Réouverture des salons à l’Île-du-Prince-Édouard : Les coiffeurs restent prudents 

Le 22 mai, les coiffeurs de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.) devraient reprendre leurs ciseaux. La province imposera des mesures d’hygiène renforcées pour protéger professionnels et clients. Malgré tout, certains coiffeurs restent inquiets.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

Les salons de coiffure de l’Île-du-Prince-Édouard devraient rouvrir leurs portes à partir du vendredi 22 mai, plus de deux mois après leur fermeture survenue dans le cadre des mesures de confinement adoptées pour lutter contre la propagation de la COVID-19.

Établi par l’Association des coiffeurs de l’Î.-P.-É., en partenariat avec les bureaux du premier ministre Denis King et de la médecin-hygiéniste en chef Heather Morrison, le plan de réouverture «impose des règles strictes pour protéger professionnels et clientèle», explique Sherri Runighan, directrice générale de l’Association. En avril, son équipe et elle ont rencontré les propriétaires de salon pour assurer une reprise de l’activité dans les meilleures conditions possible.

À compter du 22 mai, coiffeurs et barbiers devront être équipés de masques non médicaux et de gants à usage unique. Ils devront réorganiser leur salon dans le respect des règles de distanciation physique. Les fauteuils en salle d’attente devront être à deux mètres de distance. Même règle lors de la coupe et du shampoing. Chaises, ciseaux, peignes et brosses devront être désinfectés après le passage de chaque client. Les doubles réservations ne seront pas autorisées. «Avec ce protocole, nous voulons limiter les risques quand la distanciation physique ne peut pas être maintenue», affirme Heather Morrison. 

«C’est trop tôt» 

Mais, concrètement, comment couper des cheveux avec des gants? «C’est sûr, ça va être un défi, on fera au mieux», reconnaît Cathy Ford, propriétaire du Shear Trendz Salon à Wellington. Rhonda Myers, elle, a décidé qu’elle ne porterait pas de gants. «Je peux à peine utiliser des ciseaux quand j’ai un pansement, se justifie la propriétaire du Ray’s Place Barber à Charlottetown. Alors je me laverai méticuleusement les mains.»

Dans ces conditions, certains professionnels sont angoissés à l’idée de reprendre leurs ciseaux. «Quand j’ai entendu l’annonce, mon coeur a sombré, se souvient Rhonda Myers. Ma première pensée a été “c’est trop tôt”.» Inquiète pour la santé de ses cinq employés et de ses clients, elle a écrit à son député provincial pour décaler la réouverture des salons à la phase 3 du plan de déconfinement qui doit commencer à la mi-juin. Une dizaine d’autres coiffeuses ont fait de même.

 «Ça n’est pas logique, je ne pourrai pas embrasser ma mère, mais elle pourra venir dans mon salon pour une coupe, déplore Rhonda Myers. Et une fois la coupe terminée, nous devrons à nouveau nous tenir à deux mètres de distance.» Cathy Ford exprime également son inquiétude : «La réouverture survient trop vite, j’aurais préféré que ça soit en phase 3.» Selon la coiffeuse, les nouvelles méthodes devraient aussi augmenter la charge de travail. «Ça va nous faire de longues journées, près de douze heures par jour pour un nombre de clients limité», estime-t-elle.

Pertes financières 

L’Association des coiffeurs de l’Î.-P.-É. dit comprendre les préoccupations des professionnels. «Nous essayons de les guider au mieux dans la mise en oeuvre des nouvelles pratiques, affirme Sherri Runighan, qui évoque les nombreux courriels et appels reçus depuis l’annonce. Et nous respectons la décision de ceux qui veulent rester fermés.»

Pour sa part, Cathy Ford a décidé d’ouvrir. Elle compte sur la responsabilité de ses clients pour ne pas venir s’ils sont malades. De son côté, Rhonda Myers espère toujours un report en phase 3, mais prévoit de recommencer à travailler le 22 mai. Car l’enjeu est aussi financier. La coiffeuse, qui ne préfère pas donner de chiffres, assure que «ses pertes sont importantes».

Dans le contexte anxiogène que nous traversons, la clientèle reviendra-t-elle? «Quand on rouvrira le 22 mai à 8 h, il y aura la queue dans la rue», prédit Rhonda Myers. Un sentiment partagé par Sherri Runighan. «Les premiers retours que nous avons sont bons, les gens réservent», rapporte la responsable de l’Association des coiffeurs. À Summerside, Tara McKenna, propriétaire du salon HairPlay, Styles by Tara, confirme : «Mes clients sont impatients, j’en ai au moins 70 qui attendent un rendez-vous et ma liste s’allonge tous les jours».

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Cathy Ford : Cathy Ford, propriétaire du Shear Trendz Salon à Wellington, rouvrira le 22 mai mais reste inquiète : «Ça survient trop vite, j’aurais préféré que ça soit en phase 3». (Courtoisie)

Rhonda Myers : Rhonda Myers, propriétaire du Ray’s Place Barber à Charlottetown, a envoyé une lettre à son député afin que soit décalé la réouverture des coiffeurs et barbiers en phase 3, à la mi-juin. (Courtoisie)

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  • Date de création 7 mai, 2020
  • Dernière mise à jour 7 mai, 2020
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