Natalie Jameson : «J’ai deux enfants, cela m’aide à savoir quelles sont les priorités»

Natalie Jameson a été nommée ministre de l’Environnement et de la Condition féminine en février 2020. Après une carrière en Alberta dans l’industrie énergétique, elle est revenue à l’Île-du-Prince-Édouard en 2018, avant d’être élue députée du Parti progressiste-conservateur en 2019. La crise de la COVID-19 a un peu éclipsé les premiers mois de son nouveau mandat. Nous l’avons interrogée afin d’en savoir plus sur ses ambitions pour la province.

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Propos recueillis par Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local –  APF – Atlantique

Le jour de votre nomination comme ministre, vous avez déclaré vouloir apporter un «nouveau point de vue» sur la question environnementale. C’est-à-dire?

Nos actions d’aujourd’hui vont avoir un impact sur les générations futures. Je suis une femme, j’ai deux jeunes enfants, cela m’aide à savoir quelles sont les priorités. La plupart de mes collègues au gouvernement sont des hommes qui n’ont pas de jeunes enfants. Je suis aussi la seule avec une expérience dans le secteur de l’énergie, ce qui est un atout pour développer le solaire, l’éolien.

Mais quelle serait pour vous LA priorité? Que voulez-vous laisser de votre passage au gouvernement?

Une plus grande réduction de l’usage du plastique. Je souhaite travailler avec toutes les industries et les secteurs économiques pour réduire les déchets et particulièrement le plastique. C’est ma priorité numéro un, et je pense qu’il y a une vraie volonté chez les Insulaires pour cela.

Avec la pandémie, l’usage du plastique à usage unique augmente. Masques, lingettes désinfectantes, commandes de nourriture à emporter dans des boîtes en polystyrène, on utilise plus de jetable. Est-ce que vous pensez que la crise inverse la tendance du compostable et du recyclable?

Si je regarde en arrière, je pense qu’il y a un vrai désir à l’Île de continuer nos efforts. Et je crois qu’avec cette crise, il y aura de l’ingéniosité pour s’adapter. Peut-être que la pandémie va être une opportunité, qu’il y aura de la créativité.

Vous êtes optimiste!

[Elle rigole] Vous devez l’être quand vous regardez vos enfants! Je suis fière d’être une Insulaire. Nous sommes des leaders dans ce domaine et nous allons continuer. Nous pouvons toujours faire mieux.

Charlottetown a banni l’usage du polystyrène dans les contenants alimentaires distribués lors des festivals ou d’autres évènements. Est-ce que la province veut suivre le même leadership en interdisant par exemple le plastique non compostable ou non recyclable dans les restaurants?

La loi interdisant l’usage des sacs en plastique à usage unique est entrée en vigueur le 1er janvier 2020 et a permis d’enlever 30 millions de sacs en plastique à usage unique du flux de déchets.

L'industrie de la restauration et des services alimentaires fait face à des défis importants en raison de la COVID-19. Avant la pandémie, cette industrie était largement réceptive à la réduction des déchets. Le gouvernement reprendra contact avec ce secteur lorsque les conditions économiques s'amélioreront pour déterminer les interdictions possibles sur les contenants d'emballage alimentaire ou d'autres produits.*

province a adopté une politique ambitieuse en matière de réduction des émissions de CO2 [la cible est d’arriver à 1,2 million de tonnes (Mt) de CO2 équivalent émis en 2030, soit 40 % de moins qu’en 2005]. Où en sommes-nous ?

Je viens de voir les chiffres pour 2018, nous en sommes à 1,7 Mt, ce qui correspond à 46 % de la cible pour 2030, alors que la population a augmenté. Mais on ne fait jamais assez. C’est une priorité pour le gouvernement et cet enjeu est inclus dans toutes les politiques.

Nous avons aussi un comité spécial sur le changement climatique avec des membres de chaque parti. Et 28 des 32 actions du plan d’action sur le changement climatique sont lancées.

Les actions de ce plan, qui va jusqu’à 2023, ne sont pas quantifiées. Il n’y a pas d’objectif chiffré. Comment mesurez-vous les progrès?

Les progrès dans le plan d’action sont mesurés en utilisant d’autres moyens que les chiffres. Certains progrès sont binaires; c'est-à-dire : a-t-on réalisé l’action ou non? D’autres sont évaluées par leur cible ou leur propre unité de mesure.*

L’action 19, par exemple : «Reboiser des zones pour accroître la biodiversité et améliorer la séquestration du carbone», n’est pas chiffrée.

Le programme de plantation d’arbres vise à créer 285 hectares (plus de 700 acres) de nouvelles forêts. Une fois que tous les arbres seront plantés dans le cadre de ce programme, ils séquestreront environ 3 550 tonnes d'équivalent d'émission de C02 par an d'ici 2030. Cela équivaut à retirer 47 camion-citerne d'essence de la route.*

Une étude a récemment montré que la crise économique due à la COVID-19 provoquera entre 4 et 7 % de réduction des émissions au niveau mondial, et il faudrait -8% par an pendant les 10 prochaines années pour limiter le réchauffement à 1,5°. Nos actions individuelles sont-elles insuffisantes?

Beaucoup a déjà été fait, mais cet enjeu requiert un changement de mentalité. Je prends l’exemple de ma famille : nous consommons peu, nous avons une petite maison, une seule salle de bain, une voiture, nous faisons attention à nos déchets, nous avons installé une thermopompe . Nous devons réfléchir à la façon dont nous menons nos vies et ça passe par l’éducation aussi. Nous devons changer nos transports : ayant vécu dans une grosse ville, j’ai vu des milliers de gens prendre leur vélo, même en hiver, c’est encourageant. Nous devons faciliter ces changements, nous pouvons le faire.

Les données relatives aux pesticides vendus dans la province ne sont plus disponibles depuis 2015. Pourquoi?

Le gouvernement est déterminé à rendre des comptes sur l'utilisation de pesticides. Les données sur les ventes sont diffusées par tranches de deux ans. À l'heure actuelle, 2015 et 2016 sont aux dernières étapes de l'analyse. Nous prévoyons de publier ces chiffres cet été.*

 Quelques mots en français?

Je suis vraiment fière des Insulaires, et j’ai hâte d’avoir beaucoup de discussions avec eux sur l’environnement, j’ai hâte d’apprendre. [Elle repasse en anglais]. J’ai vraiment hâte de sortir voir le personnel qui plante des arbres, teste l’eau. C’est une chose d’être dans un bureau et de lire des briefings, c’en est une autre d’être sur le terrain.

*Les réponses à ces questions ont été fournies après l’entrevue par courriel.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Natalie Jameson avec son mari Dennis et leur deux fils, William et Henry.

 

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  • Date de création 4 juin, 2020
  • Dernière mise à jour 4 juin, 2020
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