«Notre rôle en tant qu’opposition n’est pas de marteler pour le plaisir.»

A l’occasion de la reprise de l’Assemblée législative, jeudi 25 février, nous nous sommes entretenus avec Sonny Gallant. Le chef intérimaire du Parti libéral met la priorité sur la santé mentale et le plan de reprise économique. Et tacle au passage l’abstention de certains députés verts lors du vote du dernier budget.

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Propos recueillis par Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Quelles sont vos priorités pour cette session?

Nous allons avoir un discours du Trône, ça va donner la direction prise par le gouvernement pour les deux prochaines années. Il y a certains textes que nous allons présenter : un amendement à la Loi sur les normes d’emploi, pour avoir un congé pour santé mentale, une proposition pour faire d’Internet un service essentiel, un autre pour créer un défenseur des aînés pour les aider à naviguer à travers les programmes gouvernementaux, et un dernier sur le don d’organes. Nous souhaitons que le consentement soit présumé.

Nous allons continuer de travailler sur la santé mentale, les soins primaires, et la gratuité du vaccin contre le zona, une promesse de campagne des progressistes-conservateurs.

Et nous allons tenir imputable le gouvernement sur la reprise économique, avec des propositions, des suggestions.

C’est un programme beaucoup plus dense que l’automne dernier sur la santé mentale.

La proposition de loi sur les normes du travail était écrite depuis un moment, mais elle était en consultation, ce qui a pris du temps. Nous avons aussi un autre texte sur la santé mentale qui viendra cet hiver et qui est en phase de consultation avec différents groupes.

Et en ce qui concerne le discours du Trône, que souhaitez-vous y voir?

Nous avons fait certaines demandes, sur le vaccin contre le zona, sur la loi sur l’eau, sur les manques concernant la Loi sur la protection des terres. Nous nous attendons de voir ces points dans le discours, On verra s’ils y sont ou pas. On espère qu’ils y seront.

Quelle vision voulez-vous voir dans ce discours?

Le gouvernement a fait un bon travail avec la COVID-19. Nous voulons que la campagne de vaccination soit la plus efficace et rapide que possible. Nous savons qu’il y a des défis sur l’approvisionnement, mais nous souhaiterions avoir un calendrier. On voudrait aussi un plan pour le recrutement de travailleurs en santé, et une vision sur la reprise économique.

Beaucoup d’argent vient du fédéral Que se passera-t-il quand ça s’arrêtera? Le secteur touristique aura besoin d’aide si la saison ne redémarre pas. Même si elle redémarre, il en aura besoin.

On essaie de ne pas être critique, mais de rendre le gouvernement attentif à ce qui doit être fait.

Cela signifie-t-il que vous n’auriez rien fait de différent?

C’est difficile de dire si nous aurions fait les choses différemment parce qu’ils ont fait face à des difficultés au jour le jour. Tout ce que nous souhaitons en tant qu’opposition, c’est que les choses soient faites efficacement et dans les temps. Que tout le monde soit vacciné, les plus de 80 ans, puis les plus de 70 ans, etc.

Vous avez répété plusieurs fois «plan», «calendrier». Est-ce que vous attendez plus de vision de la part de la majorité plutôt que de la réaction aux évènements?

Même avec cela à l’esprit, il faut être réaliste. S’ils ont moins de doses que prévu, ce n’est pas de leur faute. Notre rôle en tant qu’opposition n’est pas de marteler pour le plaisir, mais de demander pourquoi nous n’avons pas eu autant de doses, de demander si nous allons acheter des doses nous-mêmes comme le Manitoba.

Au printemps dernier, vous avez expliqué que votre rôle est aussi de vous opposer. Là, vous ne souhaitez pas «marteler pour le plaisir». Comment équilibrer ces deux visions?

Pour clarifier, quand je dis de ne pas marteler, je parle de la COVID-19. Mais quand on parle des finances et d’autres choses, c’est notre rôle de les surveiller. Comme nous étions surveillés lorsque nous étions aux commandes. Donc nous ferons notre job.

