Une aide financière pour soutenir les propriétaires inuits de chiens de traîneau

Le 8 octobre dernier, l’Association inuite du Qikiqtani (AIQ) a annoncé la mise en place d’un nouveau programme d’allocation financière visant à venir en aide à la population inuite propriétaire de chiens de traîneau, ou qimmiit en Inuktitut.
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Marine Lobrieau
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

Le projet pilote, qui durera trois ans, aura pour effet « d'aider les Inuits du Qikiqtani avec leurs qimmiit » dans le but de soutenir leurs activités de chiens de traîneau. Le programme « prévoit aider environ 100 personnes à renforcer leurs attelages canins », précise Syola Ikkidluak, coordonnatrice au Programme de revitalisation des qimmiit de l’AIQ.

Chaque propriétaire de plus de cinq chiens est admissible à cette aide qui s’élève à un montant de 3 000 $, payé en une mensualité qui couvre l’année.

Au-delà d’une aide visant à soutenir les propriétaires inuits, cette compensation financière s’inscrit dans la poursuite des travaux des recommandations émises par la Commission de vérité du Qikiqtani (CVQ), qui œuvre pour la reconnaissance et l'indemnisation des Inuits touchés par le massacre de leurs qimmiit par les autorités canadiennes dans les années 50, 60 et 70. Syola Ikkidluak espère que « la mise en œuvre de ces recommandations aidera les Inuits de la région à revitaliser cette importante tradition et pratique culturelle ».

« Soutenir le travail des équipes établies de qimmiit dans le Qikiqtani est une étape importante pour l’AIQ dans ses efforts pour mettre en œuvre les recommandations de la CVQ », déclare P.J. Akeeagok, président de l’Association inuite du Qikiqtani, dans un communiqué de presse. « J’ai hâte de voir comment le projet contribue à renforcer cette pratique culturelle chez les Inuits de la région. »

Panser le passé

Dans un rapport publié en 2013, la CVQ a examiné les réinstallations forcées des collectivités inuites du Qikiqtani et l’abattage des qimmiit de la région dans le but de «  mieux comprendre les motivations des décisions gouvernementales et les effets de ces décisions sur la vie des Inuits ».

Entre les années 50 et 70, on estime qu’environ 20 000 chiens de traîneau ont été abattus par les autorités canadiennes au Nunavut, au Nunavik et Nunatsiavut. En 2006, la GRC a conclu qu’aucun abattage organisé de chiens n’avait eu lieu : les qimmiit ont été abattus au nom de la sécurité et de la santé publique parce qu’ils étaient malades, affamés ou dangereux.

Le rapport de la CVQ a déterminé que, bien que les agents de la GRC étaient dans la légalité en suivant les lois canadiennes sur le contrôle des animaux, celles-ci n’étaient pas expliquées adéquatement aux propriétaires de qimmiit. « Beaucoup d’Inuits n’ont jamais été informés des raisons pour lesquelles leurs chiens étaient abattus », indique le rapport.

« Si la loi était claire pour ceux qui l’appliquaient, pour les chasseurs inuits, elle était illogique, inutile et nuisible, ainsi qu’appliquée de manière incohérente et imprévisible. »

Ce massacre a bouleversé le mode de vie traditionnel des Inuits ayant perdu leurs chiens de traineau, car ils ne pouvaient plus se déplacer sur le territoire pour la chasse et ne pouvaient plus nourrir leurs familles. « [Elles] devenaient ainsi dépendantes de prestations d’aide sociale inadéquates et de nourriture achetée en magasin très coûteuse », précise le rapport de la CVQ.

Le 14 août 2019, la ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord a présenté des excuses aux Inuits du Qikiqtani pour les répercussions des politiques coloniales du gouvernement fédéral appliquées dans cette région de 1950 à 1975, soit la réinstallation forcée et la séparation des familles, l’abattage des qimmiit essentiels aux déplacements et à la sécurité alimentaire dans l’Arctique et d’autres mesures d’assimilation.

« Sans aucune consultation, et souvent sans aucune explication claire, le gouvernement du Canada a promis aux Inuits du Qikiqtani une "vie meilleure" et a imposé pour ce faire des solutions propres au Sud au mode de vie du Nord », peut-on lire dans les excuses officielles. « Il est particulièrement regrettable que le gouvernement du Canada ait participé aux mesures qui ont entrainé la perte des qimmiit, qui étaient essentiels à votre culture, à votre survie et à la santé de votre communauté depuis des temps immémoriaux. »

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Photo
Crédit : Ivo Vigouroux
Légende
Les qimmiit sont essentiels dans la préservation du mode de vie inuit traditionnel basé sur la chasse.

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  • Date de création 27 octobre, 2020
  • Dernière mise à jour 27 octobre, 2020
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