IJL - Ouest

Oui au sport en français dans l’Ouest

Pour un Jonathan Toews qui se fait un point d’honneur, en tant que Franco-Manitobain, de parler sa langue maternelle, d’autres sportifs francophones tentent aussi de pratiquer leur sport dans la langue de Molière. Alors, le sport en français dans certaines provinces de l’Ouest, est-ce possible ou c’est vraiment… du sport ?

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André Magny

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

 

« Dans les grandes villes, c’est plus facile de trouver des clubs où on peut pratiquer son sport en français », selon Céline Dumay, directrice générale de la Fédération du sport francophone de l’Alberta (FSFA).

Elle donne l’exemple du Cirquetastic à Edmonton, une école de cirque où l’on donne des cours bilingues à partir de 8 ans et plus.

Le site de la FSFA répertorie une dizaine de disciplines sportives offertes en français ou dans des structures bilingues. Ça va du hockey, en passant par le soccer, l’escalade, le curling, le patinage artistique ou la danse.

La FSFA s’occupe notamment de faire la promotion du sport en français auprès de certains groupes dont les aînés, les femmes avec le programme #ElleBouge ou encore avec les jeunes grâce à la bande dessinée Les bons réflexes de Mouflex ! qui fait la promotion d’une vie saine et active. C’est aussi la FSFA, qui est responsable de l’organisation des Jeux francophones de l’Alberta (JFA).

Avec la pandémie, évidemment, plusieurs choses ont été chamboulées. Par exemple, les prochains Jeux en mai 2021 feront place à des activités individuelles. Au fil des derniers mois, la FSFA a organisé des rencontres virtuelles comme des conférences avec Bruny Surin, entre autres.

En fait, pour la directrice générale, l’un des principaux points discutés avec le gouvernement de Jason Kenney ces dernières années, c’est d’avoir un programme de certification en français pour les entraîneurs. Mais c’est loin d’être fait. « Ça prend du temps », laisse-t-elle tomber.

La clé, les entraîneurs ?

Père de deux garçons hockeyeurs, Nathan et Jacob, François Boucher est aussi entraîneur de hockey tout en étant le vice-président de la FSFA et enseignant d’éducation physique.

Pour lui, « c’est possible le sport en français en Alberta, mais ça dépend des sports ». Il avoue que dans un sport d’équipe, les consignes seront données en anglais, à moins qu’il y ait beaucoup de joueurs qui parlent ou comprennent le français. Il lui est même arrivé de parler en français à ses joueurs, une stratégie qui déstabilisait l’adversaire anglophone. « Des parents anglophones de certains de mes joueurs m’ont même félicité pour cette tactique ! »

Jacob, son plus aîné, ailier gauche au sein des Hurricanes de Lethbridge dans la ligue junior majeure de la WHL, estime qu’il n’a jamais reçu de plaintes parce qu’il parlait français dans le vestiaire des joueurs. « Ça arrive [de parler français] quand j’ai des coéquipiers qui sont allés en immersion, comme Dylan Cozens, qui faisait partie de l’équipe junior canadienne cette année. »

En Saskatchewan, la direction technique de Water Polo Saskatchewan a été confiée à un francophone, Cyril Dorgigné. Les athlètes francophones peuvent évidemment s’adresser à lui en français. Mais une fois dans la piscine, c’est en anglais que ça se passe.

L’ancien joueur élite avec le club de Nice déplore qu’il y ait peu de données sur les athlètes francophones. « Le gouvernement est timide sur la chose. Sask Sport ne demande jamais de statistiques sur les Francos. On a des questions sur les immigrants, mais rien sur la langue. »

Jeff Bohach, spécialiste des relations auprès des médias de Sask Sport, le confirme : « Nous n’avons pas ce genre de chiffres concernant les participants francophones, tous sports confondus. Par contre, nous sommes capables de savoir le nombre d’athlètes bilingues de niveau olympique ou paralympique. En ce moment, aucun sportif francophone de haut niveau ne figure dans notre système. »

Le foot, un allié

En fouillant un peu, on s’aperçoit que le football est sans doute l’un des sports qui rallient les gens des horizons les plus divers, dont les francophones.

Créé en 2018, l’Edmonton Fusion FC est né d’un problème vécu par son fondateur originaire de l’Hexagone, Joris Desmares-Decaux. « Je voulais assouvir ma passion du football en français lors de mon arrivée en Alberta. Mon anglais était correct, mais je souhaitais pouvoir pratiquer mon sport dans ma langue maternelle. Malheureusement, rien ne m’offrait cette possibilité. »

Il a donc cherché une façon de marier foot et français. D’autres personnes étaient aussi dans sa situation. L’idée d’un club est donc née. Une fois la structure mise en place, non seulement des adultes ont contacté le fondateur, mais aussi des familles dont les enfants étaient dans des classes d’immersion. « D’ailleurs, le mot Fusion représente l’idée de rassembler les communautés entre elles et d’avancer ensemble. »

En Colombie-Britannique, il existe aussi un club francophone le Faly Academy, fondé à Vancouver, il y a 10 ans par Faly Basse. « Au départ, raconte celui qui a joué en France, en Allemagne et en Angleterre, l’initiative était de travailler juste avec les francophones des écoles du Conseil scolaire francophone (CSF). » L’Academy travaille toujours avec le CSF, mais elle a maintenant ouvert ses portes aux anglophones. Cependant, une chose demeure : les entraîneurs sont francophones. Même si le bilinguisme est présent, il n’est pas rare, selon M. Faly, que les explications se fassent davantage en français. « Les petits anglophones arrivent à comprendre ! »

Réaliste de penser qu’on peut progresser au foot ou dans un autre sport dans l’Ouest tout en parlant la langue de Thierry Henry ou de Guy Lafleur ?

« Oui, totalement possible ! », selon Joris Desmares-Decaux. « D’ailleurs, nous avons connecté un de nos joueurs francophones au club professionnel de Calvary FC. Il avait déjà un bon niveau, mais notre entraîneur principal l’a pris sous son aile et a continué son perfectionnement. Résultat : il a été retenu lors des essais du club et les rejoindra cette année si tout se passe bien. Un joueur progresse s’il se sent bien dans son environnement. Un jeune ou adulte francophone pourra certainement progresser plus rapidement dans sa langue maternelle avec des entraînements de qualité. »

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Bas de vignette : Céline Dumay, directrice générale de la Fédération du sport francophone de l’Alberta, responsable, entre autres du programme Allez les filles, des Jeux francophones de l’Alberta et de diverses animations sportives dans la province.

Crédit : Fédération du sport francophone de l’Alberta

Bas de vignette : Tous deux francophones, Job Lilango (ancien joueur professionnel de la RD Congo) et Abdoulsalam Mohamed dit "Chambi" (ancien joueur professionnel et international djiboutien) sont les deux entraîneurs principaux de l’Edmonton Fusion FC.

Crédit : L’Edmonton Fusion FC

Bas de vignette : Faly Basse, en 2018, en compagnie d’un entraîneur du club français de Metz.

Crédit : Faly Academy

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  • Date de création 28 janvier, 2021
  • Dernière mise à jour 28 janvier, 2021
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