En ce qui concerne la collaboration, il y a une différence entre collaborer et être invités à des briefings pour apprendre ce qui va être fait. Nous avons le sentiment qu’il y a plus de briefings que de collaboration. Et à propos de la gestion de la COVID-19, nous avons été informés des décisions, nous n’avons pas été invités à prendre part aux solutions dans une approche collaborative.

Quelle est votre opinion sur le remaniement d’il y a quelques semaines?

Surpris par certains mouvements. Mais qu’on soit d’accord ou pas, nous devons travailler avec les nouveaux ministres.

Il y a une logique derrière ce remaniement. Quelle est-elle de votre point de vue?

C’est une question difficile! Nous ne sommes pas à la table donc nous n’en savons rien. Dennis King, qui voulait garder les mêmes personnes, n’a pas fait de changement majeur. Il a juste changé les gens de place. Wait and see, c’est tout ce que nous pouvons faire. Mais le timing surprend, trois semaines avant le début de la session et le discours du Trône. Et nous pensons que certaines responsabilités auraient pu être partagées.

Lesquelles?

L’agriculture et la justice. Quand on pense à ce qu’il se passe au niveau de la protection des terres (la vente controversée de 2 200 acres à la compagnie Red Fox Acres Ltd., qui a pour directrice Rebecca Irving), le rôle de procureur général pourrait être séparé du ministère qui s’occupe des terres et de l’agriculture.

Le ministre responsable de ces dossiers, Bloyce Thompson, a récemment déclaré que le rapport sur cet achat problématique ne pouvait pas être publié pour des raisons de confidentialité. Souhaitez-vous en savoir plus pendant cette session?

Il y a eu des demandes en comité pour rendre ce rapport public. On a parlé d’assignation. C’est un sujet en cours.

Le gouvernement remet sa confiance en jeu avec ce discours du Trône. Êtes-vous prêt à voter contre?

Il faut attendre de voir ce qu’il y a dedans. Il y aura beaucoup de questions après. On peut en débattre pendant quatre jours. J’espère qu’on n‘ira pas jusque-là ! Puis, ils présenteront leur budget. Il faudrait vraiment qu’il y ait quelque chose de farfelu pour qu’on vote contre. On verra. Cet automne, certains ont voté pour le budget d'immobilisations, car il y avait certaines parties qui leur convenaient et d’autres non. Même chose pour ceux qui ont voté contre. Et puis il y a des gens qui n’ont pas voté du tout…  Nous considérons tous les scénarios.

Dans ce cas, il faut aussi être prêt pour les conséquences.

Tout à fait. Mais il faut se rappeler que nous sommes cinq. Et il y a huit membres dans l’opposition officielle. Ils ne peuvent pas faire tomber le gouvernement tout seuls et nous ne le pouvons pas non plus. Le leader de l’opposition a dit qu’il ne pouvait pas voter contre le budget parce qu’il ne voulait pas faire tomber le gouvernement… Il ne peut pas! Il faudrait le faire ensemble. Et nous n’avons pas envie. Regardez l’école Évangéline dans ma circonscription. Le budget a doublé. C’est un gros morceau. Je suis pour ce budget !

Une dernière question : qu’en est-il de la course au leadership pour le parti. Est-ce qu’on verra quelque chose en 2021?

Oui, ça se pourrait. Le premier ministre a dit publiquement qu’il n’y aurait pas d’élection générale avant 2023. Pourquoi faire une course à la chefferie tôt s’il n’y a pas de besoin? Une course à la chefferie doit susciter de l’engouement, avec deux, trois candidats. En ce moment, ce ne serait pas la même chose avec un vote virtuel. En attendant, je vais continuer l’intérim, ça me plaît.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Sonny Gallant, chef intérimaire du troisième parti et député libéral d’Évangéline-Miscouche. (courtoisie)

 

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  • Date de création 22 février, 2021
  • Dernière mise à jour 22 février, 2021
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