Réglementer pour préserver

Le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles des Territoires du Nord-Ouest accentue sa surveillance concernant la réglementation de la chasse au caribou ; un moyen de favoriser le rétablissement de l’espèce.
_______
Karine Lavoie
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

Depuis 2015, une zone de gestion du noyau de la population mobile du caribou de Bathurst a été créée conformément à la Loi sur la faune afin de protéger, mais également de conserver la harde de cette espèce.

Suite à de nombreux signalements reçus récemment concernant des activités de chasse illégale, le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles (MERN) se voit dans l’obligation de réitérer son message auprès des chasseurs pour que soient respectées la zone mobile et la Loi sur la faune. Le MERN annonce par le fait même une surveillance accrue des activités de chasse.

Plusieurs s’entendent pour dire que le respect de cette réglementation s’avère crucial afin de protéger la population de caribou des Territoires du Nord-Ouest.

Des chiffres alarmants

Les données relatives à la population de caribous de Bathurst sont sans équivoque : « Le troupeau de Bathurst était estimé à 8200 caribous en 2018, une baisse de 98 % par rapport aux 470 000 animaux estimés en 1986 », indique Mike Westwick, gestionnaire aux Communications et aux Affaires publiques pour le MERN.

De 2006 à 2009 seulement, le troupeau est passé de 100 000 espèces à seulement 32 000, rapporte-t-il. À cette époque, ce constat avait mené à des suspensions d’activité de chasse dans certaines zones de gestion concernant la récolte résidante, équipée et commerciale ainsi que pour la récolte autochtone.

Les propositions de gestion conjointe élaborées par le gouvernement Tłı̨chǫ̨ et le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, comprenant une proposition visant à restreindre la récolte du caribou, ont mené à des audiences publiques tenues par la Wekʼèezhìi Renewable Resources Board (WRRB). « En 2016 et 2019, la WRRB a déterminé que toutes les récoltes du troupeau de Bathurst à Wekʼèezhìi devraient être fermées. Plusieurs dirigeants autochtones ont appelé à l’autorégulation, alors que leurs aînés encourageaient les membres de la communauté et les scientifiques à respecter le caribou et à le laisser tranquille », explique Mike Westwick.

Des peines prévues pour les fautifs

La zone de gestion établie par la réglementation indique aux chasseurs les endroits où la récolte est interdite et est habituellement mise à jour le mardi de chaque semaine. Elle peut être consultée par les Ténois à différents endroits, tels que le Point de contrôle du lac Gordon, le Point de contrôle du lac Mckay et sur la page Facebook du MERN.

Afin de procéder à la mise en application de la Loi sur la faune, le MERN déploie davantage d’agents sur le terrain au moyen de patrouilles de surveillance aérienne et terrestre. Sans fournir de données précises, M. Westwick confirme qu’il y a eu des infractions commises récemment : « Il y a eu des récoltes illégales à l’intérieur de la zone mobile et des cas de gaspillage qui font actuellement l’objet d’une enquête », résume-t-il.

Un processus judiciaire est prévu pour les personnes commettant des actes de chasse illégale. Lors d’une appréhension où un agent détermine que le caribou a été récolté illégalement, la viande est confisquée et une enquête a lieu. Advenant que l’enquête révèle qu’il y a eu une récolte illégale dans la zone de gestion, une accusation sera déposée et une date de comparution devant la Cour sera donnée.

La parole à tous

Selon le gouvernement territorial, cette réglementation est accueillie favorablement : « La plupart des gens appuient fortement les règles visant à protéger nos populations de caribous, affirme Mike Westwick. Le caribou a soutenu des générations dans les TNO et les gens veulent que cela se poursuive pour les générations futures. Au printemps 2020, les dirigeants des gouvernements autochtones se sont joints au MERN pour plaider publiquement en faveur de l’absence de récolte dans la zone mobile et ont exhorté les chasseurs à récolter respectueusement. »

Marcus Jackson, résident de Yellowknife, appuie cette démarche : « Je suis heureux que le MERN consacre plus de ressources à la protection de nos espèces en péril. J’encourage les aînés à dénoncer la chasse illégale au sein de leurs propres communautés. Nous avons besoin des deux côtés pour condamner les activités de chasse illégale parce que nous voulons tous voir le caribou survivre pendant des générations dans le futur », exprime-t-il.

Selon lui, il faudrait toutefois laisser davantage de place aux différentes parties impliquées : « Nous entendons beaucoup parler de chasse illégale et du MERN, mais à mon avis, nous n’entendons pas suffisamment parler des aînés et des groupes autochtones chargés de l’éducation des chasseurs communautaires et traditionnels », conclut-il.

-30-

Photo 1
Crédit : Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest
Légende
Sur une période de trente ans, le caribou de Bathurst aurait subi une baisse de sa population de 98 %, selon le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles des TNO.

  • Nombre de fichiers 2
  • Date de création 9 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 9 mars, 2021
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article