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Pandémie dans l’Ouest canadien: les artistes francophones en péril

Les artistes francophones de l’Ouest canadien font partie des parents pauvres de la pandémie. Il s’agit du triste constat de quatre organismes culturel de l’Ouest canadien : le Conseil culturel fransaskois (CCF), le Regroupement artistique francophone de l’Alberta (RAFA) et le Conseil culturel et artistique francophone de la Colombie-Britannique (CCAFCB). Ces organismes de services aux arts provinciaux se montrent toutefois déterminés à accompagner les artistes vivant uniquement de leur art dans leur lutte contre la pauvreté.

Marie-Paule Berthiaume

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Soutenir le milieu artistique franco-canadien de l’Ouest

« La pandémie a causé un grand bouleversement dans la façon dont on fait les choses », a déclaré d’entrée de jeu la directrice générale du RAFA, Sylvie Thériault. En effet, les mesures de ralentissement de la propagation de la COVID-19 ont entraîné des répercussions sévères sur le milieu artistique, particulièrement en ce qui a trait aux arts de la scène.

Bien que la structure du CCF, du RAFA et du CCAFCB et leurs mandats respectifs envers les artistes diffèrent, ils s’activent tous depuis mars autour de deux axes, soit un soutien à la diffusion des produits artistiques et l’appui des artistes au moyen de réunions virtuelles régulières et fréquentes. « L’été est un moment fort dans l'année fiscale pour les artistes », rappelle Sylvie Thériault qui souligne l’angoisse vécue par plusieurs d’entre eux ces derniers mois.

Dans la mesure du possible, les engagements de ces organismes envers les artistes ont été modifiés pour assurer la diffusion des œuvres déjà prévue tout en développant de nouvelles initiatives pour appuyer les artistes en contexte de pandémie. Le RAFA a, par exemple, mis sur pied une série de formations web visant à outiller ses membres individuels et associatifs sur des sujets comme le développement de clientèles, les responsabilités légales liées à la diffusion d’un produit artistique, la gestion des droits d’auteur et la santé mentale. Le RAFA a également mis de l’avant la série de prestations numériques, Visit’ARTS, prévue jusqu’en décembre.

Les artistes ont dû travailler plus fort

« Les bailleurs de fonds ont été flexibles à tous les niveaux », affirme le directeur général du CCAFCB, Jean-François Packwood. Son organisme a ainsi pu modifier certains échéanciers et même rémunérer quelques artistes n’ayant pu présenter leurs œuvres. Packwood confie que  les bouleversements au calendrier causés par la pandémie ont infligé une nette surcharge de travail à certains artistes, notamment dans la coordination et la promotion événementielle. Il faut savoir que les artistes franco-canadiens de l’Ouest ont cette particularité de s’impliquer dans toutes les phases de la gestion de leur carrière. « Il est presqu’impossible d’arriver à tout faire », confie l’artiste visuelle albertaine, Patricia Lortie. « On se retrouve souvent pris dans la gestion de tous ces détails et manquons de temps pour se concentrer sur une vision plus large de notre carrière », conclue-t-elle.

Relancer le secteur des arts et de la culture

Les individus et les organismes du milieu artistique ont été nombreux pendant le confinement à permettre un accès gratuit en ligne à leurs offres. « Il est de plus en plus difficile de faire payer les gens pour du contenu artistique », constate la directrice générale du CFF, Suzanne Campagne, qui se dit préoccupée pour la prospérité économique postpandémie des artistes. Selon elle, la pandémie a amplifié la perception déjà bien ancrée que le travail des artistes est un produit de luxe, ce qui nous « ramène au vieil argumentaire sur la valeur de l’art et de la culture en général dans la vie d’une personne ».

Offrir une éducation populaire sur la réalité des artistes est donc devenu une priorité pour le CCF qui développe présentement une série de 10 vidéos sur des profils d’artistes et leur enjeu principal, être artiste-entrepreneur. De plus, l’organisme fransaskois travaille à la réalisation de 12 balados ciblant leurs tâches quotidiennes. Suzanne Campagne qualifie de « phénoménale » la  diversité de connaissances nécessaires aux artistes qui s’auto-gèrent pour accomplir l’ensemble des tâches liées à la diffusion d’un produit, un fait que plusieurs « sous-estiment ».

Se redéfinir pour la suite

« Le public doit être charmé à nouveau », indique Sylvie Thériault de la RAFA et « rassuré », d’ajouter Suzanne Campagne du CFF. Cette dernière suggère que les types de services offerts par les artistes soient redéfinis, dans les écoles entre autres. La directrice artistique et chorégraphe chez Foolish Operations à Vancouver, Julie Lebel, abonde en ce sens. « Le curriculum des arts a été complètement délaissé au printemps dernier », explique-t-elle. Elle demande aux écoles francophones en milieu minoritaire de réintégrer les arts dans leur curriculum pour y faire rayonner « la culture diversifiée des gens qui parlent le français ».

« Il va y avoir des spectacles et des activités artistiques et culturelles, ça c’est certain », prédit Jean-François Packwood, du CCAFC, en se référant à la rentrée de septembre. Il précise qu’il existe encore un « gros flou » quant à la programmation artistique francophone à travers l’ensemble des provinces de l’Ouest. Il ajoute vouloir attendre à la dernière minute avant de se lancer dans la promotion des événements à venir. Un nouveau modèle de diffusion des œuvres émergera, soit un événement comptant moins de 50 personnes jumelé à un visionnement virtuel payant.

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Crédit photos :

RAFA

Description photos :

Diffusion numérique du spectacle de Sympa César à Edmonton, Alberta, le 27 août 2020.

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  • Nombre de fichiers 7
  • Date de création 1 septembre, 2020
  • Dernière mise à jour 18 septembre, 2020
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