L’Île-du-Prince-Édouard en mode «coupe circuit»

L’Île-du-Prince-Édouard fait face à ses premières contaminations de COVID-19 non expliquées. Après des mois à observer, de façon sporadique, des voyageurs revenir malades dans la province, et à les isoler de façon efficace, l’Île a vu, en deux semaines, deux grappes de cas sans réussir à remonter à la source. Des mesures fortes en vigueur depuis plus d’une semaine tentent de casser l’engrenage.

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Laurent  Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Samedi 28 novembre, l’Île ne comptait que 70 cas de COVID-19. Soixante-dix en huit mois et demi, tous liés à des voyages. Deux semaines plus tard, nous en sommes à 84. Fin novembre, la province commence doucement à s’inquiéter, car la dernière malade, une femme dans la vingtaine, était revenue d’ailleurs dans la région de l’Atlantique avant la fermeture de la bulle. Restaurants, supermarchés, elle avait visité différents endroits. Pourtant, aucun cas n’est détecté.

Premier élève, première alerte

Mais ce jour-là, une autre nouvelle fait l’effet d’un petit séisme : un élève d’une école de Charlottetown est malade et la source de l’infection n’est pas connue. Pas moins de 70 contacts proches et près de 300 contacts moins proches sont testés : négatifs. Au total, la province effectue 1 100 tests en 24 heures. Un autre malade est annoncé le même jour, puis un autre le 3 décembre, mais comme ils sont tous les deux revenus de l’extérieur de l’Atlantique, et qu’ils sont en isolement depuis qu’ils ont posé le pied à l’Île, ils passent presque inaperçus.

Dennis King encourage alors les Insulaires à se faire tester : «Si vous ressentez le moindre, vraiment le moindre symptôme, faites-vous tester. Vous n’êtes pas une charge. Nous avons la capacité. C’est la chose la plus responsable que vous pouvez faire.»

Deux jours plus tard, trois personnes sont déclarées positives, et à nouveau, la source de l’infection n’est pas connue. Ces trois jeunes femmes dans la vingtaine se connaissent, et contaminent huit autres personnes, aussi dans la vingtaine en majorité, d’après les mises à jour du dimanche et du lundi. Plutôt que d’attendre que l’épidémie se répande, la province déclare alors deux semaines de «coupe circuit». Plus de restaurants, de musées, de bars, de bibliothèques. Finies les réunions entre amis ou en famille et ce jusqu’au 21 décembre.

Toute une génération ciblée

«La situation exige une réponse forte, insiste Heather Morrison. Si nous ne réagissons pas immédiatement, cela prendra plus de temps pour s’en sortir.» La médecin hygiéniste en chef décide aussi de fermer trois écoles de la région de Charlottetown, ainsi que les classes des niveaux 10 à 12 de l’école francophone François-Buote. Les élèves concernés sont en apprentissage à la maison pour deux semaines.

Le gouvernement met la main à la poche pour aider les entreprises et les indépendants, dégainant, comme au printemps, des programmes de soutien.

Mais la décision la plus impressionnante est le lancement d’un vaste dépistage ciblé de toute une génération. Heather Morrison invite tous les 20-29 ans de la région de Charlottetown à aller se faire tester, «avec ou sans symptôme». Selon le recensement de 2016, cela représente entre 6 000 et 10 000 personnes, selon le périmètre considéré.

4 000 tests plus tard…

L’annonce dimanche 4 décembre en fin de journée d’une telle mesure provoque des embouteillages dans les cliniques de dépistage, alors que certaines ne sont même pas ouvertes à ce moment-là. Le lendemain, des files d’attente atteignant six heures, selon les témoignages publiés sur les médias sociaux, ce qui pousse les autorités à demander aux Insulaires d’étaler la charge. La médecin hygiéniste en chef se félicite de la réponse «très encourageante» des jeunes Insulaires, qui «passent rapidement à l’action».

Mardi 8 décembre, aucun nouveau cas n’est à déplorer. Heather Morrison concentre l’essentiel de son message du jour sur les vaccins, qui arrive cette semaine. Le lendemain, la province publie un communiqué pour dire qu’elle ne fera pas de conférence, car il n’y a aucun nouveau malade. Idem jeudi, après 4 000 tests en quatre jours, dont 2 344 dans le groupe ciblé. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles.

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Infographie (Laurent Rigaux)

 

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  • Date de création 14 décembre, 2020
  • Dernière mise à jour 18 décembre, 2020
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