Pré-maternelle à quatre ans : «Quel est le plan?»

Promise en septembre 2020, puis repoussée en raison de la pandémie, la pré-maternelle à quatre ans à l’Île-du-Prince-Édouard sera sur les rails pour la rentrée 2021. Deux inquiétudes émergent : le manque de place dans certains centres de la petite enfance francophones, et le manque d’éducatrices en général.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

«Les améliorations prévues pour les services de garde en petite enfance nous permettront d’aller de l’avant avec notre programme universel de pré-maternelle à l’automne 2021.» L’extrait est issu du discours du Trône, prononcé le 25 février. La pré-maternelle à quatre ans, promesse de campagne du gouvernement de Dennis King, initialement annoncée pour septembre 2020, arrivera finalement cette année.

Manque d’espace dans certains centres

L’initiative prévoit d’ajouter 300 places dans les centres de la petite enfance (CPE) de la province et de financer sur fonds publics 15 heures par semaine durant lesquelles les enfants auraient un programme pédagogique les préparant à l’entrée en maternelle. Le reste de la journée restera à la charge des parents qui souhaitent laisser leurs enfants en garderie.

«Soixante-seize pour cent des enfants de cet âge suivent déjà des programmes de pré-maternelle en garderie, rappelle Natalie Jameson. Notre but avec ce programme est de servir tous les enfants.» Selon la toute nouvelle ministre de l’Éducation, les CPE ont «anticipé» la hausse de fréquentation et «ont la capacité» d’absorber la charge. «D’une manière générale, le secteur a dit que c’était réalisable pour septembre», ajoute-t-elle.

«J’entends des choses très différentes», s’inquiète Karla Bernard. La porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation a des doutes sur le réalisme du projet, «avec les problèmes qu’on a déjà». La pénurie d’éducatrices et d’éducateurs est un problème récurrent. «La paie n’est pas assez élevée», analyse Karla Bernard qui alerte aussi sur le manque d’espace dans certains centres, ruraux notamment.

Dans le secteur francophone, on a effectivement des doutes pour Rustico et Rollo-Bay. «On essaie de faire ce qu’on peut avec ce qu’on a, mais les pieds carrés, c’est les pieds carrés», prévient Kathleen Couture. La directrice de l’Association des CPE francophones de l’Î.-P.-É. (ACPEFÎPÉ), qui regroupe cinq centres pour près de 250 enfants, dont un peu plus de 150 d’âge préscolaire, explique que des discussions sont en cours, avec la Commission scolaire de langue française et avec les centres communautaires, pour essayer d’accueillir plus d’enfants. Le ministère, par courriel, confirme être au courant du problème : «Les deux centres ont demandé des subventions en capital pour leur expansion et ont été approuvés. Il est de la responsabilité de chaque centre de trouver l'espace approprié et nous les aidons à utiliser leur espace actuel un peu différemment pour cela.» Du côté du recrutement, Kathleen Couture confie que suite au salon Destination Canada, un suivi est fait avec une vingtaine de candidats potentiels.

«On est en chemin pour septembre»

Reste à savoir comment gérer les différents cas de figure qui se présenteront inévitablement, entre ceux qui feront uniquement les 15 heures gratuites, et ceux qui resteront toute la journée. Même s’il faut de la flexibilité, selon Natalie Jameson, le projet impose que les enfants soient là trois heures par jour, soit le matin, soit l’après-midi. «Les enfants n’ont pas forcément besoin d’apprentissage toute la journée à cet âge», complète la ministre.

«C’est quoi le plan?», s’interroge de son côté Karla Bernard. Certains centres ne prennent que des enfants à temps plein. «Est-ce qu’on va faire des exceptions si les parents ne veulent pas payer la garderie pour le reste de la journée?» La députée verte «n’est pas convaincue qu’il y ait eu beaucoup de réflexion sur le sujet» depuis son annonce en 2019 et «ne voit pas comment il peut réussir sans avoir réglé les problèmes en amont».

Kathleen Couture, elle, se veut rassurante : «Ça fait trois ans qu’on y travaille, on est en chemin pour septembre, et on va tout faire pour que les parents qui veulent un service en français puissent l’avoir.» La crainte de la directrice de l’ACPEFÎPÉ : perdre des enfants au profit du système scolaire anglophone.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

1-Natalie Jameson est devenue ministre de l’Éducation et de l’Apprentissage continu à la faveur du remaniement ministériel de début février.

2- Karla Bernard, députée verte de Charlottetown-Victoria Park, est porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation.

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  • Date de création 7 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 7 mars, 2021
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