Résilience : d’hier à aujourd’hui

Le Mouvement ontarien des femmes immigrantes (MOFIF) a clôturé de façon magistrale le Mois de l’histoire des Noirs avec une série de représentations virtuelles. La résilience et la résistance des ancêtres étaient à l’honneur jusqu’au 26 février dernier.

André Magny — Initiative de journalisme local – APF – Ontario

La série a commencé avec une soirée poétique en compagnie de la comédienne québécoise, résidente de Toronto et nouvelle directrice du Théâtre français de Toronto, Karine Ricard, et du comédien Martin-David Peters. Elle s’est poursuivie avec une conversation entre la chorégraphe Rhodnie Désir et Dorothy Alexandre, de Radio-Canada, autour du thème Danser pour être résiliente. Rhodnie Désir a expliqué pourquoi son art est inspiré de la résilience, l’endurance et la force de ses ancêtres.

Puis, la musico-thérapeute Célia Néplaz a permis à son auditoire de découvrir La musique comme thérapie ou l’art ancestral d’apaiser et de se soigner par la musique. En guise de conclusion, le 26 février, la créatrice d’Obeah Opera, Nicole Brooks, a chanté des airs du 20e siècle au cœur d’un voyage musical à travers les chants de résistance des femmes noires issues du monde entier.

Transmettre

Quand on demande à la directrice du MOFIF, Carline Zamar, pourquoi son organisme a décidé de rendre « hommage à la résilience de nos ancêtres », au cours de cette semaine soutenue financièrement par le ministère fédéral des Femmes et de l’Égalité des genres, elle se confie. « Du plus loin que je me souvienne, la musique et la danse ont toujours été les moyens que nous avons utilisés pour raconter nos souffrances, mais aussi trouver du courage, pour continuer et guérir », dit-elle. Elle ajoute ce que sont des outils que sa mère et sa grand-mère lui ont transmis. La directrice, dont les racines s’étirent de la région de Toronto jusqu’en Haïti, rappelle que c’est avec « la cérémonie du Bois Caïman, des danses et des chants » vaudous que s’est enclenchée la révolution haïtienne du 14 août 1791 qui mènera à son indépendance.

Résilience au temps de l’esclavage, mais aussi résilience en ces temps de pandémie. Celle-ci « nous rend orphelines, veuves, nous avons perdu nos tantes, nos oncles, nos nièces, nos amies proches, personne n'est épargné », assure Carline Zamar.

La thérapie par la musique

Lorsque questionnée sur l’effet vraiment thérapeutique que peut avoir la musique sur la vie des Noirs qui ont subi récemment des traumatismes ici comme aux États-Unis, mais aussi depuis des centaines d'années, la chanteuse et thérapeute Célia Néplaz est sans ambiguïté. « Depuis plus de 6 000 ans, les médecines traditionnelles, indiennes et chinoise utilisent les effets spécifiques de certains sons pour guérir de maladies, raconte-t-elle. En Turquie, par exemple, la musique soufie est utilisée par le corps médical pour diminuer le stress des patients. On peut donc penser pouvoir à juste titre aider les Noirs, les différentes ethnicités en fait, à réduire leurs souffrances, aussi bien sur le plan psychologique que physiques, en écoutant des sons. »

Les participants à la rencontre virtuelle ont découvert le nouvel album de Célia Néplaz, Elixir, « qui allie reggae et thérapie musicale sur des envolées lyriques… Une alchimie unique », selon les mots de la thérapeute. Une douzaine d’ambiances musicales ont été proposées « pour augmenter le bien-être, réduire le stress, la peur et l'inquiétude », conclut l’artiste.

Une résilience plus contemporaine

« Je ne voulais pas de chants d’esclavage ! » C’est Nicole Brooks qui parle ainsi. Quand le MOFIF l’a approchée, la réputée artiste originaire d’Ottawa a fait tout un travail de recherche pour proposer sept chansons d’un répertoire trop souvent inconnu de femmes du 20e siècle dont certaines sont toujours vivantes. « Je vais aussi présenter les femmes qui ont créé ces chants », précise cette francophile.

Celle qui a su intégrer à la fois du African American spiritual, du jazz, du gospel, ainsi que du folk traditionnel africain et antillais dans son Obeah Opera, a chanté a cappella pendant l’événement. « The Queen of a cappella », comme elle se définit elle-même en rigolant a proposé des chants et des chansons à la fois de la chanteuse haïtienne Toto Bissainthe, de la Sud-Africaine Tu Nokwe ou encore de Miss Lou, une poète jamaïcaine, morte à Toronto en 2006. À travers les mots de ces femmes moins connues sous les feux de la rampe comme Angélique Kidjo ou Nina Simone, Nicole Brooks a bien montré que « ces chansons ne seront jamais perdues » et qu’elles sont la preuve que, lorsqu’il y a des combats à mener, « les femmes sont toujours là ! »

« La musique, c’est une langue universelle. C’est le véhicule parfait pour transmettre des messages », racontait en fin de conversation Nicole Brooks. Ses paroles rejoignent en quelque sorte celles de Carline Zamar qui croit que les rencontres du MOFIF poseront la question : « Comment est-ce que l'on se reconstruit malgré la douleur et l'incertitude; nos ancêtres en savaient quelque chose. »

À noter que trois de ces prestations ont été enregistrées et seront diffusées en différé sur la page Facebook du MOFIF.

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Bas de vignettes

La créatrice du réputé Obeah Opera, Nicole Brooks. Crédit : Amina Alfred

Célia Néplaz a présenté son nouvel album Elixir, lors d’une des soirées présentées par le MOFIF. Crédit : Mich Chiu (Mikachu)

La danse comme acte résilient a fait partie de la série Hommage à la résilience de nos ancêtres avec la chorégraphe Rhodnie Désir. Crédit : Kevin Calixte

La directrice du MOFIF, Carline Zamar, était heureuse de présenter pour le MOFIF une semaine de rencontres virtuelles pour clore le Mois de l’histoire des Noirs. Crédit : courtoisie du MOFIF

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  • Date de création 1 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 1 mars, 2021
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