Propos d’un gérontologue sur la place des aînés dans la société moderne

Le gérontologue acadien Valois Robichaud enseigne depuis 50 ans. Comme s’il n’était pas déjà assez instruit, l’homme de 73 ans est voie d’obtenir un diplôme de l’Institut français de psychanalyse à Paris. Il se définit lui-même « comme un moine hors des murs », même s’il continue à recevoir des clients chez lui, et vient de publier un livre intitulé « La retraite : la rencontre de soi » aux Éditions du CRAM.

_______________

Jean-Marie Nadeau

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

D’entrée de jeu, Valois Robichaud y va d’une déclaration-choc : « La retraite n’existe pas tant que la conscience universelle et communautaire reste active ; sinon, c’est la mort sociale. En d’autres mots, on est en maturation continuelle, tant qu’on a la capacité de réfléchir et que l’on veut vivre une vie remplie. Il y a des gens qui deviennent rigides avec le temps, à cause de la peur et de l’angoisse de vivre. »

Le gérontologue, médecin spécialiste des aînés, croit que la génération des baby-boomers est la plus choyée dans l’histoire de la vieillesse en Acadie. « Tout était possible », ce qui en fait une « génération privilégiée», estime Valois Robichaud.

«Les milléniaux nous voient comme des riches. On est peut-être la dernière génération du bien-être, car les programmes sociaux universels existeront-ils toujours dans les prochaines décennies? » Selon lui, les jeunes ont raison de demander à cette génération de les aider à trouver des solutions pour « réparer la planète que [les baby-boomers] ont détruite ».

Souffrance physique ou existentielle?

« Les relations intergénérationnelles se dégradent, ce qui entraîne plus de solitude chez plusieurs aînés. Cela fait aussi que l’on se retrouve avec une hausse des maladies psychosomatiques. La maladie d’Alzheimer n’existe presque pas en Afrique, où les relations intergénérationnelles sont tissées serrées, par exemple », ajoute celui qui est aussi psychothérapeute.

Quant aux liens à faire entre l’Alzheimer et l’aide médicale à mourir, « il faut être prudent », soutient Valois Robichaud. « La médecine peut difficilement soulager la souffrance existentielle. Et plus cette souffrance existentielle existe, plus la souffrance physique s’installe ».

Dans les cas d’Alzheimer, y a-t-il de la souffrance existentielle? Le gérontologue s’interroge à savoir si dans ces cas-là, ça ne serait pas la famille qui souffrirait plus que la personne concernée.

« Avec la création des foyers, on a institutionnalisé la vieillesse. La médecine a fait de la vieillesse une maladie, ce qui fait qu’on se retrouve avec des problèmes de pharmacodépendance », relate également M. Robichaud.

Pour ce qui est de la maltraitance des aînés, « la bonne nouvelle, c’est que la maltraitance provenant des familles immédiates va perdre du terrain, car la population est de plus en plus éduquée. Mais on peut parler de maltraitance sociale, quand on constate le manque de ressources dans les communautés pour permettre un véritable maintien à domicile des aînés ».

Il croit que l’Université de Moncton n’accorde pas encore toute la place que la gérontologie devrait occuper dans le cursus universitaire. « La gérontologie doit être enseignée beaucoup plus », renchérit Valois Robichaud. Le gérontologue incite chacun à réfléchir plus profondément sur ces enjeux qui ne vont pas disparaitre de sitôt.

-30-

 

  • Nombre de fichiers 1
  • Date de création 19 février, 2020
  • Dernière mise à jour 19 février, 2020
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article