Préserver la langue inuinnaqtun à tout prix

La Kitikmeot Heritage Society, basée à Cambridge Bay, fête cette année ses 25 ans d’existence. Pour marquer cet anniversaire, elle place la préservation de l’inuinnaqtun au centre de ses priorités.
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Marine Lobrieau
Initiative de journalisme local – APF – Territoires

Deux campagnes ont été lancées lors de la célébration des 25 ans de la Société : Akhuuqhimahara Inuinnaqtun (S’impliquer pour l’inuinnaqtun) et Kivgaqtuiniq (Se servir les uns les autres). Dans le cadre de ces campagnes, l’organisme espère amasser 250 000 $ durant la prochaine année pour mettre en place des programmes de préservation de l’inuinnaqtun et élargir les possibilités d’immersion pour les locuteurs qui ont perdu la maîtrise de leur langue.

« Si je pense à des conversations avec notre présidente, Pamela Gross, au sujet de la préservation de l’inuinnaqtun, elle me répond que si nous perdons la langue, la culture sera perdue avec une grande partie de l’identité », raconte Darren Keith, chercheur au sein de la Kitikmeot Heritage Society.

Une langue en voie de disparition

La langue inuinnaqtun est parlée par les communautés inuinnait de Cambridge Bay, Kugluktuk et Gjoa Haven, au Nunavut, et Ulukhaktok aux Territoires du Nord-Ouest. Moins de 600 locuteurs actifs ont été recensés au cours des dernières années, selon Statistiques Canada. La Société projette que cette langue sera définitivement éteinte d’ici deux générations.

L’imminence de son extinction est jugée « dévastatrice » par les membres de la Kitikmeot Heritage Society. Selon eux, c’est tout un pan de l'histoire inuinnait qui est vouée à sombrer à ses côtés. Elle aurait pour effet de perturber « le lien avec notre passé, avec une grande partie des connaissances obtenues et accumulées par des milliers de générations qui nous ont précédés et avec notre identité en tant qu'Inuinnait », précisent-ils.

L’une des explications se trouve dans le contexte historique et les profonds bouleversements provoqués par le colonialisme et l’utilisation systématique de l’anglais. « En général, il y a une génération, devenue les aînés, qui a passé beaucoup de temps dans les pensionnats où ils ne parlaient pas leurs langues », fait savoir Darren Keith. Le chercheur poursuit : « Ils sont revenus, ont réappris, mais cet événement a "cassé" la dynamique de la langue inuinnaqtun ».

La pratique de ce dialecte apparaît également comme étant moins populaire auprès des jeunes qui privilégient, pour diverses raisons, l’anglais pour communiquer : « les anciens parlent bien leur langue, mais les jeunes l’ont perdu et elle est peu parlée dans les foyers », confirme le chercheur.

La solution dans la technologie numérique

Après le décès du dernier des locuteurs natifs du territoire et la rupture de la tradition orale, la Kitikmeot Heritage Society a adapté sa mission pour voler au secours de la langue. Elle trouve des solutions grâce aux outils numériques et tente de rendre impérissable l’inuinnaqtun. Cette stratégie permettra aux générations futures d’avoir un accès illimité à ces ressources.

Dans cette optique, l’association souhaite « créer une fusion réussie entre le numérique et le traditionnel ». Au programme : un balado en Inuinnaqtun. « Ce sont des conversations entre les aînés sur différents sujets, sur leur jeunesse, les traditions... Nous espérons continuer ce projet, c’est une ressource pour l'avenir de la langue », confirme Darren Keith.

Le stockage numérique des connaissances inuites est privilégié par la Société. D’ailleurs, elle a réalisé, en partenariat avec le Centre de recherche géomatique et cartographie de l'Université Carleton et des aînés de la communauté, une série d’atlas du savoir inuit, répertoriant, entre autres, les noms traditionnels des lieux en inuinnaqtun.

Par ce moyen, elle espère faciliter la transmission et œuvrer pour la préservation des connaissances traditionnelles dans les communautés inuites.

En 2015, l’UNESCO qualifiait l’inuinnaqtun de langue « définitivement en danger ».

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Crédit : Kitikmeot Heritage Society
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Le conseil d’administration, les employés et les membres de la Kitikmeot Heritage Society ont célébré les 25 ans de l’organisme le 6 mars 2021.

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  • Date de création 22 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 22 mars, 2021
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