Pas assez de terres protégées à l’Île-du-Prince-Édouard

Seulement 3,6 % des terres de l’Île-du-Prince-Édouard sont sanctuarisées. Un chiffre bien en deçà de l’objectif de 7 % dont s’est dotée la province. La majorité des terres étant privées, les associations et le gouvernement sont obligés de les acheter pour les rendre à l’état naturel. Un processus long et coûteux.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local — APF — Atlantique

L’Î.-P.-É. fait figure de mauvais élève en matière de conservation des terres. Alors que la province se donnait un objectif de 7 % de surfaces protégées en 2020, seulement 3,6 % du territoire provincial est sanctuarisé, le plus faible pourcentage du Canada.

C’est ce que révèle le rapport Nature en santé = Populations en santé, publié à la mi-juillet par la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNPC). Si le gouvernement provincial affirme que le chiffre exact serait plutôt de 4,4 %, on est tout de même loin de l’ambition nationale de 17 % pour 2020.

La cible provinciale de 7 % n’est pas nouvelle et date des années 1990. À l’époque, l’Île avait adopté un plan pour doubler la superficie de ses aires protégées.

En 2018, à la suite de la création d’un fonds fédéral de 2,5 milliards $ sur cinq ans dédié à la conservation des terres, le gouvernement de l’Île a réitéré sa volonté de doubler les surfaces naturelles. Mais en trente ans, rien n’a changé, ou presque.

Le rapport de la SNPC rappelle qu’il reste «un long chemin à parcourir pour respecter les engagements». «Plus pourrait être fait», reconnaît Megan Harris, directrice générale de Island Nature Trust.

Compétition pour la terre

Comment expliquer un tel retard? Par une situation inédite à l’échelle du pays : 90 % des terres sont privées à l’Î.-P.-É.. C’est l’exact opposé dans les autres provinces et territoires.

Il faut remonter au 18e siècle pour comprendre le statut si particulier de la terre insulaire. En 1760, la province est divisée en 67 parcelles vendues à des propriétaires fonciers. Des parcelles qui seront subdivisées en lots toujours plus petits au fil des années.

Aujourd’hui, associations de protection de l’environnement et gouvernement provincial n’ont pas d’autre choix que d’acheter les terres pour les rendre à la nature. «Pour protéger une zone de taille suffisamment importante, il faut acquérir de nombreuses petites parcelles, pas seulement une ou deux. Ça rend les choses plus difficiles», explique Megan Harris.

L’acquisition peut se transformer en un long parcours du combattant. D’abord, il faut convaincre les propriétaires de vendre. «Ça peut prendre énormément de temps. Il y a beaucoup de compétition et de conflits d’usage, car nous vivons dans une province agricole, densément peuplée», explique Jana Cheverie de Ducks Unlimited. L’organisation environnementale travaille avec les autorités à l’achat de terres et possède actuellement treize parcelles.

Nombreuses donations  

Si les propriétaires acceptent de se séparer de leurs terrains, un processus long et coûteux fait d’évaluations et d’expertises commence. Le prix de la terre doit notamment être évalué. À l’Île, seuls deux experts sont habilités à procéder à de telles estimations.

«Ça ralentit les choses, surtout que la COVID-19 a rendu le tout plus compliqué, observe Megan Harris. Et nous n’avons pas des capacités financières illimitées.» Cette année, Island Nature Trust a pu acheter douze parcelles, soient 800 acres à travers la province.

Après quarante ans d’existence, l’organisation possède 5 000 acres. «Nous avons beaucoup de donations, les insulaires sont très généreux», assure Megan Harris. En 2019, l’association a ainsi reçu six dons de terres écologiquement sensibles dans le cadre d’un programme fédéral. «Nous sommes la deuxième province du pays en termes de dons écologiques», se félicite la directrice générale.

«La santé humaine dépend de celle des écosystèmes»

Les Premières Nations jouent également un rôle important dans la protection des terres. Le long de la côte nord-ouest, les Mi’kmaq travaillent avec Parcs Canada et la province afin d’étendre le parc national de l’Î.-P.-É à l’île Hog, un cordon de dunes qui s’étend sur 50 kilomètres.

Le Fonds de la nature du Canada soutient également un projet en partenariat avec la Confédération Mi’kmaq de l’Î.-P.-É qui permettrait de protéger 4 400 hectares d’habitat sensible, dont une portion de forêts anciennes.

Les associations de protection de l’environnement restent optimistes. «Sept pour cent est un objectif atteignable d’ici quelques années, affirme Megan Harris. Mais il nous faut plus de ressources.»

Dans son rapport, la SNPC appelle le gouvernement provincial à soutenir les associations et à jouer un rôle de leadership dans l’agrandissement du réseau d’aires protégées. «La protection de la nature est indispensable à notre survie à long terme, insiste Isabelle Bérubé de la SNPC. La santé humaine dépend de celle des écosystèmes, des plantes et des animaux.»

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

IJLA_Terres protégées IPE : Cette année, Island Nature Trust a acheté Crown Point pour ramener la zone à son état naturel. Au total, l’association environnementale possède 5 000 acres de terre dans la province. (photo Marine Ernoult)

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  • Date de création 27 juillet, 2020
  • Dernière mise à jour 27 juillet, 2020
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