«Réapprendre à aller vers les autres»

Après deux mois d’isolement, nos vies se déconfinent à l’Île-du-Prince-Édouard. Certains, angoissés n’osent pas mettre le nez dehors. D’autres, téméraires, ne pensent au contraire qu’à sortir. Le psychologue Marc-André Dufour explique la diversité des réactions et donne des conseils pour gérer au mieux nos émotions.   

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Propos recueillis par Marine Ernoult

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Face au déconfinement, les comportements varient fortement d’une personne à l’autre, entre anxiété et imprudence. Le psychologue Marc-André Dufour, auteur du livre Se donner le droit d’être malheureux, répond à nos questions sur la gestion de nos émotions au lendemain de deux mois d’obligations à rester à la maison.

Comment expliquer la diversité des comportements devant la crise sanitaire?

Les réactions sont variables, car nous sommes tous différents. Cela dépend de notre vécu, de notre parcours. Certaines personnes sont angoissées, d’autres sont plus désinvoltes, exaltées à l’idée d’être libérées du confinement. D’autres, encore, sont entre les deux.

Est-ce normal d’avoir peur de sortir, de retourner à sa vie sociale d’avant la crise?

Oui, le confinement nous a stressés, nos nerfs peuvent être à vif. Lorsque nous sommes confrontés au stress, nous développons de l’angoisse et de la peur. Nous avons des réactions émotionnelles plus marquées. Il ne faut donc surtout pas se juger. Au contraire, il faut se respecter. Mais si on est envahi par une angoisse excessive, paralysante, il faut en parler à une personne de confiance, ne pas rester seul.

Quels conseils donnez-vous aux personnes effrayées par le déconfinement? 

Je leur conseille de se réexposer progressivement aux contacts sociaux. Si on a peur de sortir, il faut faire des sorties petit à petit, de plus en plus longues. À force de s’exposer, s’il n’arrive rien de dangereux, l’anxiété va naturellement retomber, l'appréhension va diminuer. Et pourquoi pas le faire en pensant aux autres, avec un but : aider quelqu’un par exemple.

Nous nous sommes habitués à rester chez nous. Nous devons désormais réapprendre à aller vers les autres, tout en restant prudents et en respectant l’éloignement physique. Nous devons réapprendre que le monde extérieur n’est pas dangereux, nous réapproprier le fait de sortir.

 

On entend beaucoup qu’il faudrait être actif, plein d’énergie avec le déconfinement. Mais pour ceux qui sont encore tristes et inquiets, qu’est-ce qui peut les aider?

Je le répète, il ne faut pas se juger soi-même et se fixer des objectifs hors d’atteinte. La tristesse fait partie de notre vie et c’est normal de la ressentir. Il ne faut pas en avoir honte sinon ça devient encore plus dur à porter. En bref, il faut accepter la situation, se donner le droit d’être malheureux, de ne pas avancer au même rythme que les autres. On a le droit d’être vulnérable.

Vis-à-vis des autres, des tensions peuvent apparaître avec ceux qui veulent retourner à leur vie normale plus rapidement. Là encore, l’essentiel est de respecter la bulle de chacun, faire preuve d’humilité et comprendre que chacun réagit différemment.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Marc-André Dufour : Pour le psychologue Marc-André Dufour, il est normal d'avoir peur à la sortie du confinement: «Il faut faire des sorties petit à petit, de plus en plus longues. À force de s’exposer, s’il n’arrive rien de dangereux, l’anxiété va naturellement retomber». Courtoisie

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  • Date de création 22 mai, 2020
  • Dernière mise à jour 22 mai, 2020
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