L’Île-du-Prince-Édouard rentre prudemment dans une «nouvelle normalité»

Jeudi, la province maritime a débuté une nouvelle phase de son plan «Renouveler l’Î.-P.-É. ensemble». Les Insulaires retrouvent un semblant de normalité, mais doivent rester sur le qui-vive, avec un nouveau système d’alerte à couleurs. Les bons résultats de l’Île sur le plan sanitaire font craindre une plus grande vulnérabilité face à une deuxième vague de COVID-19. 

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Laurent Rigaux 

Initiative de journalisme local − APF – Atlantique

Le 1er octobre, l’Île-du-Prince-Édouard a activé la dernière phase de son plan de réouverture post-COVID. Intitulée «nouvelle normalité», cette phase doit permettre à la province de recommencer à vivre presque normalement, «en attendant un vaccin,» précise Heather Morrison. «Jusqu’à ce que la maladie soit contenue», mentionne le site du gouvernement. Cette nouvelle normalité pourrait donc durer des mois, voire des années si nous sommes pessimistes.

Une normalité à géométrie variable

Mais les paramètres de cette nouvelle normalité pourront évoluer, ajoute la médecin hygiéniste en chef, selon l’évolution de la situation au pays. Il y a quelques jours, le gouvernement fédéral a annoncé que les frontières resteront fermées encore un temps : celle avec les États-Unis au moins jusqu’au 21 octobre, les autres jusqu’à la fin du mois. L’Î.-P.-É., elle, demeure également interdite aux Canadiens vivant à l’extérieur des provinces de l’Atlantique sans autorisation préalable, et l’isolement est toujours obligatoire pour celles et ceux qui arrivent de l’extérieur de la bulle. Cette «quatorzaine», aussi imposée par le Canada aux personnes de retour de l’étranger, reste la clé de voûte de la stratégie de la médecin hygiéniste en chef, car elle permet «d’éviter l’importation de la maladie».

Il faut avouer que l’Île fait presque figure d’exception dans un Canada à l’aube d’une deuxième vague, avec 3,86 cas par 100 000 habitants, contre 430,40 en moyenne dans le pays. Seuls le Nouveau-Brunswick et les territoires font mieux. L’absence d’hospitalisation et de décès place l’Île dans une position unique. Et surtout, aucune transmission communautaire n’est à signaler  pour le moment, avec 61 cas en six mois et demi. Mieux, ils sont tous indépendants, si on met de côté les deux foyers d’infection identifiés début juillet et inférieurs à cinq personnes à chaque fois, et le fils d’un malade qui était déjà guéri au moment où son cas a été annoncé.

En juin, les députés du côté de l’opposition s’étaient plaints de l’absence de critères clairs pour aller de l’avant ou, au contraire, revenir en arrière avec plus de restrictions. À quel moment fermerait-on à nouveau les écoles? Difficile de répondre. Si un cas se déclarait dans une classe, «l’école ne serait pas forcément fermée, explique Heather Morrison. Et si on fermait, cela pourrait aller jusqu’à 28 jours.»

Vert, on avance, rouge, on recule 

Ces décisions dépendent de nombreux facteurs, précise la médecin hygiéniste en chef : nombre de cas et d’hospitalisation, absence de transmission communautaire, capacité hospitalière suffisante. Les huit cas déclarés en trois jours, début septembre, n’ont ainsi pas interrompu le processus de réouverture de la province car ils n’avaient rien à voir les uns avec les autres et étaient tous en isolement.

Pour y voir clair, les autorités annoncent la mise en place d’un code couleur simple : rouge, jaune, vert. Vert, on va de l’avant, la nouvelle normalité peut continuer. Jaune est un niveau d’alerte, où des efforts sont demandés pour freiner une éventuelle propagation de la maladie. Rouge, des restrictions sont mises en oeuvre comme au printemps.

Il y a un hic à cette stratégie évoquée par Heather Morrison dans son point hebdomadaire du 15 septembre : l’absence d’immunité de groupe, l’Île n’ayant pas vraiment connu de première vague de COVID-19. Si le vaccin ou le traitement se fait attendre, la province reste vulnérable. Presque personne n’a en effet développé d’anticorps contre le coronavirus.

Interrogée dès le 25 mars sur le choix de certains pays de laisser le virus se répandre pour faire émerger une immunité, la médecin hygiéniste en chef défendait sa stratégie de barrage : «On ne peut pas faire cela en tant que société si on n’a pas de vaccin. Il y aurait beaucoup de morts chez les plus âgés et les malades chroniques. Je ne supporterai pas.»

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

  1. Infographies (Laurent Rigaux)
  • Nombre de fichiers 3
  • Date de création 5 octobre, 2020
  • Dernière mise à jour 5 octobre, 2020
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