COVID 19 et l’inquiétude des femmes enceintes

Plusieurs femmes de l’Île-du-Prince-Édouard partagent leurs craintes de mettre au monde un nouveau-né en pleine pandémie de coronavirus.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

L’anxiété ronge Laura Lindsay. Depuis le début du confinement, la Prince-Édouardienne, enceinte de huit mois, s’est d’abord alarmée de l’annulation de tous ses rendez-vous gynécologiques non essentiels. Puis elle a appris l’interdiction des visites familiales à la maternité, y compris pour les frères et soeurs. Une seule personne est autorisée à l’accompagner, son mari en l’occurence. Une question la tourmente: qui pourra garder sa fille de deux ans? Impossible pour la mère de Laura Lindsay, installée au Nouveau-Brunswick, de venir l’aider. «À l’annonce de ces mesures, j’ai eu trois crises de panique», témoigne la femme de 34 ans, qui doit accoucher par césarienne à la mi-mai.

Un ascenseur émotionnel qu’éprouve également Samantha*, dont la grossesse arrive à terme le 11 mai. Elle a l’obligation de se rendre seule à ses échographies. Son conjoint, coincé au Mexique à cause de la fermeture des frontières, ne pourra pas être présent le jour de l’accouchement. «Je serai probablement seule car ma mère devra garder mon fils à la maison. Ça me terrorise, confie-t-elle. Mon médecin essaye de me rassurer. Il me dit que les choses peuvent encore changer d’ici là.»

Pas de transmission mère-enfant

Pour Tiffany Johnston, enceinte de dix-huit semaines, il n'est pas envisageable d’accoucher sans son conjoint. «C’est essentiel d’avoir son partenaire à ses côtés. Sa présence apporte du réconfort, soulage la douleur physique, aide à prendre des décisions difficiles si besoin», souligne la propriétaire du Lucky Bean Cafe à Montague. La trentenaire attend sa première échographie le 22 avril et espère toujours que son conjoint pourra venir avec elle. «Si la patiente le demande, nous autorisons des appels visio avec le partenaire», précise Carol A. Sellar, directrice de la clinique d’obstétrique et de gynécologie à Charlottetown.

Des centaines de femmes enceintes de l’Île-du-Prince-Édouard sont tiraillées entre angoisse et désarroi. Leurs interrogations se multiplient : comment va se passer le suivi de la grossesse ? Et l’accouchement? Si on contracte le virus, le bébé est-il en danger? Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), rien ne prouve actuellement que les femmes enceintes courent un risque plus élevé que le reste de la population de développer une forme grave de la maladie. Par ailleurs, aucune transmission du coronavirus de la mère au bébé via le placenta n’a été prouvée à ce jour.

Dans la région de Charlottetown, pour éviter tout contact des femmes enceintes avec des personnes potentiellement malades dans les salles d’attente, les médecins de famille n’assurent plus le suivi de la grossesse au-delà de la dixième semaine. C’est la clinique d’obstétrique et de gynécologie qui s’en charge. «Les rendez-vous sont espacés pour limiter le nombre de personnes présentes et les patientes sont directement amenées en salle d’examen, préalablement désinfectée», explique Carol A. Sellar.

Peur de l’hôpital

Pour le reste, conformément aux recommandations de l’OMS, les femmes enceintes de l’Î.-P.-É. peuvent être accompagnées par la personne «de leur choix» au moment de l’accouchement. «Mais pour celles qui voulaient avoir une doula (accompagnatrice) avec elles, ce n’est plus possible, elles doivent choisir entre la doula et leur partenaire», regrette Megan Burnside du groupe de défense des sages-femmes de l’Î.-P.-É.

Lors de la mise au monde, la femme enceinte et la personne à ses côtés sont confinées dans l’hôpital. Toute sortie de l’accompagnateur est définitive. «On demande aux familles de préparer ce dont elles ont besoin en nourriture et en vêtements pour que la personne de confiance n’ait pas à ressortir», souligne Carol A. Sellar. Après l’accouchement, les maternités favorisent également les sorties précoces des mères si tout s’est bien passé. Dans le cas de Laura Lindsay, ce sera dès le lendemain − contre trois jours auparavant.

En cette période de grande incertitude, Tiffany Johnston a peur de l’hôpital et aurait aimé accoucher à domicile si cela était autorisé. «C’est un peu effrayant d’être hospitalisée pendant une pandémie, d’avoir tant de gens autour de soi qui représentent un risque potentiel de contracter le virus et d’exposer son nouveau-né», partage la trentenaire dont la grossesse arrive à terme début septembre.

Dévouement des soignants

La situation est également complexe pour les femmes qui viennent d’accoucher. Amanda* a eu la chance de mettre au monde son premier bébé juste avant le confinement. Mais depuis, c’est le brutal retour à la réalité. Sa fille n'a pu se rendre à aucun rendez-vous médical : les bilans de santé se font par téléphone. Point positif, son nourrisson pourra se faire vacciner en mai. «En cas de problème important, je peux l’amener à la clinique, mais ce serait tellement stressant», raconte Amanda qui, elle-même, n’a pas pu faire son examen post-partum.

Si les femmes enceintes vivent plus que jamais une période incertaine, toutes reconnaissent le dévouement du personnel soignant. «Les infirmières appellent régulièrement et je peux les contacter n’importe quand, assure Amanda. Elles me donnent beaucoup de conseils.» Laura Lindsay abonde : «Médecins et infirmiers prennent soin de nous et répondent à toutes nos préoccupations».

*Prénoms modifiés à la demande des personnes.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Tiffany Johnston : Tiffany Johnston, enceinte de 18 semaines, est aux côtés de son conjoint. Pour elle, pas question d'accoucher sans son partenaire : «Sa présence apporte du réconfort et aide à prendre des décisions difficiles». Courtoisie

Laura Lindsay : Laura Lindsay, qui doit accoucher par césarienne à la mi-mai, s'inquiète de savoir qui gardera sa fille pendant qu'elle sera à la maternité avec son mari. Courtoisie

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  • Date de création 17 avril, 2020
  • Dernière mise à jour 17 avril, 2020
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