L’Île-du-Prince-Édouard assiégée par l’érosion

Entre 1968 à 2010, la taille de l’île et province de l’Île-du-Prince-Édouard a diminué de 20 kilomètres carrés, soit l’équivalent du territoire de sa capitale, Charlottetown. Au rythme actuel, il faudrait 10 000 ans pour que l’Île soit rayée de la carte. Sauf que le phénomène s’accélère. Le point sur les conséquences de cette menace, aujourd’hui et pour l’avenir. 

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

« Nous sommes juste une bande de sable ». Adam Fenech, directeur du laboratoire du climat de l’Université de l’Î-P-É (UPEI), résume en une phrase le problème existentiel de l'Île-du-Prince-Édouard. En l'absence de roche dure, les vagues et l'eau salée du Golfe du Saint-Laurent grignotent le littoral fragile de la province. « La forme de l’Île change continuellement », ajoute le scientifique.

Des images aériennes prises de 1968 à 2010 ont été analysées, afin de mettre un chiffre sur ce phénomène. Résultat : la côte a reculé de 28 cm par an en moyenne sur cette période. Ce chiffre cache de fortes disparités. Tous les ans, des étudiants de UPEI font des mesures sur le terrain. Et tous les ans, il y a au moins dix endroits où il y a 1 mètre ou plus de perdu.  En 2018, les rives de North Cape ont même reculé de 5 mètres - 15 pieds - indique Adam Fenech.

Au rythme actuel, il faudrait 10 000 ans pour que l’Île soit rayée de la carte. Problème : l'érosion s’accélère, sous l'action de plusieurs phénomènes. 

Changements climatiques  

Premièrement, en raison des changements climatiques, la saisonnalité de la glace de mer change. Historiquement, la glace entourait l’Île de novembre à avril.  Aujourd’hui, il faut attendre fin janvier, après les principales tempêtes de l’année. Tempêtes qui seront plus fortes à l’avenir, selon le professeur de UPEI. 

L’absence de glace n’a pas les mêmes conséquences au nord et au sud de l’Île. Au nord, la glace absorbe l’énergie des vagues.  S’il y en a moins, la côte est moins protégée. Au sud, par contre, c’est une autre histoire. « Il y a des marées deux fois par jour, qui poussent et tirent la glace de mer, ça découpe la côte comme un couteau », explique Adam Fenech. Moins de glace ici, c'est moins de terre qui part, c'est donc positif. 

Le niveau de la mer joue aussi un rôle dans l'augmentation de l'érosion. Depuis un siècle, il est monté de 30 cm environ autour de l’Île, et ce n’est pas prêt de s’arrêter.  Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), l’organisme des Nations Unies qui travaille sur cet enjeu, il faut s’attendre à un mètre de plus en 2100. Un chiffre certainement sous-évalué pour l’Est du Canada, où d’autres facteurs entrent en jeu et aggravent la situation. 

Pour faire face à ces sombres prévisions, le gouvernement de l’Î-P-É impose aux propriétaires côtiers de s’éloigner du rivage. Une zone «tampon» s’applique à tous : sur une bande de 15 mètres le long du rivage, on ne peut pas, sans permis, couper les arbres (s’il y en a), utiliser des engins à moteur pour remodeler le sol, ni bien sûr construire quoi que ce soit. De plus, dans les villes sans plan de développement, soit 90% des municipalités à l’Î.-P.-É., des règles supplémentaires s’appliquent.  Les bâtiments doivent être encore plus éloignés de la côte. Soit de 75 pieds, soit de 60 fois le taux d'érosion annuel, selon lequel des deux chiffres est le plus grand. 

Eddie Oldfield, de l’organisation non-gouvernementale « Quest » spécialisée dans les enjeux de résilience face aux changements climatiques, insiste sur l’utilité de ces réglementations, et sur la « collaboration entre les villes et les provinces pour mettre en place de bonnes pratiques ». Les communautés qui n’ont pas de plan de développement « ont besoin que le gouvernement définisse des règles. »

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Photos disponibles sur demande auprès de ijlatlantique@gmail.com 

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  • Date de création 10 janvier, 2020
  • Dernière mise à jour 15 janvier, 2020
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