Renverser les préjugés à l’Île-du-Prince-Édouard

La Black Cultural Society de l’Île-du-Prince-Édouard a organisé, jeudi 20 février, une conférence pour clôturer le Mois de l’histoire des Noirs au Canada. Une centaine de personnes étaient présentes au Centre de la Confédération de Charlottetown. Les invités ont parlé de racisme et, plus largement, de l’accueil des nouveaux arrivants dans la province.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

La mauvaise nouvelle, selon Yvette Doucette, est que le «racisme est toujours présent dans la société prince-édouardienne». La femme, qui travaille depuis dix ans au sein de l’Association pour les nouveaux arrivants au Canada de l’Île-du-Prince-Édouard, sait de quoi elle parle. L’employée l’assure, petites phrases racistes et discriminatoires font partie du quotidien des immigrants. «Ça arrive malheureusement aux plus vulnérables, aux réfugiés», s’insurge-t-elle.

«Pourquoi vous êtes ici? Rentrez chez vous!», sont des propos qu’entend régulièrement Yvette Doucette. «Certains insulaires ne veulent pas que les choses changent, ils ont le sentiment qu’on leur prend quelque chose», analyse-t-elle. Avant d’ajouter : «À cause de ça, des gens partent.» Alors en coulisses, elle essaye de créer avec ses collègues «des espaces accueillants et sûrs» pour les nouveaux arrivants avec un seul objectif : lutter contre l’ignorance et combler le «fossé avec la population».

Leadership des jeunes

Résolument optimiste, Gordon McNeilly, député de Charlottetown-West-Royalty, considère, au contraire, que le fléau a reculé dans la province. À ses yeux, le nouveau visage multiculturel de l’Île, avec ses nouveaux arrivants originaires de plus de 70 pays, ne remet pas en cause la façon de vivre des insulaires. «Les Prince-Édouardiens sont des gens aimants et attentionnés, prêts pour la diversité.» Pour lui, l’exemple à suivre, ce sont les jeunes : «Ils ont un leadership formidable, grâce à eux nous avons réalisé des progrès importants ces dernières années».

Dante Bazard fait partie de cette nouvelle génération qui fait entendre sa voix à l’Île. Originaire des Caraïbes, cet ancien étudiant international à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard est désormais travailleur social à l'hôpital psychiatrique Hillsborough à Charlottetown. «C’est notre responsabilité de mettre nos préoccupations au devant de la scène pour que les politiques en fassent une priorité, affirme-t-il. De grands pas ont été franchis en matière de représentation, maintenant, vient le temps de l’autonomisation.»

«Comprendre nos différences»

S’autonomiser, ça veut dire trouver un logement, décrocher un emploi. Deux choses qui peuvent se transformer en courses d’obstacles pour les nouveaux arrivants.  «Tout fonctionne par le bouche-à-oreille, ce n’est pas évident d’avoir accès au bon réseau, on trouve souvent porte close», explique Elizabeth Iwunwa, originaire du Nigéria. L'ancienne étudiante internationale à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard travaille aujourd’hui à la Chambre de commerce du Grand Charlottetown où elle met en relation nouveaux arrivants et employeurs.

La jeune femme en est persuadée, la diversité à l’Île n’est pas un vain mot : «Pour que ça marche, il faut essayer de comprendre nos différences, s’écouter les uns les autres et poser des questions, encore et toujours.» L’Association pour les nouveaux arrivants au Canada de l’Île-du-Prince-Édouard s’attelle à renverser les préjugés sur la couleur de peau dès le plus jeune âge. L’organisme multiplie les interventions dans les écoles pour parler de racisme.

La prochaine étape, pour le député Gordon McNeilly, c’est d’accroître la diversité dans les conseils d’administration des entreprises prince-édouardiennes.

 

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Photos disponibles sur demande auprès de ijl@apf.ca

 

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  • Date de création 24 février, 2020
  • Dernière mise à jour 24 février, 2020
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