Les victimes de harcèlement et de violences sexuelles ont une nouvelle oreille à leur écoute

L’organisme Community Legal Information (CLI), ou service d’Information juridique communautaire, lance le programme RISE (Debout) dédié aux victimes de harcèlement sexuel sur le lieu de travail et plus globalement à toutes les personnes victimes de violences sexuelles. Information juridique confidentielle, conseils donnés par des avocats, documentation et sensibilisation sont les piliers de ce nouvel outil.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local — APF — Atlantique

Dans les bureaux du service d’Information juridique communautaire de l’Île-du-Prince-Édouard, la gestionnaire de projets Alia Hack évoque les restrictions d’accès au public dans le cadre de la pandémie de COVID-19.

Même si les contacts par téléphone ou par courriel sont privilégiés, Mme Hack assure que des dispositions sont prises pour écouter celles et ceux qui préfèrent se confier en face à face. «Les victimes de harcèlement ou de violences sexuelles vivent souvent un traumatisme silencieux. Nous ne voulons pas qu’elles croient qu’elles ne peuvent pas venir en parler», explique-t-elle.

La CLI a lancé le 16 juillet un nouveau programme, appelé RISE (Debout), visant spécifiquement à soutenir les victimes de harcèlement sexuel au travail et de violences sexuelles en général. Alia Hack en est la gestionnaire, Emma Chilton en est l’intervenante pivot.

Près d’une femme sur cinq est victime de harcèlement sexuel au travail

En 2018, le gouvernement fédéral s’est engagé à éliminer la violence et le harcèlement sexistes au Canada. Pour ce faire, Justice Canada a accordé du financement à des organismes d’un bout à l’autre du pays pour prévenir et lutter contre le harcèlement sexuel au travail, dont 1,7 million $ sur cinq ans à la CLI et à la Commission des droits de la personne (CDP) de l’Î.-P.-É (voir La Voix Acadienne du 18 décembre 2019).

Une autre entente de financement de deux ans a été signée en mars 2020 avec le ministère provincial de la Justice et Sécurité publique, afin d’élargir le champ d’action de RISE aux victimes de toutes formes de violences sexuelles.

À l’échelle du pays, 19 % des femmes et 13 % des hommes ont déjà été confrontés à une situation de harcèlement sexuel au travail selon une étude réalisée par Statistique Canada en 2018. À l’Île, même si les statistiques sont quasi inexistantes, «ça existe!» insistent Alia Hack et Emma Chilton.

Les discriminations fondées sur le sexe font en effet partie du trio de tête des plaintes pour discrimination enregistrées par la CDP. La CLI, elle, indiquait en décembre 2019 recevoir en moyenne deux à trois appels par mois à ce sujet.

Depuis le lancement de RISE (Debout), «entre un et dix appels ont déjà été reçus en une semaine», confie la responsable du programme.

Jusqu’à quatre heures de consultation gratuite avec un avocat

Dans le cadre de ce nouvel outil, la CLI propose, en plus de ses actions habituelles, une information juridique spécifique (et confidentielle) aux victimes de violences et de harcèlement sexuels.

Emma Chilton, en tant qu’intervenante pivot, est chargée d’évaluer les besoins de la personne plaignante, de lui fournir l’information juridique pertinente et de l’orienter vers les ressources appropriées (telles que le PEI Rape and Sexual Assault Centre, les Victim Services, l’hôpital ou la police).

«Nous donnons les options, précise Alia Hack. Nous aidons les victimes à naviguer dans le système juridique.»

Pour des conseils plus précis, jusqu’à quatre heures de consultation auprès d’un avocat sont offertes gratuitement. Les sept avocats membres du projet ont été formés sur les conséquences du traumatisme.

De la documentation sera également publiée en septembre, «en français aussi», précise Emma Chilton. Qu’est-ce que le harcèlement? Comment l’identifier? Quelles sont les responsabilités de l’employeur et de l’employé.e? Autant de questions qui trouveront des pistes de réponses.

Surtout, la CLI prévoit d’aller en août à la rencontre des organisations communautaires pour les informer de l’existence de ce nouveau soutien. «Nous n’attendons pas que les gens viennent frapper à notre porte», insistent les deux responsables.

Elles évoquent notamment l’importance d’aller répandre l’information dans les communautés rurales et francophones.

La Commission des droits de la personne, de son côté, fournira du matériel d’éducation et des formations sur mesure aux employeurs, aux employés et aux élèves du secondaire dans le but de prévenir les cas de harcèlement sexuel dans les milieux de travail.

Alia Hack et Emma Chilton le répètent : les victimes de violences et/ou de harcèlement se taisent trop souvent. Avec le programme RISE. (Debout), elles espèrent lever le voile sur une part d’ombre encore trop acceptée dans les milieux professionnels.

Les Insulaires souhaitant bénéficier du programme RISE (Debout) ou avoir plus d’informations peuvent contacter le 902-218-6143 ou faire parvenir un courriel à info@legalinfopei.ca.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

  • IJLA_Harcèlement au travail : Alia Hack (à d.) et Emma Chilton (à g.) sont les deux personnes dédiées à l’écoute et l’accompagnement juridique des victimes de violences et de harcèlement sexuels à la CLI. (Crédit : Laurent Rigaux)
  • Nombre de fichiers 3
  • Date de création 27 juillet, 2020
  • Dernière mise à jour 27 juillet, 2020
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