Série "À la rencontre de nos Franco-Nunavois" : Isabelle Durand

Isabelle Durand vient tout juste de fêter son premier anniversaire de vie à Iqaluit. Ce « bébé de béton » de la ville de Montréal a quitté sa vie au Québec pour vivre l’aventure du Nunavut. Pourquoi? Pour vivre sa vie différemment, tout simplement.
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Maxime Beaudoin
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

« Géographe de formation, j’ai suivi mon pôle magnétique et ça m’indiquait le Nord », lance-t-elle en début d’entrevue, confiante. Selon ce qu’elle s’imaginait avant de mettre le cap sur Iqaluit, le Nunavut semblait inspirant et réconfortant. Elle pensait que ce territoire allait peut-être provoquer l’émergence d’un nouveau sens à son art. En plus d’être géographe, elle peint, sculpte la pierre et écrit.

Après son diplôme en géographie en poche, elle a décidé de faire une maitrise en gestion des infrastructures urbaines avec comme projet les problématiques des rats en milieu urbain. Elle a travaillé ainsi 15 ans comme agente technique à la Ville de Montréal. « J’ai contribué à une meilleure gestion des interventions sur les réseaux d’aqueduc et d’égout. Pour être honnête, les cônes orange, c’est un peu de ma faute. Par ailleurs, j’ai été une chasseresse de rats testant des techniques de contrôles des animaux envahissants par des méthodes moins nuisibles pour l’environnement et moins cruelles pour les rats. »

Mme Durand a un projet artistique en tête depuis qu’elle a déposé ses valises dans la capitale du Nunavut. Elle désire mettre sur pied et gérer un atelier de sculpture sur pierre pour les artistes du Nunavut. « Ce lieu de création inclusif et sécuritaire a plusieurs objectifs : la valorisation artistique, la transmission intergénérationnelle ainsi que la cohésion sociale et interculturelle. » La redevance est très importante à ses yeux. Si une œuvre d’art faite par un artiste du Nunavut est vendue dans le Sud, elle tient mordicus à ce que le créateur reçoive sa juste part.

La géographe trouve également du temps pour s’impliquer dans sa communauté. Elle a commencé notamment à donner de son temps au Qajuqturvik Community Food Centre en servant de la nourriture. Le contact avec les gens lui fait du bien. « Il faut se rappeler qu’il y a une histoire ici, il est important d’en être conscient. Ça m’apporte beaucoup. Je tiens à me rapprocher d’eux afin d’apprendre de leur vécu. C’est un beau partage. »

Mme Durand passe également du temps au Quimaavik Woman’s Shelter. Elle aime gâter les femmes de ce centre en leur offrant ses peintures. Les réactions des femmes qui reçoivent ses cadeaux la gratifie amplement. « Elle sont contentes, heureuses. Elles n’en reviennent juste pas que je leur donne mes peintures! » Ses peintures lui permettent de montrer et de se libérer de ses émotions, mais de façon physique. C’est un honneur pour elle d’être dans le quotidien des gens, de faire la différence et de donner un peu de joie.

Comment vit-elle sa francophonie au Nunavut? Depuis qu’elle y réside, elle s’est fait des amis francophones et ça lui fait du bien. Elle prend du temps pour regarder les nouvelles du Québec pour rester connectée à ses racines. De plus, elle n’hésite pas à regarder les spectacles de Louis-Josée Houde, son humoriste préféré.

Est-ce qu’elle s’ennuie du Sud? Oui, un peu, mais elle sent qu’elle a sa place dans l’Arctique. Il lui manque la fraicheur des aliments du Sud, le Vieux-Montréal et le métro. Pour le moment, le rythme de vie ici est trop bon pour elle afin qu’elle pense retourner au Québec. Afin de ne pas trop s’ennuyer de la belle province, Isabelle Durand n’hésite pas à cuisiner de la poutine, du pâté chinois et d’acheter des Bagels Saint-Viateur chez Baffin Island Canners.

Comment qualifierait-elle les Franco-Nunavois? Selon sa vision, ce sont des gens passionnés. Il y a un lien communautaire qu’on ressent dans le cœur ici. « On peut se reconnecter à soi, on se reconnecte à la terre. Je regarde la baie qui dégèle et qui suit le rythme de la marée. Tout est possible. Le ciel, le silence de la toundra, les corbeaux qui font leurs drôles de bruits, les chiens qui jasent! C’est mon ancrage, j’ai besoin de ça pour me sentir bien. »

La célébration de la St-Jean-Baptiste est importante à ses yeux. « J’ai la fleur de lys tatouée dans le dos. Je vais écouter le spectacle et je serai assurément nostalgique. » Mme Durand a un message pour les francophones qui pensent venir s'établir au Nunavut, mais qui hésitent : « Si tu hésites, c’est que ce n’est pas pour toi! Le Nord, ça vient des tripes! Tu ne fais pas des milliers de kilomètres pour rien. C’est un mouvement de déracinement pour venir se réenraciner. C’est tellement grand, on se sent en liberté. »

Isabelle Durand a même appris à savourer l’instant boréal et ce, même à – 50 degrés Celsius. Sa vie dans le Nord lui permet maintenant de se retrouver dans un autre univers afin de se connecter à ce qu’elle veut réellement accomplir. « Apprivoiser et me laisser apprivoiser par la communauté inuite est au cœur de ma démarche. De plus, je n’entends plus personne chialer sur la météo ici. Juste pour cela, c’est le bonheur! »

Pour de plus amples informations sur les œuvres d'art d'Isabelle Durand : https://isabelledurand2.wixsite.com/monsite?fbclid=IwAR3h9hS6iXZqslwxco_jNG0dkiFZv0NkMk3vGee10sMNl51k2gPorb6WMAw

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Photo 1
Crédit : Isabelle Durand
Légende
Isabelle Durand célébrait récemment son premier anniversaire de vie à Iqaluit.

Photo 2
Crédit : Yan Villeneuve
Légende
Sculpture créée par la Franco-Nunavoise.

Photo 3
Crédit : Isabelle Durand
Légende
Peinture créée par la Franco-Nunavoise.

  • Nombre de fichiers 4
  • Date de création 15 juin, 2020
  • Dernière mise à jour 15 juin, 2020
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