IJL - Ouest

Les sages-femmes : les victimes oubliées des compressions en santé en Alberta

Bien que les compressions budgétaires du gouvernement de Jason Kenney dans le secteur de la santé en Alberta ne visent pas directement les sages-femmes, elles en sont un dommage collatéral. Elles peinent à combler les trous laissés par les obstétriciens dans les hôpitaux en plus de gérer leurs propres pratiques.

Alyson Roussel

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Les réductions budgétaires en santé et le conflit entre le gouvernement et les médecins de la province qui en résulte ont fait d’autres victimes : les sages-femmes.

Dans la communauté rurale de Lac La Biche, au nord-est de l’Alberta, une collaboration a été établie entre les médecins et les sages-femmes de la clinique Tree De La Vie Midwifery en 2018, après qu’une équipe de cinq médecins à l’hôpital de Lac La Biche ait été réduite à deux personnes. Les praticiens sortants croyaient ne pas recevoir une compensation nécessaire pour leur charge de travail. Sans la collaboration entre les deux médecins restants qui pratiquent l'obstétrique et les deux sages-femmes de la région, toutes les femmes enceintes de la communauté de 8 330 habitants auraient été dans l’obligation de se déplacer vers les plus grands centres comme Edmonton, ce qui représente un voyage de 280 km. Malgré la division des tâches, la situation n’est toujours pas idéale dans cette petite communauté où le manque est présent à tous les niveaux, selon la sage-femme et copropriétaire de la pratique Tree De La Vie Midwifery et collaboratrice avec les médecins locaux, Chantal Gauthier-Vaillancourt.

« Si je vais à l’hôpital pour un accouchement, je joue le rôle de l’infirmière et de la sage-femme parce qu’il n’y a pas assez d’infirmières pour assister les médecins », dit-elle.

Le manque d’infirmières empêche parfois de procéder avec une épidurale puisque personne ne peut assister l’anesthésiste, raconte madame Gauthier-Vaillancourt. Un changement dans les services qui date des deux dernières années, selon elle.

De nouvelles responsabilités

Le manque de personnel est tellement important que certains hôpitaux ruraux en Alberta pensent intégrer les sages-femmes en salle d’opération.

« Avant tout, nous sommes formées pour la grossesse, l'accouchement et le postnatal dans l'encadrement du bien-être, affirme Mme Gauthier-Vaillancourt. Alors, lorsqu'on évoque la possibilité pour les sages-femmes d'être formées pour assister à la pratique de césariennes, ce n'est pas nécessairement soutenu par l'ensemble de notre communauté ».

En 2019, les sages-femmes ont été incluses dans le Health Profession Act, ce qui élargit les champs de compétences dans ce métier, permettant à ses praticiennes d’assister pendant les opérations chirurgicales, de faire des échographies et même de prescrire des moyens de contraception.

La présidente de l’Association des sages-femmes de l’Alberta, Chelsea Miklos, précise que les standards pour ces procédures sont toujours en développement et que sans lignes directrices, les hôpitaux ne peuvent pas faire appel aux sages-femmes pour alléger la tâche des médecins.

« Dans les petites communautés, il y a présentement un facteur de stress et d’anxiété pour les sages-femmes parce qu’elles ne sont pas certaines de ce qui s’en vient », souligne la présidente.

Un afflux de nouvelles clientes

Le plus grand défi pour ces femmes qui pratiquent cette ancienne profession, c’est la demande. En effet, avec l’incertitude qui règne dans le système de santé publique albertain, les femmes enceintes se tournent de plus en plus vers les soins des sages-femmes.

« Le plus gros problème est que les sages-femmes ont déjà de la difficulté à subvenir aux besoins de leurs clientes et avec le départ ou l’annonce de départ des médecins, la demande pour leurs services grandit », affirme Mme Miklos.

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Bas de vignettes

Sage-femme à l’hôpital. (crédit photo : Helga Himer)

La copropriétaire de la pratique Tree De La Vie Midwifery et sage-femme, Chantal Gauthier-Vaillancourt. (crédit photo : Helga Himer)

Accouchement dans l’eau. (crédit photo : Helga Himer)

La présidente de l’Association des sages-femmes de l’Alberta, Chelsea Miklow. (gracieuseté)

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  • Date de création 7 décembre, 2020
  • Dernière mise à jour 7 décembre, 2020
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