Les start-ups à la rescousse de l'économie terre-neuvienne

Le rachat récent de la compagnie terre-neuvienne Verafin –  pour presque trois milliards de dollars américains – met en lumière la bonne santé actuelle des «start-ups» à Terre-Neuve-et-Labrador. Malgré le contexte de la pandémie, ces entreprises émergentes, principalement dans le domaine des hautes technologies, sont en expansion. Le futur de la province repose-t-il sur ce secteur des technologies et de l'innovation? Florian Villaumé, directeur du Centre d’Entrepreneuriat de Memorial (MCE), explique le phénomène.

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Coline Tisserand

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

«Grande nouvelle aujourd'hui pour Terre-Neuve-et-Labrador : Verafin vient d'être rachetée par Nasdaq, une entreprise new-yorkaise qui gère la bourse américaine, pour 2,75 milliards de dollars américains. C’est presque trois fois ce que Facebook a payé pour racheter Instagram en 2012!», souligne Florian Villaumé. Derrière cette compagnie terre-neuvienne, qui emploie aujourd'hui plus de 600 personnes et fait partie des entreprises licornes*, on trouve trois étudiants de l'Université Memorial qui ont suivi le programme incubateur du Genesis Center. Ils ont créé cette «start-up» en 2003. Dix-sept ans plus tard, les logiciels antifraude de la compagnie sont vendus à presque 3000 institutions financières du Canada et des États-Unis.

Des jeunes pousses en bonne santé

Et le succès de cette «vieille» entreprise émergente devenue grande n'est pas unique dans la province. «CoLab, créée en 2017, est la première entreprise en démarrage des provinces de l'Atlantique à s’être rendue en Californie pour participer au programme de mentorat des «start-ups» de la Silicon Valley», explique Florian Villaumé. «La jeune pousse InspectAR, elle, vient d'être rachetée par une entreprise leader de la Silicon Valley.»

Pourquoi ces succès, alors que l'économie de la province est durement touchée par la pandémie, notamment le secteur de l'industrie pétrolière?

Florian Villaumé avance au moins deux explications. Premièrement, cela tient à la nature même des produits et services que les «start-ups» du secteur de la technologie proposent. Les produits ou services qu'elles développent aident à augmenter la productivité des entreprises ou même des particuliers, et donc à économiser de l'argent. Un besoin toujours présent, voire davantage - en contexte de pandémie.

Prenons l'exemple de l’entreprise Mysa, créée par deux frères terre-neuviens en 2017, et qui propose des thermostats intelligents. Ceux-ci permettent de faire des économies de consommation d’énergie, et donc de réduire les factures d' électricité, que ce soit pour des particuliers ou des entreprises. Le 10 novembre dernier, lors du lancement de son nouveau produit pour climatiseurs, Mysa a reçu 500 précommandes...en seulement 24h.

Plus d'étudiants futurs entrepreneurs?

Pour ce qui est de l'intérêt grandissant pour l'entrepreneuriat profitant aux «start-ups», il s’agit en fait d’une conséquence directe du contexte créé par la pandémie. Pour beaucoup d'étudiants, notamment en programme de gestion et administration ou en ingénierie, leur stage en entreprise a été annulé. «Certains se posent aussi des questions sur leur avenir dans le marché du travail : quel emploi vont-ils trouver dans ce contexte? Quelles sont les autres options qui existent?» se demande Florian Villaumé.

Alors, pourquoi ne pas créer sa propre entreprise? L'entrepreneuriat est une des options qu'ils considèrent, et ce phénomène explique pourquoi le Centre d’Entrepreneuriat de Memorial (MCE) a connu son plus grand nombre de stagiaires cette année avec un total de 43 stages entrepreneuriaux, comparativement à 18 l’année précédente.

