Non-reconnaissance des acquis – un fardeau pour une garderie en manque de personnel

Angélique Ribas-Torrecilla est arrivée à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick, avec son mari et ses trois enfants en 2018. Ils vivaient dans le sud de la France, entre Marseille et Arles. «Un jour, on s'est dit qu'on voulait changer de vie. Donc, on regardait pour partir pour l'étranger, mais on savait pas où et comment s'y prendre», raconte-t-elle.

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Marc Poirier – Initiative de journalisme local – APF - Atlantique

Par hasard, son mari tombe sur une annonce de Destination Canada Forum Mobilité, un événement annuel organisé par le gouvernement du Canada à Paris et à Bruxelles afin de mettre en contact employeurs canadiens et candidats francophones. Puis, un autre hasard fait qu'Angélique voit un documentaire sur le Nouveau-Brunswick et l'Acadie. Après un voyage exploratoire, la décision est prise de s'installer à Saint-Jean.

Ayant travaillé pendant une quinzaine d'années pour la poste, elle souhaitait changer de métier et a opté pour l’éducation en petite enfance. Elle a suivi une formation d'un an en France avant de quitter son pays pour le Canada. Elle travaille au Centre de la petite enfance Samuel-de-Champlain, mais n'est pas certifiée comme éducatrice par la province.

Le désavantage : environ 7 dollars l'heure de moins.

L'une de ses collègues est Malika Abassi. Elle était éducatrice pour les bambins de deux ans et trois ans au Maroc avant de venir à Saint-Jean. Elle avait suivi une formation d'éducatrice pendant un an dans son pays mais celle-ci n’a pas été reconnue par le Nouveau-Brunswick. Selon elle, «le contenu est le même que dans une formation au Canada».

Mais au moins, elle peut pratiquer son métier et se dit très bien intégrée dans sa nouvelle communauté. «Je me sens chez moi et j'ai la chance de travailler avec une équipe motivante et très respectueuse», fait-elle valoir. Mais encore là, à un salaire moindre.

Une non-reconnaissance à la néo-brunswickoise

Selon France Dargavel, directrice de deux garderies francophones de la région de Saint-Jean, dont celle où travaillent Malika Abassi et Angélique Ribas-Torrecilla, le Nouveau-Brunswick fait bande à part dans la non-reconnaissance de la formation des éducatrices venues de l'étranger. «On est la seule place. Si elles vont à l'Île-du-Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse, même en Saskatchewan c'est reconnu. Donc, c'est vraiment juste au Nouveau-Brunswick où on reconnaît pas la formation», déplore-t-elle.

Au Nouveau-Brunswick, pour devenir éducatrice certifiée, il faut compléter un cours de deux ans ou, dans le cas d'une éducatrice avec une grande expérience, un cours accéléré de six mois. Les éducatrices immigrantes font cependant face à un obstacle de taille : avant d'obtenir le statut de résidente permanente – ce qui prend environ deux ans habituellement - elles doivent payer le taux d'étudiante internationale pour s'inscrire au cours, soit une somme d'environ 9 500 $. Avec un statut de résidente permanente, la facture ne serait que d'environ 3 400 $.

D’autres défis à venir

La situation va bientôt se corser pour les garderies du Nouveau-Brunswick. Selon France Dargavel, la province exigera, à compter de l'automne, que la moitié des éducatrices embauchées dans un centre de la petite enfance soit certifiée.

Cela va compliquer sa vie, car actuellement, elle compte 17 éducatrices certifiées sur 58. Et éprouve de grandes difficultés à recruter des éducatrices de la province ou d'ailleurs au pays. «Ici au Canada, c'est vraiment difficile à recruter puis si on les a elles s'en vont par la suite travailler dans les écoles comme aide-enseignante parce que les salaires sont pas comparables», raconte-t-elle.

En plus, le fait que les garderies se trouvent dans une région où les francophones sont très minoritaires ajoute aux difficultés de trouver du personnel.

Elle doit donc se rabattre sur le recrutement international. L'an dernier, elle s'est rendu en France pour une première fois dans le cadre du programme fédéral «Destination Canada. L'intérêt est là puisqu'elle a reçu une centaine de C.V. «En jasant avec eux autres, en regardant qu'est-ce qu'ils font, ils vont plus en profondeur qu'on voit ici dans notre formation. Donc, les critères qu'on demande, ils l'ont, mais la province ne reconnaît pas leur certificat.»

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Photo 1 - Angélique Ribas-Torrecilla, arrivée de France en 2018

Photo garderie : Le Centre de la Petite Enfance La Vallée enchantée de Quispamsis est d'une des deux garderies de la région de Saint-Jean sous la direction de France Dargavel. Crédit : Jonathan Poirier

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  • Date de création 29 avril, 2020
  • Dernière mise à jour 29 avril, 2020
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