L’Île-du-Prince-Édouard s’enfonce dans le rouge cette année

La ministre des Finances de l'Île-du-Prince-Édouard a présenté, le 17 juin, le budget 2020/2021 à l’Assemblée législative.  «C’est l’un des budgets les plus difficiles», a confié Darlene Compton. Et pour cause : le déficit de 3,7 millions de dollars observé à la fin de l’année fiscale 2019/2020 explose pour atteindre 172,7 millions. 

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local − APF – Atlantique

La pandémie de COVID-19 explique la situation. Les dépenses sont en hausse de 308 millions pour atteindre 2,5 milliards de dollars. La moitié de cette hausse, 153 millions, est spécifiquement dédiée à la gestion de la crise sanitaire, devenue une crise économique. Sur ces 153 millions, 50 ont déjà été accordés au gouvernement en mai pour les programmes d’aide et 65 sont répartis dans tous les ministères  comme provisions, pour faire face à la suite : 10 millions pour le ministère du Développement économique, du Tourisme et de la Culture, 8 pour celui de l’Éducation, 15 pour Santé ÎPÉ et encore un million pour le ministère de l’Environnement.

La COVID-19, responsable de la moitié des nouvelles dépenses

Il reste ainsi 155 millions de dépenses supplémentaires hors COVID-19. Des investissements sont réalisés, surtout en direction des services sociaux pour les Insulaires à faibles revenus et les personnes souffrant d’un handicap. Huit millions sont injectés dans le programme pour l’accessibilité, 7 millions pour les centres communautaires et 1,25 million pour améliorer les soins dentaires pour les personnes âgées et celles à faible revenu.

Le gouvernement annonce également de l’argent pour l’éducation. Deux millions de dollars sont prévus pour embaucher 24 enseignants et 15 assistants d’éducation, 1,8 million est annoncé pour lancer le programme de repas à l’école. Pourtant, le budget du ministère augmente peu, de l’ordre de 2,8 % si l’on retire la provision pour la suite de la pandémie.

La santé n’est pas en reste : de nouveaux médecins seront embauchés, les temps d’attente pour les soins orthopédiques seront réduits et des unités mobiles de santé mentale sont promises. Les dépenses du ministère sont en hausse de plus de 4,6 millions de dollars (sans compter les 6 millions provisionnés pour la crise sanitaire), soit 13 % d’augmentation, l’une des plus élevées parmi les ministères.

Les verts contents, malgré des investissements écologiques timides

Toutes ces annonces ont visiblement réjoui l’opposition officielle. Lors de son allocution, la députée verte Michele Beaton n’a pas tari d’éloges envers les décisions gouvernementales, évoquant même un budget «plus vert que PC». Le parti avait fait part de ses exigences au préalable, demandant 7,5 millions de dollars d’investissements, avec notamment la hausse de salaire des éducateurs de la petite enfance et la couverture dentaire élargie, deux mesures incluses dans l’annonce budgétaire.

Les verts avaient aussi exigé dans leurs propositions budgétaires «des investissements significatifs pour la lutte contre le changement climatique et dans des programmes de décarbonisation». Lors de sa présentation aux médias, Darlene Compton a d’ailleurs mentionné en premier les investissements pour l’environnement et la lutte contre les changements climatiques.

Pourtant, le ministère de l’Environnement est l’un de ceux où l’augmentation de budget est la plus faible (+2,4 % si l’on retire le million provisionné pour la COVID-19). Un fonds d’un million est annoncé pour stimuler l’innovation dans la lutte contre le dérèglement climatique et 300 000 dollars sont prévus pour accroître la population d’abeilles.

En réalité, les investissements se retrouvent plutôt du côté du ministère des Transports, de l’Infrastructure et de l’Énergie : cinq millions sont annoncés pour le fonds de développement des transports actifs et deux millions pour développer l’usage de l’énergie solaire. Le ministère de Steven Myers voit son budget augmenter de plus de 30 %, soit la hausse la plus élevée.

«Je ne regarde pas ce budget en me demandant ce que mon ministère gagne, réagit Natalie Jameson. La question que je me pose est : "est-ce que ce gouvernement agit pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre?" La réponse avec ce budget est clairement oui.»

Les libéraux inquiets sur les ressources pour faire face à l’avenir

Pour accroître ses revenus et diminuer le choc financier dû à la pandémie, le gouvernement compte sur une augmentation des ressources fédérales. Ces dernières passent de 822 millions à plus d’un milliard de dollars. Les ressources provinciales restent constantes, sachant que le gouvernement prévoit des mesures pour réduire les impôts des Insulaires les moins nantis, ainsi qu’une réduction des taxes pour les petites entreprises, promesse de campagne. Une nécessité, selon Darlene Compton, pour «redémarrer notre économie qui repose sur les petites entreprises». Les taxes sur le tabac, par contre, vont augmenter.

C’est sur ce point que les libéraux, par la voix de Heath MacDonald, se sont montrés les plus critiques. Le troisième parti estime que les projections de revenus sont trop optimistes, surtout en ce qui concerne le maintien des recettes fiscales. «Nous parlons de 85 % de baisse du tourisme, a-t-il rappelé. Il y a quelque chose qui manque ou qui ne colle pas.» Le député libéral déplore également l’absence de vision. «C’est un budget de réaction», a critiqué Heath MacDonald.

On prévoit que les déficits annuels se poursuivront jusqu’en 2023-2024. Le gouvernement l’estime à 69,5 millions pour 2021-2022, et à 38,4 millions pour 2022-2023. «Ce n’est pas un déficit structurel, a martelé Darlene Compton. Le monde entier est à l’arrêt.» La charge de la dette augmente également, pour retrouver son niveau d’il y a 4 ans, à 35 %, contre 30,7 % l’année dernière.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Toutes les photos : Laurent Rigaux

Compton : Darlene Compton a défendu ce qu’elle a appelé le «déficit COVID» : «Ce n’est pas un déficit structurel. Le monde entier est à l’arrêt.»

Beaton : La porte-parole des verts en matière financière, Michele Beaton, était ravie de voir que la plupart des demandes de son parti ont été entendues par le gouvernement, notamment les investissements envers les Insulaires à faible revenu.

MacDonald : Le député libéral Heath MacDonald était plus circonspect que sa collègue des verts, notamment en ce qui concerne les prévisions de revenus, jugées optimistes.

 

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  • Date de création 20 juin, 2020
  • Dernière mise à jour 22 juin, 2020
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