Le Centre offre un programme de stages en entrepreneuriat qui permet aux étudiants d'être financés pendant une session pour développer et travailler sur leur idée d’entreprise émergente. C’est un programme populaire - plus de 100 stages financés par le MCE depuis 4 ans - qui s'inscrit dans la lignée de la mission du MCE, soit «d'inspirer les étudiants et les aider à concevoir et développer leur concept entrepreneurial», souligne le directeur. D'ailleurs, en octobre dernier, le MCE a été reconnu comme l’un des meilleurs nouveaux centres d’entrepreneuriat universitaire au monde, pour la deuxième année consécutive.

Coaching, accompagnement personnalisé, événements (virtuels) variés avec d'autres universités des provinces de l'Atlantique pour permettre le réseautage, ou encore divers fonds de financement sont autant d'exemples des ressources mises à disposition par le MCE. Par exemple, la compétition annuelle Mel Woodward Cup offre un chèque de 25 000 dollars à l'équipe d'étudiants dont la «start-up» est la plus innovatrice et a le plus de potentiel.

La pandémie a-t-elle été  un frein aux activités du MCE? «Au contraire, cela a ouvert de nouvelles portes : plus de personnes peuvent assister à nos ateliers en ligne», explique Florian Villaumé. «On a créé des événements virtuels avec six autres universités au Canada et divers intervenants. Les opportunités de réseautage en sont d'autant plus larges pour les participants. Les demandes de coaching ont également augmenté. Les séances sont offertes actuellement par téléphone.»

Jeunes pousses cherchent talents qualifiés

Mais qui sont donc ces étudiants par l'entrepreneuriat? Selon le directeur, 65 % des étudiants qui passent par le Centre d'Entrepreneuriat de l'Université proviennent de l’extérieur du pays. La proportion de femmes faisant appel aux ressources du MCE a également augmenté d’approximativement 25 % en 2018-2019 à 33 % en 2019-2020. L'équipe de travail dont fait partie Florian Villaumé fait un travail important pour lever les barrières qui peuvent freiner les femmes à devenir des entrepreneuses.

Dans tous les cas, quel que soit leur genre ou leur origine, les jeunes entreprises du secteur de la technologie attendent déjà de pied ferme que les étudiants finissent leurs études pour pouvoir les embaucher. En passant par le Centre d’Entrepreneuriat de Memorial, ces étudiants ont acquis des compétences entrepreneuriales solides et essentielles pour travailler dans des «starts-ups».

Comme l'explique le directeur du MCE, «l'accès aux talents est un des principaux obstacles pour le développement des jeunes pousses en haute technologie dans la province. Il y a plus de “jobs” que d'employés, car il n'y a pas assez de talents qualifiés dans la province.» Par exemple, la compagnie Verafin, en constante expansion depuis sa création, recrute chaque année la grande majorité des finissants du programme de génie informatique de l'Université Memorial.

Pour remédier à la demande importante du secteur de l'innovation et des technologies, de nouveaux programmes voient le jour. Ainsi, le College of North Atlantic a lancé un programme de trois ans en développement de logiciels à l'automne 2020. Ce programme sera également proposé en version accélérée d'un an pour les étudiants diplômés, dès janvier 2021.

Jeunes pousses: un espoir pour une province en faillite

L'avenir semble donc prometteur pour les entreprises émergentes spécialisées dans les hautes technologies. Un potentiel et un espoir énormes reposent sur ce secteur pour relancer l'économie de Terre-Neuve-et-Labrador. Toujours au bord de la faillite, la province dépend des revenus provenant  de l'industrie pétrolière.

L'exemple de Verafin montre également que des entreprises de classe mondiale ne sont pas toutes basées dans de grandes villes comme Toronto. De plus, la pandémie a mis en exergue le fait que l'on puisse travailler de partout. Entre être confiné à l'étroit dans un petit appartement d'une grande ville, ou dans une maison avec un accès direct à la nature, la deuxième option semble préférable pour beaucoup de travailleurs.

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  • Date de création 7 décembre, 2020
  • Dernière mise à jour 7 décembre, 2020
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