Tuktoyaktuk s’accroche à ses terres

Depuis les années 80, la communauté de Tuktoyaktuk aux Territoires du Nord-Ouest doit composer avec le problème de l’érosion qui, petit à petit, élimine une plus grande partie de son littoral. Au fil des années, diverses solutions ont été tentées pour ralentir le phénomène, mais force est de constater que le temps continue de faire son œuvre et que l’urgence d’agir est bien réelle.
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Karine Lavoie
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

Victime de l’érosion causée par l’élévation du niveau de la mer, le réchauffement des températures et la fonte du pergélisol, Tuktoyaktuk a vu son paysage changer au cours des dernières décennies. Bien que certaines actions aient été posées afin de freiner le problème, la situation est de plus en plus inquiétante et d’autres solutions devront être mises en place rapidement.

Malgré tout, la communauté continue de démontrer une grande résilience et ses résidents n’entendent pas quitter leur coin de pays de sitôt.

Une détérioration qui s’accélère

Dustin Whalen, spécialiste des sciences physiques pour Ressources naturelles Canada, étudie depuis quelque temps l’érosion qui affecte la communauté et ses alentours. Selon ses recherches, plusieurs endroits autour de Tuktoyaktuk ont vu les niveaux d’érosion doubler dans les dernières années, certaines régions s’érodant jusqu’à 20 mètres annuellement.

Pour Erwin Elias, maire de Tuktoyaktuk, les conséquences de l’érosion sont bien visibles. « Les résidents de la communauté voient évidemment les changements actuels qui se produisent sous leurs yeux. Au cours des dix dernières années, l’érosion a été très marquée et il y a une urgence dans la communauté, non seulement de la part des membres de la collectivité, mais aussi des dirigeants », affirme-t-il.

Selon lui, il en coûterait entre 60 et 80 millions de dollars pour protéger le littoral : « Nous devons agir rapidement avant qu’il ne soit trop tard et nous ne pouvons pas le faire sans l’appui du gouvernement fédéral ».

Jusqu’à présent, c’est une somme de 5,5 millions de dollars qui a été remise par les instances gouvernementales afin de soutenir les initiatives d’adaptation aux changements climatiques et d’énergie propre dans la communauté.

En mode solution

La lutte contre le phénomène de l’érosion a débuté dès les années 80 pour le hameau inuvialuit, alors que des dalles de ciment avaient été placées à l’extrémité nord de Tuk comme protection pour le rivage. « À ce jour, le rivage où les dalles de ciment ont été posées a présenté une érosion minimale au cours des 30 dernières années », explique M. Elias.

Cette piste de solution continue à être envisagée dans un travail de collaboration entre le hameau et la firme BAIRD, qui se spécialise dans des solutions innovantes d’ingénierie côtière et fluviale. À cette proposition de la firme d’ingénierie vient également s’ajouter celle de reconstruire des parties de l’île Tuktoyaktuk afin qu’elles agissent comme un brise-vague naturel. Au cours des mois d’été et d’automne 2020, la firme a fait une étude plus détaillée qui se voulait nécessaire afin de réaliser une proposition. « Nous attendons actuellement que les résultats et modèles soient présentés à la communauté dans un avenir proche », affirme le maire du hameau.

Parallèlement à ce projet, Amanda Chaulk-Parrott, coordonnatrice aux communications et à la recherche à l’Institut de recherche du Collège Aurora, confirme que deux projets reliés au phénomène de l’érosion à Tuktoyaktuk sont actuellement en cours. D’une part, une étude est réalisée pour explorer le potentiel d’utilisation d’espèces végétales indigènes afin de revégétaliser le littoral affecté par la fonte du pergélisol. D’autre part, un enseignement est prodigué dans la communauté afin d’accroître la capacité de celle-ci à mesurer et à surveiller les effets des changements dus au climat.

Déménager… sans quitter Tuktoyaktuk

En avril dernier, quatre maisons menacées par la montée des eaux ont dû être relocalisées dans le village, un phénomène récurrent dans la communauté. Le temps pressait avant que ces maisons situées sur la pointe de Tuktoyaktuk ne tombent littéralement dans l’océan. Ces déménagements ont pu se produire grâce à l’octroi d’un financement fédéral de 800 000 $ dont ont pu bénéficier trois des quatre propriétaires.

Malgré l’inquiétude et les difficultés que peut causer la situation actuelle de l’érosion à Tuktoyaktuk, Erwin Elias ne constate pas de déclin au niveau de la population. Les Inuvialuits habitent la région depuis des siècles et beaucoup vivent encore sur le territoire, chassant le caribou et le béluga. « Tout le monde doit comprendre que nous sommes des gens côtiers et que c’est notre culture. Nous voulons protéger tout ce que nous avons en tant que petite communauté aussi longtemps que nous le pouvons », conclut-il.

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Photos 1 et 2
Crédit : DVS sur Wikimedia Commons
Légende
Tuktoyaktuk est l’une des communautés du nord la plus menacée par l’érosion.

  • Nombre de fichiers 3
  • Date de création 26 octobre, 2020
  • Dernière mise à jour 26 octobre, 2020
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