Pêche au homard : le report en discussion parmi les professionnels

La saison printanière de pêche au homard doit normalement débuter le 30 avril, dans les zones 24 et 26A. Les pêcheurs de l’Île-du-Prince-Édouard ne se sont pas encore prononcés sur un éventuel report.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

«Nous n’avons pas encore pris position», indique Ian MacPherson, directeur général de la fédération des pêcheurs de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.). L’organisation a envoyé en milieu de semaine dernière un sondage à ses membres, «un millier de capitaines environ», pour avoir leur avis sur la question. Une position commune devait émerger le lundi 13 avril, mais elle est finalement repoussée au mercredi 15. «Nous avons eu 80% de retour, explique Ian MacPherson. Cela prend un peu plus de temps que prévu.»

Les transformateurs, eux, plaident déjà pour un report. Dans une lettre adressée au gouvernement fédéral, 24 entreprises du secteur présentes dans quatre provinces, dont l’Île, demandent à Pêches et Océans Canada de retarder l’ouverture de la pêche printanière dans toutes les zones de pêche du homard (ZPH) du Golfe pour au moins deux semaines. «Une ‘tempête parfaite’ se prépare dans l'industrie canadienne du homard, écrivent-elles. [Nous avons] de sérieuses inquiétudes quant à notre capacité à assurer un environnement de travail sécuritaire pour nos employés. Aucun de nous ne demanderait aux pêcheurs de pêcher dans des vents de 50 nœuds, alors comment pouvons-nous demander à nos travailleurs d’être à l’œuvre dans les circonstances actuelles, et possiblement mettre des vies en danger?»

8000 emplois menacés

Avec 40% du homard pêché qui quitte l’Île, Ian MacPherson fait part de ses incertitudes concernant l’écoulement de la production : «Certains acheteurs nous disent qu’ils n’achèteront rien avant mi-mai, d’autres disent que c’est OK». D’un autre côté, «c’est une saison qui ne dure que deux mois», prévient-il, inquiet que le report, si cette solution est choisie, ne dure trop longtemps.

Les professionnels se concertent, affirme le responsable. «Mercredi 8, nous avons eu une discussion au téléphone avec le Québec, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick. La majorité veut un report.»

Les autorités de l’Î.-P.-É., elles, font pression sur Ottawa pour que la saison puisse commencer. «Nous avons besoin du leadership du gouvernement fédéral sur cette question», insiste Jamie Fox, ministre provincial des Pêches. Il rappelle que cette industrie emploie à peu près 8000 personnes à l’Île, avec un impact économique d’environ 600 millions de dollars par an.

Dans sa mise à jour économique, publiée début avril, le gouvernement estime que 20 200 emplois seront touchés par la crise en mai, dont seulement 500 dans le secteur de la pêche, signe que l’hypothèse privilégiée à ce jour est qu’il y aura bel et bien une saison de printemps à l’Île.

En ce qui concerne le crabe des neiges, la pêche débutera vraisemblablement le 24 avril, au lieu du 10. «Cette industrie nécessite moins de personnel que celle du homard», détaille Ian MacPherson pour justifier le démarrage de la saison.

La pêche récréative est interdite

Si le débat se poursuit sur la pêche commerciale, les pêcheurs du dimanche, eux, devront encore ronger leur frein. La pêche récréative, qui démarre habituellement mi-avril, est interdite jusqu’au 1er juin. Cela s’applique à la pêche dans les eaux intérieures et dans les eaux de marée, ainsi qu’à la cueillette récréative des mollusques. Les espèces suivantes sont concernées : la truite, le saumon de l’Alantique, l’éperlan, le bar rayé, le maquereau, la plie, la perche, les pétoncles, les myes, les palourdes, le couteau de l’Atlantique et les moules.

La pêche n’est pas le seul secteur économique frappé par la crise. L’agriculture de l’île est aussi largement dépendante de la main-d’oeuvre saisonnière, dont les travailleurs temporaires étrangers. Le gouvernement a annoncé que ces derniers pourront venir dans la province, mais devront s’isoler pendant deux semaines «dans un lieu centralisé», sans en dire plus. Un fonds de 750 000 dollars est mis sur la table pour aider les entreprises agricoles à s’adapter à la crise.

Les autorités espèrent que les restrictions sociales pourront être levées en juin. Cela permettrait une reprise économique au cours de l’été et un retour à la normale au niveau de l’emploi en septembre. «Quiconque prétendrait savoir ce qui va exactement arriver ne dirait pas la vérité, tempère le premier ministre Dennis King. Juin serait une bonne date, c’est une cible. J’espère que cette prévision est solide.»

 

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Photos : La saison de la pêche au homard doit débuter à la fin du mois d'avril à l'Île-du-Prince-Édouard. Les professionnels de la transformation demandent un report.

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  • Date de création 13 avril, 2020
  • Dernière mise à jour 13 avril, 2020
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