L’immigration à l’Île : «bonne pour l’économie, pas pour les producteurs de patates»

Les fermiers de l’Île-du-Prince-Édouard peinent à embaucher. Une pénurie qui affecte la production et le développement agricoles de la province. Face à la crise, les agriculteurs s’organisent pour trouver des solutions.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

David Mol en a assez. Il y a quelques années, l’exploitant agricole a dû réduire la taille des terres qu’il cultive. «Je n’ai pas réussi pas à embaucher des travailleurs compétents pour m’aider à faire fonctionner le matériel agricole», regrette le président de la Fédération agricole de l’Île-du-Prince-Édouard.

À 68 ans, il a donc pris la décision de faire moins. «Je suis arrivé à un âge où je n’ai plus envie de former quelqu’un de A à Z», témoigne-t-il. L’expérience de l’agriculteur n’est pas isolée dans la province.

Les fermiers prince-édouardiens ont du mal à recruter. Les tâches manuelles, réputées dures, n’attirent pas. Chaque année, environ 200 paires de bras font défaut. Une pénurie qui devrait s’aggraver avec le vieillissement de la population agricole. Selon le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture, 1100 employés devraient manquer à l’appel en 2025, soit 19% de la main-d’œuvre nécessaire. Conséquences directes, les agriculteurs sont réticents à développer leurs fermes et les pertes de production s’accumulent. En 2017, elles ont coûté 15 millions de dollars aux exploitants.

«C’est particulièrement difficile de trouver des saisonniers, car les périodes de récolte sont très courtes comparé à d’autres régions, affirme David Mol. C’est un défi de faire revenir les mêmes salariés saison après saison.»

L’immigration, fausse solution

Le climat insulaire n’est pas la seule explication. Faute de main-d’œuvre locale, les agriculteurs dépendent de l’afflux de saisonniers immigrés. Selon le responsable de la Fédération agricole, l’un des principaux problèmes est la complexité des démarches administratives pour les faire venir. «Les règles d’immigration sont souvent modifiées, il est difficile d’obtenir des permis, ça prend des mois, s’agace-t-il. Et si des fermiers se regroupent pour se partager des travailleurs migrants, il faut faire une demande différente pour chaque ferme». Avant d’ajouter : «Nous voulons changer ça.»

Paradoxalement, l’Î.-P.-É. n’a jamais été aussi attractive. Les dernières statistiques d’immigration indiquent que plus de 2000 nouveaux arrivants sont venus grossir les rangs de la population entre mi-2018 et mi-2019.

«Dans de nombreux cas, ce n’est pas l’immigration dont on a besoin. Ce sont souvent des entrepreneurs qui veulent avoir leurs business, analyse David Mol. C’est bon pour l’économie, mais ça n’aide pas les producteurs de patates qui ont besoin de chauffeurs de camions.»

Pour faire face, des fermiers à la retraite reprennent la route des champs. Ils se remettent au volant de leurs tracteurs et camions. «Ils n’en ont pas forcément envie, mais veulent aider leurs collègues dans le besoin», confie le président de la Fédération.

Une autre solution serait d’investir dans des machines, qui remplacent les salariés. Les maraîchers mécanisent le ramassage des légumes. Les producteurs de patates achètent des camions plus gros pour limiter leurs besoins en chauffeurs.

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  • Date de création 5 février, 2020
  • Dernière mise à jour 5 février, 2020
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