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Retenir son souffle face à la deuxième vague de la COVID-19 en Alberta et en Colombie-Britannique

Le nombre de cas de COVID-19 augmente à chaque semaine et la deuxième vague tant anticipée frappe plus tôt que prévu. Les provinces de l’Ouest enregistrent des statistiques peut-être moins impressionnantes que celles du Québec ou de l’Ontario, mais elles ne sont tout de même pas au bout de leur peine. Le personnel du milieu de la santé est à peine remis de la vague du printemps qu’il se retrouve confronté à des conditions de travail difficiles, ainsi qu’à des éclosions dans certains hôpitaux et centres de soins de longue durée.

Geneviève Bousquet

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

L’Alberta en mauvaise posture

Quand on regarde le nombre de cas par 100 000 habitants, l’Alberta se range en deuxième place au pays. De plus, au beau milieu de cette tempête, le gouvernement de Jason Kenney annonce des compressions de 11 000 postes de travailleurs dans le domaine de la santé. Plusieurs d’entre eux ont participé à une grève surprise, le 26 octobre dernier, afin de démontrer leur colère envers le gouvernement et d’exiger davantage de respect de la part de celui-ci.

Le vice-président du syndicat des employés de l’Alberta (AUPE), Kevin Barry, rappelle que le système de santé est composé de travailleurs de divers secteurs autres que les médecins et infirmières. « Le système de santé est complexe et comprend aussi les travailleurs des départements de buanderie et d’alimentation, les commis, les porteurs, dit-il. Le présent gouvernement ne respecte aucun niveau du système de santé et les membres sont fatigués, surmenés et à court de personnel depuis bien longtemps avant la pandémie. »

Le directeur général du Réseau santé albertain, Paul Denis,  explique que les employés sont au front et grandement affectés par la pandémie. « Quand on découvre un cas de COVID-19 chez un employé dans un hôpital ou un centre pour aînés, cela affecte pas moins de 6 à 10 employés qui doivent faire la quarantaine même s’ils n’ont pas de symptômes, explique-t-il. Parce qu’ils ont été en contact avec quelqu’un qui est positif à la COVID-19, ils doivent se retirer du milieu pour 10 à 14 jours et cela crée une pénurie d’employés. » Il devient ensuite compliqué de combler les manques et d’offrir un service de qualité », précise-t-il.

Comme une claque au visage

Pour sa part, Kevin Barry est déçu de voir que la province refuse d’entendre l’appel à l’aide des employés et utilise des méthodes coercitives plutôt que de s’asseoir avec eux pour discuter d’une situation difficile. Cette attitude de la part du gouvernement est désolante selon lui. Les coupures de postes risquent d’avoir un impact important, surtout dans les communautés rurales où l’on risque de connaître une pénurie d’employés.

« Le gouvernement éliminera des emplois avec des salaires modestes pour les refiler à des grosses entreprises privées qui sont basées dans les grandes villes et vont enlever des emplois à des familles qui survivent déjà difficilement avec tout ce qui se passe au niveau de l’économie dans la province, ajoute-t-il. Plusieurs employés n’auront pas le choix de quitter les régions éloignées et on verra beaucoup de roulement de personnel. »

Selon Paul Denis, « les compagnies privées ne payeront pas autant les employés et offriront beaucoup moins d’avantages sociaux. [...] Souvent, on emploie des gens à moins de 25 heures par semaine pour ne pas avoir à payer des avantages sociaux. Ces personnes sont donc obligées de travailler dans plus d’un établissement pour faire du temps plein. » Selon lui, l’objectif des compagnies privées est de faire du profit et les services sont parfois de moins bonne qualité car on coupe au minimum.

Kevin Barry et Paul Denis sont convaincus que l’opinion publique penche en faveur des employés et que la population doit suivre de près ce qui se passe dans les centres hospitaliers et les centres de soins de longue durée. Ainsi, le gouvernement aura peut-être besoin de revoir sa décision.

Vent plus doux à l’ouest des Rocheuses

Le président de RésoSanté Colombie-Britannique, le docteur Brian Conway, parle d’une relation beaucoup plus harmonieuse entre le gouvernement de sa province et les employés du réseau de la santé.  « Le gouvernement a été un très bon partenaire pour la population durant la crise et un relativement bon partenaire pour les professionnels de la santé, donc il y a un climat de confiance qui s’est établi », raconte-t-il.

« Au niveau logistique toutefois, il y a de la difficulté encore avec les masques et autres équipements de protection qui ne sont pas aussi disponibles que les gens aimeraient que ce soit, poursuit-il, mais on n’a pas eu de crise avec le nombre de lits, le nombre de lits aux soins intensifs. Je pense que les gens sont inquiets de l’attraper [la COVID-19], car ils sont aux premières lignes, mais le moral est bon. »

Il y a tout de même des craintes de la part des employés, mais le ministre de la Santé a toujours été sensible à leur réalité, selon le docteur. À la suite des récentes élections provinciales où les néo-démocrates sont devenus majoritaires à l’assemblée législative de la Colombie-Britannique, le docteur Conway est d’avis qu’il se produira de bonnes choses au niveau de la santé et au niveau de la pandémie dans les prochains mois. Il se dit vigilant, mais optimiste.

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  • Date de création 2 novembre, 2020
  • Dernière mise à jour 2 novembre, 2020
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