IJL - Ouest

Nouvelle radio autochtone en Alberta

Une nouvelle radio autochtone multilingue nommée The Raven (le corbeau) a pris son envol le 1er février en Alberta. Mêlant nouvelles, culture et musique autochtone, The Raven 89.3 diffuse en anglais et en cinq langues traditionnelles régionales.

_________________

Gratianne Daum

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

 

Il s’agit de la troisième station pour le groupe de médias albertain Aboriginal Multi-Media Society (AMMS). Bert Crowfoot en est le propriétaire. Dans un communiqué, il s’est dit «très fier de ce nouveau bébé». Il explique avoir voulu lancer cette troisième radio pour offrir une nouvelle plateforme pour les musiciens autochtones et mettre en avant d’autres talents et genres musicaux que la musique country, spécialité de l’autre radio autochtone edmontonienne. L’intérêt était au rendez-vous, selon lui : «Nous avons reçu près de cent démos venant de partout en Amérique du Nord. Des artistes qui voulaient nous donner leurs chansons.»

Une radio culturelle bilingue

Chaque journée de programmation commence avec une prière traditionnelle et une chanson de bienvenue. Crowfoot explique que, pendant le segment, l’animateur annonce en anglais la langue qui sera utilisée dans le prochain segment. Que ce soit le Cree, le Blackfoot, le Déné, le Nakoda-Sioux ou le Mich. «Nous voulons partager notre culture et éduquer les auditeurs pour qu’ils puissent écouter dans les deux langues. Car [sans cela] pour une personne dont ce n’est pas la langue, ce serait juste du bruit.»  Il le justifie par l’attrait du public non autochtone pour ces programmes linguistiques et culturels.

Une traduction simultanée n’est pas chose simple. Il rappelle que, si l’anglais est direct et sans ambages, les langues autochtones sont, elles, très détaillées. Il faut souvent inventer des mots pour traduire. Et de donner l’exemple péremptoire de l’ordinateur. Il ajoute qu’en langue Blackfoot, les dialectes diffèrent entre communautés. Procéder ainsi permet donc à la fois de se familiariser tout autant que de pérenniser la langue.

Les retours en ce sens n’ont d’ailleurs pas tardé. Dès le premier jour, un aîné autochtone a appelé le studio. «En substance, il a dit : “j’ai vécu dans la ville [depuis longtemps] et c’est la première fois que j’entends le Déné en ondes… Ma langue me manque”», rapporte Crowfoot.

Le nom, The Raven, vient naturellement de cette culture. «Le corbeau est un messager. Il signale lorsqu’il y a quelqu’un d’autre aux alentours. Il est utile et c’est un peu comme un conteur d’histoires.»

Les difficultés du journalisme autochtone

Le journalisme autochtone connaît également des difficultés plus structurelles. À la question de savoir ce qu’il manque dans la couverture de ces nouvelles aujourd’hui, Crowfoot regrette que les médias grand public, propriétés corporatives, ne suivent pas les principes journalistiques d’objectivité inhérents à la profession, mais ceux de l’entreprise. «Très peu le font, dit-il. L’objectivité dans les médias est très rare.»

Il estime que la présence d’un journaliste autochtone dans les salles de rédaction ne règle pas tout et il regrette que les sujets relatifs aux autochtones leur soient assignés automatiquement. «Pour moi c’est mal. Si on est un bon journaliste, on est capable de tout traiter. Car, si l’on suit les principes journalistiques, on couvre tous les points de vue. Peu importe qui l’on est.» Il concède cependant que c’est un avantage par rapport à un journaliste qui doit apprendre toute la culture et les codes qui ne lui sont pas familiers. Crowfoot déclare employer entre 30 et 40 % de personnel non autochtone au sein de AMMS.

Crowfoot se dit fier de la ligne éditoriale libre de son groupe. AMMS est une société sans but lucratif. The Raven ne reçoit que peu de financement fédéral de Patrimoine canadien, les deux autres radios étant financièrement autonomes grâce aux revenus publicitaires et ceux issus du bingo de leurs sites.

Une arrivée décalée  

The Raven aurait dû être lancée en avril 2020, mais comme beaucoup d’évènements cette année-là, les plans ont dû être repoussés. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) avait octroyé les droits de diffusion il y a quatre ans, en même temps que CJWE 88,1 FM, lancée il y a deux ans et qui couvre Calgary et le sud de la province. Elles s’ajoutent à la radio country CFWE, lancée depuis Edmonton en 1995 et couvrant la plupart du territoire de la province.

 

-30-

 

 

  • Nombre de fichiers 6
  • Date de création 1 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 1 mars, 2021
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article