Pour eux, le confinement n’a presque rien changé

La COVID-19 ne change pas les habitudes de vie de certains habitants de l’Île-du-Prince-Édouard. Pour les agriculteurs et insulaires qui travaillent à la maison ou sur leurs terres depuis des années, c’est presque la routine habituelle.

________________

Marine Ernoult

Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

Alors que la plupart des habitants de l’Île-du-Prince-Édouard sont invités à rester chez eux pour combattre la menace invisible du nouveau coronavirus, Soleil Hutchinson agricultrice bio installée à Bonshaw, ne voit pas sa routine quotidienne bouleversée. Tous les après-midis, elle prend la direction de ses champs où elle sème et fait des greffes. Son travail continue normalement. «Je vis vraiment en pleine campagne, entourée de forêts. Je n’ai pas l’impression d’être confinée, raconte-t-elle. La seule différence c’est que je ne vais plus à Charlottetown une fois par semaine.» L’agricultrice reconnaît seulement un surplus de travail de bureau à cause de la COVID-19 : «Comme je ne vais pas pouvoir vendre mes légumes à certains restaurants, je regarde quelles sont mes autres options, je cherche de nouveaux marchés.»

Andrew (le prénom a été modifié), lui, est abonné au télétravail depuis des années. L’analyste financier n’a pas non plus l’impression de voir son quotidien affolé par le confinement. Il travaille toujours sereinement derrière son ordinateur. «Avant la crise, mes principales sorties étaient les courses et la salle d’entraînement, témoigne-t-il. Encore aujourd’hui, ce n’est pas toujours facile de prendre conscience de ce qui se passe à l’extérieur de mon cocon.» Pour le Prince-Édouardien, habitué à avoir des relations virtuelles, l’éloignement social l’empêche simplement de ne pas pouvoir aller boire un verre de temps en temps. «Je ne me sens pas enfermé entre les quatre murs de ma maison», dit-il.

Résilience face à la crise

Leurs champs d’activité sont très éloignés, mais Soleil et Andrew partagent des habitudes de vie qui leur permettent de mieux s’adapter à la crise actuelle. «Ça ne constitue pas un changement profond pour eux, car ils connaissent leur espace de vie et l’ont déjà bien organisé, analyse Madeleine Pastinelli, professeure au département de sociologie de l'Université Laval. En fait, la majorité de la population avait jusqu’alors une vie structurée par les relations sociales à l’extérieur de chez soi, sur le lieu de travail.»

Pour Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne et professeure au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, la «résilience» est un autre facteur qui explique la capacité de certains à mieux accepter le confinement. Autrement dit, l’aptitude à affronter avec succès cette épreuve : «Ça dépend de notre bagage de vie, si quelqu’un a vécu des expériences difficiles auparavant, il aura plus de ressources pour passer à travers la crise sans trop d’encombres.»

Rapport au chez-soi inégalitaire

Geneviève Beaulieu-Pelletier conseille également de transformer la réduction de liberté que nous vivons en «quelque chose de positif, une ouverture différente». Elle propose de développer un projet qui nous tient à coeur, ou carrément de se projeter dans l’après-crise. «Nos besoins psychologiques fondamentaux d’autonomie, de contrôle, sont frustrés, on se sent plus que jamais impuissants, c’est pourquoi il faut trouver un autre moyen de les combler», précise la psychologue qui recommande par ailleurs de compenser le manque de relations sociales en réinvestissant son chez-soi.

Une proposition que tempère Madeleine Pastinelli. «Le rapport au chez-soi est plus que jamais inégalitaire, commente la sociologue. Pensez à une famille de quatre enfants qui se retrouve tout à coup à cohabiter vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pour eux, le chez-soi n’est pas l’espace refuge où l’on se sent bien, c’est l’enfermement où l’on étouffe». Pendant ce temps, à Bonshaw, Soleil Hutchinson se prépare déjà pour l’été prochain, le pic de l’activité pour sa ferme.

-30-

 PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Soleil Hutchinson : Le confinement n'a pas bouleversé le quotidien de Soleil Hutchinson, agricultrice à Bonshaw. Toutes les après-midis, elle se rend dans ses champs pour semer et surveiller la pousse de ses plants. Courtoisie.

 

  • Nombre de fichiers 2
  • Date de création 18 avril, 2020
  • Dernière mise à jour 18 avril, 2020
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article