(Re)venir sur la «grosse Roche»

La pandémie a forcé plusieurs Canadiens partis étudier ou travailler à l’extérieur à rentrer dans leur province. En contrepartie, d’autres ont pu saisir l’occasion de commencer une nouvelle vie dans une nouvelle province. Restrictions sanitaires obligeant, chacun trouve sa façon de vivre son isolement.  Qui se cache derrière ces oiseaux migrateurs qui (re)viennent à Terre-Neuve-et-Labrador en temps de pandémie? Trois d’entre eux ont été dénichés. Kévin Hautcoeur, Maeve Collins-Tobin et Alice Brun-Newhook témoignent.

_______________________

Coline Tisserand

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Kevin Hautcoeur - Quarantaine dans une roulotte

Parti en juillet 2020 de la Colombie-Britannique, c'est après une longue traversée du Canada en roulotte que Kevin Hautcoeur a posé les pieds en août 2020 sur la «grosse roche» avec sa femme enceinte de 5 mois et leur chien Rupert. Raison de leur départ? Le Franco-Ontarien a décroché un poste de direction à l’école francophone des Grands Vents, à St John’s

Ils ont décidé de passer leur quarantaine dans leur roulotte, stationnée sur un terrain de camping sur la péninsule d’Avalon. «On était isolé dans un coin du camping. On s’est débrouillé comme on a pu. On pouvait sortir à l’extérieur de la roulotte sur notre emplacement.»

Le plus important pour eux était de pouvoir avoir un accès Internet, afin de  commencer leurs recherches pour une maison. Acheter allait de soi pour eux, pouvant ainsi transférer l’hypothèque de leur maison vendue sur l'île de Vancouver. À l’aide d’un agent immobilier pour les visites en visioconférence, ils ont trouvé une maison qui correspondait à leur critère de tranquillité. «On a fait une offre à condition de visiter la maison en vrai une fois notre isolement terminé.»

Maeve Collins-Tobin - Retour chez les parents pour une durée indéfinie

Si la vie de cette étudiante en politique et en affaires publiques est bien ancrée à Ottawa, elle a décidé de revenir au bercail en novembre 2020 afin de se rapprocher de sa famille. Maeve Collins-Tobin a passé ses 14 jours d’isolement dans le sous-sol de ses parents, et restera chez eux pour une durée indéterminée. Une situation qui touche, comme elle, beaucoup d’étudiants universitaires depuis le passage des cours en ligne.

«C’est vraiment un changement de retourner vivre chez ses parents. Je suis chanceuse d’avoir une bonne relation avec les miens. Le plus dur, c’est de ne pas savoir si c’est temporaire.» Certains de ses amis qui sont aussi de retour dans la province ont décidé de se trouver un logement au lieu de rester chez leurs parents. Quant à Maeve, elle paie encore un loyer à Ottawa et ne peut donc pas se permettre d’avoir une deuxième location à sa charge.

Son plan est de retourner un jour à Ottawa, mais elle ne sait pas exactement quand. «J’ai toute ma vie là-bas : l’école, mes amis avec qui je vis en colocation. C’est là où j’imagine ma vie.»

L’ancienne étudiante en immersion française à St. John’s se dit fière d’être Terre-Neuvienne, et chanceuse de pouvoir revenir dans sa province d’origine. «Il y a un sens de la communauté particulier ici. C’est un meilleur environnement.»

Cela fera bientôt presque un an que Maeve Collins-Tobin suit ses cours universitaires en ligne. «Et je pense que ça va être le cas pour tout le reste de mon programme.»

Alice Brun-Newhook - Mariage annulé

Née d’un père terre-neuvien et d’une mère française, Alice Brun-Newhook a elle aussi posé ses bagages depuis trois ans dans la capitale canadienne. Elle revient cependant normalement tous les Noëls à Terre-Neuve.

Cette fois, c’est le décès de son oncle en octobre dernier qui l'a poussée à revenir avec son compagnon pour se rapprocher de sa famille. «On a dû faire une demande d’exemption plusieurs fois avant de pouvoir être admis ici.»

Finalement, ils ont pu obtenir l’autorisation de revenir début décembre, et ont fait leur quarantaine dans un Airbnb à St. John’s. «Il n’y avait pas beaucoup de logements disponibles, sûrement parce que beaucoup de personnes sont revenues au même moment pour pouvoir passer Noël avec leur famille. On a pris le logement le moins cher.»

Proximité de sa famille, accès à la nature, plus d’espace qu’à Ottawa, mais surtout une «vie presque normale ici» sont les raisons qui ont convaincu Alice Brun-Newhook de prolonger son séjour, au lieu de repartir à la mi-janvier comme prévu.

Elle vit maintenant à St. Philips dans la maison vide de son oncle décédé. Elle et son compagnon peuvent travailler à distance, réciproquement pour le gouvernement et la société informatique IBM. Quoi qu’il arrive, on va repartir, peut-être en avril. Ça va faire long le printemps ici. On est parti juste avec une valise! Comme il y a beaucoup d’incertitudes pour la suite des choses, le couple a récemment pris la décision d’annuler leur mariage, prévu en août 2021 et qui devait avoir lieu à Terre-Neuve. Il y a plusieurs proches qui devaient venir d’Ontario ou de France et qui ne pourraient pas être là. On va reporter notre mariage pour l’instant.»

-30-

Photo 1 et 2 - KevinHautcoeur1/2 : Après 14 jours d’isolement dans leur caravane, Kevin Hautcoeur, sa femme et leur chien ont déménagé dans leur toute nouvelle maison achetée à distance pendant leur quarantaine.

(courtoisie Kevin Hautcoeur)

Photo 3 - Maeve Tobin : Maeve Collins-Tobin étudie la politique et les affaires politiques à Ottawa, mais elle est revenue au bercail et vit chez ses parents depuis novembre dernier. (courtoisie Maeve Collins-Tobin)

Photo 4 - Alice BN : Alice Brun-Newhook dans son nouveau bureau de travail à distance dans la communauté de Portugal Cove-St. Philip's. (courtoisie Alice Brun-Newhook)

  • Nombre de fichiers 5
  • Date de création 16 février, 2021
  • Dernière mise à jour 16 février, 2021
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article