L’Île-du-Prince-Édouard continue de battre la COVID-19

Encore trois malades, sur 36 au total. Les nouvelles éclosions enregistrées début juillet à l’Île-du-Prince-Édouard ont failli éclipser le plaisir de la bulle de voyage Atlantique et du déconfinement. Pour autant, seuls neuf cas ont été enregistrés depuis le début de l’été et les tests massifs réalisés ont permis à la province de contenir l’éclosion.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local — APF — Atlantique

L’Î.-P.-É. fait figure d’exception dans le paysage des provinces canadiennes. Seulement 36 cas, soit 2,28 pour 10 000 habitants. Sans compter les Territoires-du-Nord-Ouest et le Nunavut, seul le Nouveau-Brunswick fait mieux : 2,18 cas pour 10 000 habitants. Avec zéro hospitalisation et zéro décès, l’Île est la seule province à avoir, pour l’instant, évité le pire.

Si on regarde en arrière, les 36 cas recensés sont tous liés à une contamination hors de l’Île. Mi-mars, le Canada recommandait à ses ressortissants de rentrer au pays, et entre le 14 mars et le 2 avril, 22 personnes ont été déclarées positives à l’Île. Elles revenaient toutes de voyage à l’étranger.

Il aura fallu attendre le 8 avril pour voir apparaître le premier cas lié à un voyage au Canada. Pour tout le mois d’avril, seuls cinq cas ont été annoncés. S’est ensuivie une pause de 67 jours, au cours de laquelle l’Île s’est déconfinée lentement, mais sûrement.

Des sueurs froides début juillet

Autre constat : il n’y a aucune trace de transmission communautaire à l’Île, même dans les récents foyers d’infection. Le premier, appelé «foyer Whisperwood», identifié le 4 juillet, a donné des sueurs froides à la province et ressemblait à un scénario catastrophe :

Fin juin, un jeune homme venu des États-Unis avec un visa d’étudiant, en route pour l’Île, s’est vu refuser l’entrée au niveau du pont de la Confédération, car il n’avait pas tous les documents requis. Il est retourné en Nouvelle-Écosse.

Là, il a rencontré un autre homme dans la vingtaine, un Prince-Édouardien. Ce dernier est retourné chez lui et a dû s’isoler puisqu’on était alors avant l’ouverture de la bulle de voyage Atlantique.

«Il l’a fait du mieux qu’il a pu», explique la médecin hygiéniste en chef de la province,

Heather Morrison. Malgré tout, le jeune homme a contaminé quatre de ses contacts, tous dans la vingtaine, dont une femme qui travaille au foyer pour personnes âgées Whisperwood Villa à Charlottetown.

Après un branle-bas de combat et le dépistage de l’ensemble du personnel et des pensionnaires le samedi, puis à nouveau quelques jours plus tard, la crainte d’une transmission de la maladie aux personnes âgées fut écartée.

Un répit de courte durée : le 10 juillet, une femme octogénaire a été déclarée positive, sans qu’on arrive à comprendre comment elle a attrapé le virus. Les autorités ont lancé l’identification des contacts. Parmi eux, des travailleurs de l’hôpital Queen Elizabeth de Charlottetown, où elle a été admise quelques jours plus tôt. Un travailleur de la santé, en contact avec cette femme lors de son séjour à l’hôpital, a été déclaré positif.

Tester, tracer, isoler

Au moment où son cas a été découvert, il avait déjà fait sept gardes et croisé des centaines de personnes. Nouveau branle-bas de combat, nouvelle série de tests par centaines : les résultats reviennent négatifs, soupir de soulagement.

Ces évènements montrent l’intérêt d’appliquer la stratégie prônée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dès le mois de mars : tester, tracer, isoler. En France, cette technique est utilisée depuis le début du déconfinement afin d’éviter autant que possible une seconde vague.

L’Île l’applique aussi et teste massivement. La province se classe au troisième rang en termes de tests par habitant au Canada, derrière l’Alberta et l’Ontario. L’Î-.P-.É. a ainsi effectué, en date du 21 juillet, 108 tests pour 1000 habitants, comparativement à une moyenne canadienne de 94 pour 1000.

La province continue aussi de filtrer ses entrées. Les personnes qui arrivent de l’extérieur de l’Atlantique doivent toujours s’isoler 14 jours, mais les voyages non essentiels (touristiques par exemple) ne sont toujours pas autorisés, même si de plus en plus de catégories de voyageurs sont autorisées pour différentes raisons (étudiants, soutien ou regroupement familial, etc.).

Le maintien de ces mesures aux frontières provinciales ne pourra toutefois pas durer encore des mois, notamment lorsque le Canada rouvrira ses frontières aux touristes de l’étranger. Pour le moment, les frontières restent fermées jusqu’au 31 juillet.

Fin de la première vague au Canada

Au pays, l’épidémie ralentit aussi depuis des semaines. Le pic de 2760 nouveaux cas enregistrés le 3 mai, dont 2209 au Québec, est un lointain souvenir. Du 16 au 22 juillet, le pays n’a enregistré que 487 nouveaux cas par jour en moyenne, un niveau qui avait été dépassé constamment depuis fin mars.

La prudence reste de mise, car les contaminations rebondissent un peu dans l’Ouest, notamment en Alberta, qui a connu 867 nouveaux cas en une semaine. Du côté des décès, la première vague est clairement passée. Il y en a eu 8,5 par jour en moyenne entre le 16 et le 22 juillet, contre plus de 176 par jour entre le 30 avril et le 6 mai.

Avec 36 cas entre le 14 mars et le 28 avril dont 27 sans lien entre eux, on pourrait être tenté de dire que l’Île-du-Prince-Édouard n’a subi aucune vague. «On n’a pas vraiment eu de grande première vague, acquiesce Heather Morrison. Mais on est inquiets à l’idée d’en avoir une deuxième, peut-être à l’automne. On fait ce qu’on peut pour diminuer le risque de transmission communautaire. J’espère que nos efforts vont faire la différence.»

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

 

Infographies jointes : Laurent Rigaux

  • Nombre de fichiers 3
  • Date de création 24 juillet, 2020
  • Dernière mise à jour 24 juillet, 2020
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