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Monuments controversés, l’Ouest aussi en a assez

Une statue de John A. Macdonald a été déboulonnée et décapitée lors d’une manifestation pour le définancement de la police, le 29 août dernier, à Montréal. Le 1er premier ministre du Canada, John A. Macdonald, est un personnage historique controversé qui est critiqué pour ses politiques d’assimilation envers les peuples autochtones. Alors qu'un d’intérêt renouvelé sur le racisme systémique prévaut partout au pays, les Canadiens jettent un regard critique sur le passé. Qu’en est-il des statues et monuments de l’Ouest du pays?

Geneviève Bousquet

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Des symboles polarisants

Regina possède la dernière statue de John A. Macdonald de l’Ouest canadien depuis que la ville de Victoria, en Colombie-Britannique, a choisi de retirer celle qui se trouvait devant son hôtel de ville en 2018. Cette décision avait été prise par le conseil de ville dans un geste de réconciliation avec les Premières Nations de la province. La professeure agrégée en histoire et droits linguistiques au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, Valérie Lapointe Gagnon, rappelle que «Macdonald incarne aussi un symbole offensant pour les minorités. C’est vrai au Québec, mais c’est particulièrement vrai dans l’Ouest, avec des politiques qui ont été mises en place pour affamer les populations autochtones.»

La statue de Macdonald à Regina est toujours en place, mais non sans mécontenter plusieurs résidents. Cette semaine, l’ex-chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Sheer, et un groupe d'autres membres du parti se sont rassemblés près de la statue afin d'exprimer l'importance, selon eux, de son maintien sur place malgré la controverse. Ils ont été confrontés par des manifestants. Une pétition signée par plus de 2600 personnes circule depuis le début de l’été demandant qu’elle soit déboulonnée.

Une relecture de l’histoire

Selon l’historien militaire Stéphane Guévremont, que l’on déboulonne des statues n’est pas nouveau en soi. Les pharaons, les Romains et même l’Église catholique effaçaient les traces du passé. Il n’était pas rare qu’un nouveau dirigeant retirait les statues de ses prédécesseurs. «Ce qui est nouveau par contre aujourd’hui, dit-il, c'est que ce sont des mouvements de société spontanés ou planifiés. Ce ne sont plus des gouvernements ou des chefs qui décident cela.»

Guévremont voit toutefois du positif dans cette tendance. «Maintenant, on regarde toutes les statues, poursuit-il. Il y a des gens qui se demandent : qui est devant chez nous depuis que j’habite ici?» Pour l'historien, il est important de faire la part des choses et de comprendre le contexte dans lequel les monuments ont été érigés. Si ces statues sont installées devant un hôtel de ville ou une assemblée législative, c’est qu’elles y ont leur place.

Ouvrir le dialogue

Plusieurs personnages impliqués dans le développement de l’Ouest canadien ont fait subir un mauvais sort aux peuples autochtones en tentant de les assimiler et de les refouler dans des réserves. C’est le cas de Frank Oliver, membre du parlement fédéral dans les années 1900, qui a repoussé les Premières Nations hors de leurs terres traditionnelles. Un quartier d’Edmonton porte son nom. Un groupe de citoyens, la Oliver Community League, met présentement de la pression sur la ville afin de changer le nom du quartier. Le regroupement souhaite employer un processus démocratique afin d’engager la population, plus particulièrement les gens issus de minorités, dans le choix d’un nouveau nom pour le quartier.

Pour Valérie Lapointe Gagnon, il est nécessaire de discuter avec la population, de ne pas ignorer la colère présente. «Je pense que c’est important d’avoir constamment ces débats, explique-t-elle, de comprendre pourquoi ça dérange et pourquoi certains veulent aussi que ça reste en place[...], d’avoir une discussion là-dessus, un dialogue qui s’ouvre sur ces personnages à savoir si c’est pertinent de les conserver à l’heure actuelle.» Ces dialogues devraient inclure des gens touchés, mais aussi des historiens afin de prendre des décisions éclairées.

Déboulonner une statue ou retirer un monument n’est pas la seule option. Il est parfois possible d’y ajouter une plaque explicative ou d’y inclure le point de vue des victimes. Par exemple, la murale de la station de métro Grandin, à Edmonton, a été créée afin de souligner l’apport des francophones en Alberta. Pour certains autochtones, elle évoquait toutefois le souvenir des écoles résidentielles. À la suite d’une consultation et du travail de collaboration de divers organismes, l’artiste Sylvie Nadeau a ajouté deux panneaux à sa murale présentant des enfants autochtones. De plus, un deuxième artiste, Aaron Paquette, a été mandaté pour créer une autre murale qui raconte la présence autochtone dans la région d’Edmonton.

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  • Date de création 7 septembre, 2020
  • Dernière mise à jour 7 septembre, 2020
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