Près de 70 années à aider les femmes à faire des études

D’une première bourse d’études de 25 $ en 1944 à des bourses d’études annuelles de 18 000 $ actuellement, le club de Moncton de la Fédération canadienne des femmes diplômées des universités (FCFDU) en a fait du chemin. En tout et partout, c’est environ 440 000 $ qui ont été accordés pour appuyer l’éducation des femmes du Grand Moncton.

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Claire Lanteigne

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Fondé en 1934, le club de Moncton de la FCFDU a octroyé sa première bourse à une étudiante du Moncton High School, la seule école secondaire de l’époque. C’est le club de bridge du groupe qui avait fourni 25 $ pour cette bourse. «Les francophones étudiaient alors au collège Notre Dame d’Acadie», souligne Bernadette Bérubé qui s’est jointe au groupe en 1972. Après plusieurs années à la maison, je cherchais une activité pour sortir.»

Le Club de Moncton comptait surtout des membres anglophones, mais francophiles, et elle dit avoir été très bien accueillie et s’être toujours sentie à sa place. Des femmes de différentes professions en faisaient partie, dont plusieurs avocates. Bernadette Bérubé, qui était enseignante, est l’une des plus anciennes membres du club. Elle a occupé trois mandats à la présidence entre 1973 et 2010. Elle est très engagée dans la vente de livres et le comité des bourses.

Quand l’école secondaire francophone Mathieu-Martin a ouvert ses portes, on l’a ajoutée à la liste et ce fut la même chose avec l’école L’Odyssée. Il n’y a jamais eu de problèmes ou de questionnement pour ajouter une école francophone. Dans les années 1970, il y avait quatre écoles secondaires dans le Grand Moncton et une bourse de 500 $ était donnée à une étudiante de chaque école.

«Au cours des 85 années, on a étendu le programme aux six écoles secondaires du Grand Moncton et augmenté le montant des bourses qui est actuellement de 1 500 $ pour des études universitaires et 750 $ pour des études collégiales. En date de juin 2020, on avait accordé un grand total d’environ 440 000$ pour appuyer l’éducation des femmes», explique Bernadette Bérubé.

La Fédération des femmes universitaires a été fondée en 1919, ce qui était assez audacieux pour l’époque si on pense que ce n’est qu’en 1929 que la femme a obtenu le statut de «personne» au sens de la loi au Canada. Alors qu’il y avait peu de femmes aux études, le but de l’organisme visait l’éducation des femmes, les affaires publiques et l’environnement. Le club de Moncton était le deuxième à l’est de Montréal «L’éducation a toujours fait partie de nos intérêts, ajoute Madame Bérubé, et nous étions assez avant-gardistes. On parlait d’équité salariale dans les années 1950 avant que tout le monde en parle.»

Elle a fait partie du comité qui a vu à la création du Conseil consultatif sur la condition de la femme du Nouveau-Brunswick et a aidé à la mise sur pied du premier tribunal de la famille dans la province. Le club a toujours appuyé la Bibliothèque de Moncton depuis ses débuts. Bernadette a été la première femme et la première francophone élue présidente du conseil de la bibliothèque.

«On donnait des bourses aux étudiantes du secondaire, dit encore Bernadette Bérubé, mais on a réalisé qu’il y avait des femmes de plus de 21 ans qui auraient aimé poursuivre ou reprendre des études et qui n’avaient pas beaucoup de moyens. En 1992 on a mis sur pied des bourses pour elles.»

Le fonds de bourses a été créé après que trois anciennes membres aient légué des fonds à cette fin. À un moment donné, on comptait cinq clubs au Nouveau-Brunswick. Ceux de Sackville et Kennebecasis ne sont cependant plus actifs; il ne reste que ceux de Moncton, Fredericton et Saint-Jean.

«Les membres vieillissent, ajoute-t-elle, et comme dans bien d’autres organismes, la relève n’y est pas.» Les groupes de femmes ont de plus en plus de difficulté à recruter des jeunes car les femmes travaillent et ont une vie familiale occupée. Elles choisissent d’œuvrer dans des secteurs reliés à leur profession et c’est la même chose partout au pays. «On se demandait ce qui arriverait si le club venait à fermer et on ne voulait pas que leurs fonds aillent au national.»

Le groupe a alors décidé en 2018 de commencer un fonds de bourses à l’Université Mount Allison, à Sackville, car plusieurs membres-fondatrices y ont fait leurs études. Le deuxième fonds de bourse de 25 000 $ a été créé à l’Université de Moncton en 2020. Parmi les membres, on compte neuf anciennes professeures à l’Université de Moncton et 29 diplômées de l’institution. Plus de 60 bourses ont été accordées à des étudiantes de l’Université de Moncton. Un troisième fonds de bourse ira à la faculté de nursing de UNB à Moncton.

«Avec ces Fonds de bourses aux universités,  on redonne à la communauté qui nous a appuyées au cours de toutes ces années», précise Madame Bérubé.

La Fédération nationale accorde aussi des bourses à des femmes de partout au pays qui ont complété leur 3e année universitaire ou sont au niveau de la maîtrise ou du doctorat.

Avec leur slogan «La puissance au féminin : ensemble pour réussir», elles ont toujours cru qu’il n’y avait pas de limites à ce qu’elles pouvaient faire afin que l’éducation soit importante pour la communauté, le pays et le monde.

Ventes de livres

En 1963, afin de recueillir des fonds, le club de Moncton organisait  une vente de livres usagés dans une boutique de la rue Main. La somme de 436 $ avait été amassée. Puis on a déménagé cette activité au Club de curling Beaver, en s’associant avec les casernes de pompiers de Dieppe, Moncton et Riverview. Pendant 40 ans, cette vente de livres a connu un succès monstre et a généré des profits annuels d’environ 15 000 $.

Bernadette Bérubé raconte qu’elles ont été victimes de leur propre succès :  «Avec le vieillissement des membres, ça devenait de plus en plus pesant de manœuvrer des livres.»

Après la fermeture du Club Beaver en 2013, le club a pris une pause d’un an pour la vente des livres. « On a décidé de prendre seulement les livres avec des couvertures souples», dit-elle. La vente se tient maintenant au Centre Bohan de Riverview. On accepte les livres du dimanche au mardi et la vente se tient du mercredi au vendredi. En 2020, la 57e vente de livres n’a pas eu lieu à cause de la pandémie, mais on planifie qu’elle se tiendra cette année du 17 au 21 mai.

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Photo :

Signature de l’entente pour le fonds de bourses à l’Université de Moncton en février 2020. Dans l’ordre habituel : Karen Dunnett, présidente de FCFDU Moncton; Jean Paul Couturier, recteur et vice-chancelier à l’époque et Bernadette Bérubé, ancienne vice-doyenne de la Faculté des Arts de l’U. de M. et présidente du comité des bourses FCFDU Moncton. (courtoisie)

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  • Date de création 8 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 15 mars, 2021
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