l’aise de parler de leurs besoins. Ces derniers sont grands en temps de pandémie, encore plus quand on vient d’arriver au Canada en pleine crise sanitaire.

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André Magny — Initiative de journalisme local – APF – Ontario

«Ce n’est pas parce qu’on est confinés qu’il n’y a rien à faire!» clame haut et fort la directrice générale du MOFIF, Carline Zamar.

À raison de trois fois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis à 10 h, les membres du MOFIF comme celles qui ne le sont pas peuvent assister à des rencontres virtuelles sur des sujets aussi divers que l’école à la maison, le soutien par les pairs ou la nourriture et la santé.

«Avant de commencer nos rencontres virtuelles, on a donné du temps aux femmes afin qu’elles réfléchissent à leurs besoins», souligne Carline Zamar. Les thèmes abordés le sont donc en fonction des demandes reçues.

Le MOFIF est certes voué aux femmes immigrantes. Mais en ces temps de pandémie, Mme Zamar tient à préciser que l’organisme torontois «n’a pas fermé l’accès aux autres femmes, qu’elles soient en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick ou ailleurs» en ce qui a trait aux webinaires. Les hommes sont aussi les bienvenus.

Confinement et accompagnement

Femmes célibataires, avec ou sans enfants, dont le conjoint est parfois resté au pays, femmes retraitées, voire des adolescentes ; le profil des membres du MOFIF est varié. Mais une chose est sûre selon la directrice : «Quand ces femmes arrivent au Canada, c’est déjà assez difficile, alors imaginez en temps de confinement.»

Elle mentionne également que certaines vivent de la stigmatisation de la part de leur entourage. «Ces mamans, on les tient responsables de ce qui arrive.»

Offertes en partenariat avec la Société économique de l’Ontario (SEO), le Collège Boréal et le Conseil scolaire catholique MonAvenir, les rencontres virtuelles sur Zoom ont attiré près de 350 femmes selon la directrice générale.

«Mais ce ne sont pas juste des webinaires, il y a aussi de l’accompagnement», précise-t-elle. Le MOFIF tient à soutenir ses membres au-delà de leur participation à un atelier. «C’est une bulle d’air ces rencontres. De plus, on a la chance d’avoir des experts qui sont généreux», souligne Mme Zamar.

Vivre son deuil et réapprendre le rire

Parmi ces spécialistes qui partagent leur expérience et qui savent écouter, il y a Olivier Engoute, psychothérapeute. Il a donné le 18 mai son deuxième atelier pour le MOFIF sur le deuil en confinement. Le deuil au sens large : perte d’un emploi, d’un conjoint, de ses repères. Mais aussi, bien sûr, la perte d’un être cher.

«Pour une immigrante, faire le deuil de quelqu’un qui est resté au pays, c’est quelque chose de très compliqué. On ne peut pas pleurer le défunt. C’est plus difficile», constate celui qui exerce sa profession à Ottawa. En étant au loin, on peut rester dans le déni de la mort de quelqu’un. Or, le confinement peut faire en sorte que la peine refasse surface et qu’on soit mal outillé pour l’affronter.

Donnée une première fois plus tôt en mai, la conférence avait réuni une trentaine de participantes. M. Engoute est d’avis que «la crise de la COVID-19 et le confinement ont laissé émerger un besoin de mieux se connaître, de partager». Même à distance, «on peut créer un cadre de sécurité, un climat de confiance pour aider à s’épancher, à ventiler». L’atelier est proposé conjointement avec sa collègue psychothérapeute Marie-France Mbuyi-Tshibwabwa.

Du côté de Nicole Constant, naturopathe à North York, c’est par le yoga du rire qu’elle enseigne à relaxer et à mieux gérer son stress. Une technique développée en Inde par le médecin généraliste indien Madan Kataria et sa femme, Madhuri Kataria, professeure de yoga.

Et ça marche? Grand éclat de rire à l’autre bout du fil. Qui se propage du côté du journaliste. «Alors, à quoi avez-vous pensé pendant que vous riiez? À rien! C’est ça le but!» À faire le vide dans sa tête comme on le fait en relaxant.

Pendant une trentaine de minutes, Nicole Constant maintient le rire. «Le rire, c’est contagieux.» Mais quand même, une demi-heure, c’est long! «C’est un rire qui vient du ventre, le rire de l’enfance» que la spécialiste va chercher avec les participantes.

Elle les fait mettre debout pour une meilleure respiration. Après un certain temps, chaque personne développe sa technique de rire. «Certains se roulent par terre!», assure-t-elle. Le rire est contagieux, comme le coronavirus, mais en plus sympathique!

Ces rencontres virtuelles semblent avoir tellement de succès que Carline Zamar ne sait pas si elle va arrêter la formule une fois la pandémie terminée. Une chose est certaine, le MOFIF les maintient jusqu’au 29 juin.

Prochaines rencontres virtuelles à venir en mai :

Vendredi 22 mai : Soutien par les pairs : le rôle des pairs en situation difficile 2

Lundi 25 mai : L’auto-soin

Mercredi 27 mai : La nourriture et la santé 2

Vendredi 29 mai : Régionalisation : une approche bien calculée pour un établissement réussi

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BP :

  • IJLO_Webinaires MOFIF 1 : La directrice du MOFIF, Carline Zamar. (Crédit : Stéphanie St-Louis)
  • IJLO_Webinaires MOFIF 2, 3 : La directrice du MOFIF, Carline Zamar. (Crédit : Rokhaya Gueye)
  • IJLO_Webinaires MOFIF 4 : Psychothérapeute à Ottawa, Olivier Engoute s’occupe particulièrement de la santé mentale des communautés culturelles francophones en Ontario. (Crédit : Courtoisie Olivier Engoute)
  • IJLO_Webinaires MOFIF 5 : La naturopathe Nicole Constant animait le 20 mai prochain la rencontre Yoga du rire 2. (Crédit : Courtoisie Nicole Constant)
  • Nombre de fichiers 6
  • Date de création 22 mai, 2020
  • Dernière mise à jour 22 mai, 2020
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