Traductions infidèles pour les panneaux d’arrêt à Inuvik

Les nouveaux panneaux d’arrêt multilingues ont été retirés en raison d’une traduction inexacte en langue autochtone.
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Jennifer Gravel
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

Au début de mois de mars, trois nouveaux panneaux d’arrêt avec des traductions en Inuvialuktun et en Gwich’in ont été installés à Inuvik. Les traductions en Gwich’in ont toutefois été considérées comme n’étant pas exactes par plusieurs membres de la communauté.

Ce projet de traduction ne date pas d’hier. Après environ deux ans de discussions sur le sujet, le conseil municipal l’a approuvé à la fin du mois de février. Il ne s’agit pas non plus du premier projet de ce genre pour le territoire. En 2017, les panneaux d’arrêt de Fort Smith ont changé d’apparence pour afficher le mot « arrêt » en 4 langues : le français, l’anglais, le cri et le chipewyan.

Considérés par la majorité des habitants comme une bonne initiative pour la conservation de la langue, de tels projets se multiplient à travers les communautés ténoises, tant pour les indications routières que pour les services municipaux, les commerces locaux et les lieux culturels.

Traductions non adéquates

La traductrice Gwich’in Eleanor Mitchell-Firth de Fort Mcpherson, qui compte plus de 20 ans d’expérience, a été surprise du choix des mots utilisés sur les panneaux. Elle mentionne qu’une traduction plus précise aurait été appropriée. Elle explique que le mot « arrêt » a été traduit par « akwà », qui signifie « non » en Gwich’in.

Les organisateurs du projet se sont dit au courant que la définition du mot utilisé ne représentait pas la traduction exacte. Ils mentionnent que des contraintes de temps les ont obligés à mener une seule consultation privée, d’où leur décision de s’arrêter sur le mot « akwà ». Pour Mabel English, la seule aînée consultée pour le projet, l’utilisation du mot « non » pour les panneaux se voulait une traduction simplifiée du mot « arrêt ». Elle était initialement d’accord avec la traduction, qu'elle compare à l’idée des feux de circulation : « À un feu rouge, c’est non, ne conduis pas. Oui et non, c’est le concept qu’on voulait utiliser. »

Un enjeu récurrent

Ce genre d’écarts linguistiques n’est pas unique pour un territoire qui reconnaît officiellement onze langues officielles, dont neuf appartiennent à trois familles de langues autochtones différentes.

Le Gwich’in est une langue orale qui est complexe et très différente du français et de l’anglais. Elle nécessite souvent plusieurs mots pour décrire des actions et des verbes, et c’est le cas pour le mot « arrêt ». Comme la traduction pour les panneaux d’arrêt doit se limiter à un seul mot, elle devient plus difficile. Pour ce genre de traduction, explique Mitchell-Firth, la consultation de plusieurs aînés, traducteurs et conseillers sur les langues est importante afin de permettre une cohésion sur le choix de mots.

Qu’advient-il donc du projet? 

Maintenant en pause, le projet retourne à l’étape des consultations. Cette pression afin d’installer le plus rapidement possible les panneaux est disparue chez les organisateurs qui sont maintenant prêts à exécuter les étapes et les consultations plus lentement. La priorité est maintenant de recevoir les opinions de la communauté et de consulter davantage les experts pour avoir une traduction adéquate.

Cette étape semble charnière et fait ressortir une question importante : est-ce qu’un seul mot peut vraiment traduire adéquatement les panneaux d’arrêt? Une autre suggestion de traduction a elle aussi été contestée. La consultation des membres de la communauté semble être une étape plus importante que prévu.

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Des photos sont disponibles sur demande : ijlterritoires@gmail.com

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  • Date de création 24 mars, 2020
  • Dernière mise à jour 24 mars, 2020
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