Retraite bien méritée pour Léon et Marie-Paule Gallant

C’est tout un chapitre qui s'est fermé sur la rue Main à Shédiac, samedi dernier, alors que l’entreprise Gallant TV, qui y avait pignon sur rue depuis 51 ans, a fermé ses portes définitivement.  Et c’est une retraite bien méritée pour Léon et Marie-Paule Gallant.

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Claire Lanteigne

Initiative de journalisme local − APF – Atlantique

C’est le 1er avril 1969 que Léon démarrait son commerce avec celui qui aura été son partenaire pendant 25 ans, Bernard Doiron. Le magasin était alors situé de l’autre côté de la rue, où se trouve maintenant une pharmacie. «Je travaillais pour une compagnie à nettoyer des fourneaux, dit-il. L’idée de me lancer en affaires m’est venue soudainement, un soir, et j’ai décidé d’écrire à deux compagnies : RCA et Zenith.» RCA lui a répondu et c’est comme ça que débutait Gallant TV avec des appareils électroniques et électroménagers. Le commerce est resté dans son premier emplacement pendant six ans, mais il était situé au deuxième étage et l’espace était limité. Cela fait donc 45 ans que l’entreprise est dans l’édifice actuel construit en 1900 avec deux ajouts aménagés en 1983 et 1986.

  1. Gallant a travaillé aux États-Unis dans sa jeunesse et a suivi un cours d’électronique par correspondance pour réparer les téléviseurs. Il raconte avoir eu un problème à un moment donné, alors que trois téléviseurs de la même marque ne fonctionnaient pas. «Je me suis couché et j’ai jonglé à ça et quand je me suis réveillé le lendemain, je savais exactement quoi faire pour les réparer», dit-il.

Son épouse Marie-Paule, 77 ans, originaire de Saint-Édouard, a quitté son emploi d’infirmière auxiliaire à la Villa Providence de Shédiac, il y a 45 ans, pour devenir secrétaire au magasin. Elle dit qu’elle va s’ennuyer des discussions avec la clientèle, mais elle est prête à profiter de la retraite à la maison.

«Ça faisait une dizaine d’années que je cherchais à vendre, indique M. Gallant, 78 ans, originaire de Grande-Digue. Mais je n’ai pas trouvé personne intéressé à reprendre le magasin; c’est ça que j’aurai préféré, dit-il, et c’est mon seul regret.» Il ajoute que le commerce a connu de bonnes et de moins bonnes périodes, mais que les dernières années étaient excellentes.

L’édifice disparaîtra sous le pic des démolisseurs, car les entrepreneurs qui l’ont acheté veulent en  ériger un autre. «La vente a été conclue il y a un mois et j’ai été à loyer ici pour mon dernier mois en affaires», raconte-t-il.

Pour le couple, ce n’était pas évident de mettre fin à leurs activités en temps de pandémie. Ce n’est pas ce qu’ils auraient aimé, mais ils n’avaient pas le choix. Le magasin a dû fermer à cause de la COVID-19 et trois des neuf employés ne sont pas revenus après la réouverture.

Lorsqu’on a annoncé la vente de fermeture débutant le 19 mai, ce fut la ruée à la porte avec une longue ligne d’attente à cause du nombre limité de personnes admises à l’intérieur. Une grande partie de leur inventaire s’est vendue comme des petits pains chauds. Des gens avaient écrit sur les médias sociaux que le magasin allait fermer cette fin de semaine-là.

  1. Gallant raconte en riant que lorsque leur fils Rhéal est né en février 1969, il s’est dit qu’il devait faire quelque chose. Et deux mois plus tard, le magasin ouvrait. Rhéal a dirigé l’entreprise familiale pendant plusieurs années et se dit aussi prêt pour un changement. Comme son père, il est triste de voir que le commerce ne survivra pas.

La famille Gallant ne s’est jamais sentie menacée par les grands magasins des villes avoisinantes. «Beaucoup de gens voulaient magasiner local parce que nous étions ici dans la communauté. Nous avons fait de notre mieux pour donner le meilleur service possible», souligne Rhéal.

Beaucoup de loyaux clients de différentes générations sont passés les saluer, leur faire leurs adieux et les remercier. Plusieurs disaient qu’ils avaient pris la bonne décision, car ils avaient fait leur part, mais qu’ils allaient quand même s’ennuyer de ce que leur magasin offrait, dont l’excellent service après-vente .

Un client, Jean-Louis Landry, a raconté qu’un jour, lorsque son téléviseur ne fonctionnait pas, M. Gallant lui avait dit qu’il pourrait passer en soirée. Il lui a dit qu’il pouvait attendre le lendemain, mais à 19 heures il était chez lui pour réparer son appareil. «Tu ne vois plus ça de nos jours du service comme ça», dit-il.

Il ne restait plus grand-chose lors de la visite du journal, si ce n’est que deux réfrigérateurs, et des petits articles. M. Gallant ne peut estimer le nombre de téléviseurs qu’il a vendus au cours des 51 dernières années, mais dit en avoir réparé et réparé. Il affirme avoir eu une belle carrière. Le couple va continuer à jardiner chez eux, à Grande-Digue. M. Gallant a construit lui-même leur résidence familiale, mais depuis onze ans, le couple passe ses hivers en Floride. «On y passe de quatre à cinq mois par année, mais nous sommes revenus le 25 février cette année», ajoute M. Gallant. Et ce fut une bonne décision, car la pandémie a tout changé peu après. «Mais cet hiver, nous allons probablement voir la neige à Grande-Digue», prédit le couple, heureux d’avoir plus de temps pour eux et pour leurs petits-enfants.

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Photos C. Lanteigne :

Léon et Marie-Paule ont quitté leur magasin Gallant TV pour une dernière fois samedi dernier.

Le magasin Gallant TV a eu pignon sur la rue Main à Shédiac pendant 51 ans.

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  • Date de création 15 juin, 2020
  • Dernière mise à jour 15 juin, 2020
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