Marion Dowling, sur le qui-vive

«Bon matin!» La discussion commence en français, mais se poursuit en anglais. Marion Dowling «comprend», mais ne parle pas aisément la langue. Depuis un mois et demi, elle est le deuxième visage que les Insulaires voient quasi quotidiennement à la télévision aux côtés de la médecin hygiéniste en chef de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.), Dre Heather Morrison. Elle fait de la place dans les hôpitaux de l’Île-du-Prince-Édouard, interdit les visites familiales et se tient prête, face à la pandémie.

________________

Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

«Depuis que je suis petite, j’ai toujours voulu être infirmière,  raconte la cheffe des soins infirmiers et de l’expérience patient à Santé Î.-P.-É. Mais je ne sais pas exactement d’où ça vient.» Son baccalauréat à l’Université de l’Î.-P.-É. en poche, elle commence à travailler puis entame une maîtrise à l’Université d’Ottawa, «à distance». Elle reste à l’Île et fait parfois quelques allers-retours en Ontario ou à Moncton. «Je suis toujours restée ici.»

Elle débute au Kings County Memorial Hospital à Montague, puis devient directrice et infirmière en chef au Queen Elizabeth Hospital à Charlottetown, fonction qu’elle occupera pendant près de dix ans avant d’obtenir son poste actuel.

«Un gros défi personnel»

En temps normal, son travail consiste à améliorer les pratiques professionnelles, les ressources humaines, la sécurité des patients et surtout l’expérience des malades. «J’apprécie particulièrement ce rôle, mais c’est très différent depuis le début de la pandémie, explique-t-elle. D’habitude, je suis celle qui pousse pour que les familles s’impliquent. Maintenant, je dois limiter les visites.» Faire le contraire de ce qu’elle fait en temps normal est «un gros défi personnel».

Sous son leadership, Santé Î.-P.-É. est passé aux services essentiels; les hôpitaux ont fait de la place en renvoyant les patients non urgents et en annulant les rendez-vous non critiques. Les visites familiales ont été interdites, des respirateurs ont été livrés et des fournitures ont été commandées. Marion Dowling est la vigie face à un ennemi invisible qui menace encore chaque jour d’ébranler le système de santé de l’Île, malgré la bonne performance de la province pour limiter les dégâts.

C’est à la mi-janvier qu’on lui demande d’organiser la réponse de Santé Î.-P.-É. à l’épidémie qui se profile alors à l’horizon. Depuis, son quotidien est «très dynamique», dit-elle simplement : «J’enchaîne les réunions, réponds à des questions, résous des problèmes, lis des centaines de courriels, prépare des notes pour les conférences de presse, surveille les fournitures, gère les commandes.»

Elle commence tôt et espère chaque jour «rentrer à la maison avant que les enfants soient au lit». Elle a deux filles de 8 et 10 ans, qui vont à l’école François-Buote. «Les enseignants sont fantastiques, note Marion Dowling. Ils envoient les leçons, des vidéos sur YouTube, prévoient une quantité raisonnable de travail.»

Les travailleurs essentiels, «nous ne pourrions rien faire sans eux»

Son mari, lui, travaille à la maison pour le ministère de la Justice. «C’est plus difficile pour lui, poursuit-elle. D’habitude on fait 50/50, mais en ce moment, il fait 95 % des tâches ménagères parce qu’il sait que je dois être au travail.»

Elle fait face à sa deuxième pandémie, après celle de la grippe H1N1, lorsqu’elle travaillait à l’hôpital Queen Elizabeth. «À l’époque, nous étions inquiets pour les jeunes, les personnes âgées et les femmes enceintes. Notre réponse était différente et nous nous sommes améliorés depuis», mentionne Marion Dowling, avant d’ajouter : «Nous en aurons probablement encore une dans notre vie. C’est effrayant que ça arrive plus souvent.»

Passer à la télévision tous les jours n’est pas quelque chose qu’elle adore, confie-t-elle, «mais ça fait partie du rôle». Au gré des conférences de presse, elle et la Dre Morrison sont devenues des visages familiers et rassurants pour les Insulaires, à l'image des médecins hygiénistes en chef au pays qui sont, à 50 pour cent, des femmes.

«Je ne sais pas si c’est le fait que nous soyons des femmes ou notre approche qui rassure, s’interroge-t-elle. Nous essayons vraiment d’être factuelles. Les gens doivent savoir qu’on leur donne la vraie information, que nous avons un plan, et que nous devons gérer cette situation avec eux.»

Comme la Dre Morrison, elle dit espérer que les enfants de l’Île se découvriront une vocation pour la santé suite à la crise. «Nous en avons besoin, conclut-elle. Mais cette pandémie montre que nous avons aussi besoin de caissiers, de camionneurs et de tous les autres travailleurs essentiels. Nous ne pourrions rien faire sans eux.»

-30-

PHOTOS : Marion Dowling lors de son point de presse quotidien (Laurent Rigaux)

 

  • Nombre de fichiers 1
  • Date de création 24 avril, 2020
  • Dernière mise à jour 27 avril, 2020
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article