Saint-Jean coincée entre croissance et décroissance

 *Cet article fait partie d’une série sur l’étalement urbain dans la région de Saint-Jean, Nouveau Brunswick (1/3)

En 2020, la Ville de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, prévoit réaliser un déficit de 11 millions de dollars. Un triste mélange de décroissance de sa population et d’expansion de son territoire depuis les années 1970 expliquent ce sombre bilan. Mais plusieurs acteurs locaux s’activent à renverser la vapeur.

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Jonathan Poirier

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

Depuis plusieurs années, la situation budgétaire précaire de la Ville de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, fait les manchettes. En 2018, le gouvernement provincial a accordé une aide financière spéciale de 22,8 millions de dollars sur trois ans pour tenter de régler les déficits budgétaires de la Ville. Prévoyant être dans le rouge de 11 millions de dollars pour l’année 2019-2020, la Ville de Saint-Jean explore toutes les options de compressions et d’optimisation de dépenses possibles.

Il y a quelques mois, le conflit entre cette municipalité et les localités environnantes au sujet du financement des arénas s’est ajouté au débat de l’équité fiscale entre les administrations locales. Et si ces frictions entre municipalités n’étaient que la pointe de l’iceberg d’un problème beaucoup plus important qui s’est développé depuis des décennies, l’étalement urbain?

Décroissance et croissance

Le développement des municipalités du sud-est du Nouveau-Brunswick offre un exemple éloquent de ce phénomène. La population de Quispamsis, une localité située à une vingtaine de kilomètres de Saint-Jean, la ville centre de cette région, a triplé en 30 ans, pour atteindre près de 18 000 personnes en 2011. Saint-Jean, pour sa part, détient le triste record canadien du plus haut taux de décroissance démographique au pays. Depuis 1976, sa population a diminué de 21,4 %, selon des données colligées par des chercheurs de l’Observatoire Ivanhoé Cambridge en développement urbain et immobilier de l’Université de Montréal

Or, entre 1951 et 2011, son territoire est passé de 35 à 316 kilomètres carrés. Philippe Ouellette, commissaire adjoint du Service de la croissance et du développement communautaire de la Ville de Saint-Jean explique: « Plusieurs petites communautés environnantes ont décidé d’intégrer la ville, ce qui a augmenté sa superficie. De plus, durant les années 1970, on s’attendait à une croissance démographique qui porterait la population de Saint-Jean à 200 000 personnes et on a planifié en conséquence de ces prévisions. Cette croissance ne s’est jamais concrétisée et maintenant nous avons un vaste réseau d’infrastructures sur un grand territoire. Ce réseau n’est pas utilisé à pleine capacité et ses coûts d’entretien reposent sur un moins grand nombre de contribuables que prévu.»

L’impact direct de ces coûts pour la population de Saint-Jean est un taux de taxation plus élevé que dans ses périphéries. Pour l’année 2018, par exemple, le taux d’imposition des propriétaires de maisons à Saint-Jean était de 1 7850$ par tranche de 100$ d’évaluation foncière, un taux 44% plus élevé que sa plus proche voisine Rothesay (1,24$), 38% plus élevé que Quispamsis (1,29$) et 30% plus élevé que Grand Bay-Westfield (1,37$) à l’ouest de Saint-Jean.

Ces écarts pèsent dans la balance lorsque les gens choisissent l’endroit où ils vont s’installer et ces décisions individuelles ont des impacts collectifs majeurs.  Ainsi, malgré son taux de taxes plus élevé, la Ville de Saint-Jean continue d’enregistrer des déficits d’année en année.

Encadré (Publication facultative. Peut être modifié)

Qu’est-ce que l’étalement urbain?

Selon Yves Bourgeois, Doyen des études de l’Université de Moncton au campus de Shippagan et professeur d’urbanisme, l’étalement urbain est «une extension fonctionnelle de la ville et de ses services en périphérie. Cette extension peut se faire en milieu rural ou urbain et le phénomène prend des formes différentes s’applique différemment  de ville en ville». Cela se traduit en développement de banlieues, telles que Rothesay et Quispamsis, s’éloignant progressivement des centres urbains comme Saint-Jean.

«Le développement de nouvelles industries et la démocratisation de la voiture après la Deuxième Guerre mondiale ont engendré d’importants mouvements des populations, affirme le professeur Bourgeois. La voiture est devenue libératrice et permettait enfin d’habiter facilement loin du travail. On pouvait enfin vivre où l’on voulait et avoir un bon emploi en ville. Cette libération est désormais la source de nos maux actuels».

 

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  • Date de création 9 janvier, 2020
  • Dernière mise à jour 9 janvier, 2020
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