Transmettre l’histoire par les noms

Tout au long du mois de février, on fête les langues inuites à travers le Nunavut.
________
Gabrielle Poulin
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

Uqausirmut Quviasuutiqarniq, ou « célébration de notre langue » en inuktitut, se fête en février chaque année au Nunavut. Pour l’occasion, le gouvernement du Nunavut a invité ses résidents à partager leurs histoires de famille. Le thème de l’événement cette année : Attiiniq, soit l’approche traditionnelle d’attribution des noms en inuktut (terme englobant l’inuktitut et l’inuinnaqtun).

Une tradition importante

L’attribution des noms est une tradition de longue date pour le peuple inuit. À l’époque, la manière traditionnelle pour attribuer un nom à un enfant était très complexe. Les noms devaient refléter ce qui était important dans la culture inuite, comme l’environnement, les animaux, la famille et les esprits. Selon la tradition, les noms renfermaient la vie et la personnalité, et pour attribuer un nom à un enfant, il fallait connaitre qui il était, qui il représentait du passé et qui il deviendrait dans le futur.

« Quand j’étais jeune, tous mes camarades de classe et moi avions le même nom inuktitut. », explique Kanayuk Karpik, étudiant au Collège Arctique d’Iqaluit. « Un aîné respecté dans la communauté était décédé l’année de notre naissance et, en nous attribuant son nom, nous héritions des caractéristiques, des talents de chasseur et des valeurs qui faisaient de lui la personne qu’il était de son vivant. »

Pour Kanayuk comme pour bien d’autres Inuits, cette tradition est une façon de préserver leur culture à travers le temps. Bien qu’elle soit toujours vivante aujourd’hui, elle a tout de même subi plusieurs changements au cours des années. « Aujourd’hui, on va plutôt attribuer un nom anglais aux Inuits, et le nom inuktitut devient le nom du milieu », explique Kanayuk. Souvent, c’est le nom anglais qui va être attribué à l’enfant, plutôt que le nom inuktitut traditionnel. « La tradition est encore là, mais elle a changé », renchérit-il.

Selon les données du recensement de 2016 de Statistique Canada, 65 % des Inuits du Nunavut avaient l’inuktut comme langue maternelle comparativement à 72 % lors du recensement de 2001. Néanmoins, le rapport dénote que de plus en plus de personnes peuvent soutenir une conversation en inuktut à la maison. Depuis 2008, l’inuktut est protégé en vertu de la Loi sur la protection de la langue inuit du gouvernement du Nunavut.

Le ministre de la Culture et du Patrimoine, David Joanasie, a déclaré dans un communiqué au début du mois que cette tradition de longue date est très représentative de la société et du peuple inuit. « Transmis à travers les générations, les noms inuits nous enracinent dans nos familles et nos communautés, préservent notre savoir vivant, et permettent à notre histoire, notre culture et notre langue de s’épanouir et de se renforcer. »

Le Nunavut constitue un espace linguistique unique et distinct au sein du Canada, décrit le communiqué. Uqausirmut Quviasuutiqarniq se veut une célébration annuelle de l’importance de l’histoire et de la diversité de l’inuktut à travers le territoire.

Depuis le début février, le ministère de la Culture et du Patrimoine fait la promotion d’activités et lance diverses sources en littératie en inuktut sur les noms et la façon traditionnelle de les attribuer.

-30-

Des photos sont disponibles sur demande : ijlterritoires@gmail.com

  • Nombre de fichiers 1
  • Date de création 19 février, 2020
  • Dernière mise à jour 19 février, 2020
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article