Nouvelle ère pour les directions d’école : l’art de diriger en ces temps chargés de stress

Pas facile d’assurer la direction des écoles pendant une crise sanitaire. C’est ce que révèle un rapport publié récemment par l’organisme People for Education, où 57 % des directeurs d'écoles en mode virtuel ont avoué vivre un niveau de stress ingérable. Une gestion parsemée d’incertitude, de changements soudains et des responsabilités qui s’accumulent pourrait être à la source de cette nouvelle réalité.

Rebecca Kwan — Initiative de journalisme local – APF – Ontario

Pour la directrice de l’École publique de la Découverte, située à Val-Caron dans le nord-est ontarien, Lynn Quirion, l’absentéisme du personnel et le respect des mesures sanitaires sont deux des principales causes d’un stress accentué. « Être la police des masques est loin d’être plaisant », confie-t-elle en expliquant devoir désormais assumer plus de responsabilités qu’à l’habitude.

Comme davantage d’enseignants sont malades, il lui incombe de pallier le manque de personnel en faisant les bulletins, par exemple, ou en faisant plus de gardes dans les couloirs.

« Je veux montrer à mon personnel que je suis là pour les aider, affirme la pédagogue en disant devoir faire des sacrifices pour s’adapter à la nouvelle réalité. Nous avons moins de rencontres d’équipe-école au sein du conseil, car les gens sont débordés ».

La directrice déplore également un manque de communication entre les institutions politiques et les écoles. « C’est très frustrant d’apprendre les dernières nouvelles dans les médias », partage-t-elle. Pour Mme Quirion, ce n’est pas facile de suivre le rythme, car « il y a toujours quelqu’un de malade » et à titre de directrice, elle doit assurer un semblant de normalité dans son école.

Microgestion et volatilité

Le fardeau à porter par la direction est similaire du côté du Collège catholique Mer Bleue, à Orléans, dans la région d’Ottawa. Pour Jean-Marc Dupont, l’incertitude qui règne et les changements imprévus viennent corser son rôle de directeur. « Il y a un taux de volatilité constant, dans le sens que du jour au lendemain, la situation peut changer », explique-t-il.

« Il y a d’avantage de microgestion qui s’impose, constate également M. Dupont. Simplement parce qu’il faut vérifier, valider, et contrôler le fait que les mesures sont mises en place. Si toute l’équipe n’embarque pas, l’impact est moindre ».

Toutefois, le directeur dit ne pas éprouver un stress drastiquement plus élevé en raison de la pandémie. « C’est juste que le stress se vit différemment », note-t-il.

Selon lui, il est primordial d’apprendre à développer des mécanismes tels que la délégation et le travail d’équipe pour bien assurer la gestion de son école. « Il faut aussi rappeler aux gens l’importance de lâcher prise sur certaines choses, toujours importantes, mais peut-être moins prioritaires cette année, explique-t-il en soulignant l’importance d’adopter un état d’esprit ouvert. On ne joue plus avec les notes, on joue avec la santé des élèves. »

Une question d’état d’esprit

« Avoir cet état d’esprit-là en tant que direction d’école, ça déteint sur le personnel et ça crée un environnement plus bienveillant, constate le directeur. On va toujours vivre du stress, c’est clair, c’est une pandémie, mais comment on le gère, ce stress-là, devient très important. »

L’essentiel, dit-il, c’est que tout le monde soit sur la même page, d’où l’importance de communiquer régulièrement avec les parents. « Les variables sont en changement constant et ne nous appartiennent pas nécessairement, ajoute-t-il. Il faut s’assurer qu’on comprennent tous les choses de la même façon. »

Le surintendant de l’éducation au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), Jason Dupuis, est du même avis. La communication est un joueur clé, surtout pour garder le moral et pour rester au fait avec les consignes sanitaires. « On a vraiment des directions qui sont capables de s’ajuster et de s’adapter rapidement, les membres du personnel aussi, donc ça rend la chose plus facile », dit-il, satisfait.

Depuis quelques semaines, les écoles sont tenues d’attester que les élèves ont fait un test d’autodépistage, renchérit le surintendant. « Ça ajoute une petite épaisseur, mais c’est la réalité », convient-il en rappelant qu’une nouvelle relation s’est développée entre les conseils scolaires et la santé publique d’Ottawa. Ce dialogue constant permet de veiller au bien-être des étudiants. « Il faut faire confiance aux autorités sanitaires, ils font un excellent travail », soutient-il.

-30-

Bas de vignettes

Lynn Quirion est la directrice de l’École publique de la Découverte, située à Val-Caron dans le nord-est ontarien. (Crédit : Courtoisie Lynn Quirion)

Jean-Marc Dupont est le directeur du Collège catholique Mer Bleue, à Orléans. (Crédit : Courtoisie Jean-Marc Dupont)

Jason Dupuis est le surintendant de l’éducation au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est. (Crédit : Courtoisie Jason Dupuis)

-30-

  • Nombre de fichiers 4
  • Date de création 1 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 3 mars, 2021
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article