«Les femmes sont les plus affectées professionnellement et personnellement par la crise»

Mercredi 10 février, Women’s Network PEI et PEI Coalition for Women in Government ont reçu 975 000 $ du ministère fédéral des Femmes et de l’Égalité des genres. Cet argent va permettre aux deux organismes communautaires de l’Île-du-Prince-Édouard de continuer à aider les Insulaires, touchées de façon disproportionnée par la pandémie de COVID-19.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

«Ce financement fédéral change la donne, il nous permet d’affronter la tempête causée par la COVID-19. Nous pouvons continuer à aider les femmes de l’Île et répondre à leurs besoins», salue Jillian Kilfoil, directrice générale de Women’s Network PEI. Le réseau a reçu 616 776 $ pour renforcer son organisation et assurer sa viabilité à long terme.

Une subvention qui permettra notamment de financer les salaires des huit employés, d’embaucher de nouvelles personnes pour établir un plan stratégique et de mieux soutenir les associations féministes «plus petites et plus jeunes». «Ce type de soutien est rare. Comme on dispose d’un modeste financement de base, ça va nous aider à nous stabiliser et à travailler davantage dans les régions rurales isolées», apprécie Jillian Kilfoil. La responsable rappelle que dans les premiers mois de la pandémie, 20 % des organismes à but non lucratif ont été emportés par la crise ou ont dû réduire de façon radicale leurs programmes.

Un avis partagé par Sweta Daboo, directrice générale de PEI Coalition for Women in Government. La coalition, dont le mandat est d’améliorer la représentation des femmes dans la vie politique, civique et démocratique de l’Île, vient également de recevoir 360 000 dollars du gouvernement fédéral. «Depuis 18 ans, il n’y a pas eu beaucoup de changement dans notre gouvernance et notre fonctionnement. Avec cet argent, on va pouvoir se moderniser et rendre notre organisation plus inclusive», témoigne Sweta Daboo. L’aide servira entre autres à améliorer le fonctionnement du conseil d’administration, à renforcer le partage de connaissances avec les autres organismes communautaires et à mieux protéger les employés en créant un environnement de travail encore plus sûr. 

La pandémie, «une occasion de changer le système»

Ces financements sont d’autant plus importants que la pandémie de COVID-19 exacerbe les inégalités hommes-femmes. «Les femmes sont les plus affectées professionnellement et personnellement par la crise», regrette Sweta Daboo. «Beaucoup ont perdu leur emploi ou ont vu leur nombre d’heures de travail diminuer. Et à la maison, ce sont elles qui assument la majorité des tâches non rémunérées comme la garde des enfants, ajoute Jillian Kilfoil. Elles ont plus que jamais besoin d’être écoutées et soutenues.»

À ces problèmes s’ajoutent des enjeux provinciaux spécifiques tels que les difficultés d’accès à Internet et le manque de transport en commun, qui isolent et vulnérabilisent les Prince-Édouardiennes. «Toutes ces problématiques existent depuis longtemps, parfois depuis des générations. On ne va pas les régler en quelques mois malgré la bonne volonté des gouvernements, reconnaît Jillian Kilfoil. Mais la pandémie les a rendus plus visibles, c’est une occasion de changer le système.»

La crise sanitaire a aussi eu des effets positifs. Selon Sweta Daboo, elle a servi de déclic pour certaines femmes qui veulent désormais se lancer en politique. «Normalement, il faut leur demander entre trois et sept fois avant qu’elles acceptent de se porter candidates car elles n’ont pas confiance en leurs capacités», explique la directrice de PEI Coalition for Women in Government. «Depuis quelques mois, plusieurs nous ont contactés pour nous dire qu’elles étaient prêtes à se présenter à des élections. Elles veulent que leurs priorités soient réellement prises en compte, leurs soucis résolus», poursuit-elle.

Barrières en politique

Mais les femmes sont confrontées à d’autres obstacles persistants. Sweta Daboo évoque les processus de nomination au sein des partis «qui les intimident», ou encore les lieux de pouvoir qui ne sont pas assez sûrs et accueillants. «On collabore avec les partis pour les encourager à avoir plus de candidates», affirme la responsable. PEI Coalition for Women in Government organise également des ateliers et des sessions d’informations à destination des femmes. «Comment être choisies candidates, comment mener une campagne, on essaie de leur donner les compétences dont elles ont besoin pour réussir», résume-t-elle. Et ça marche. Lors des élections municipales de 2018, grâce au travail de la coalition, la proportion de candidates est passée de 20 à 30% dans les quatre grandes municipalités (Charlottetown, Summerside, Cornwall et Stratford) par rapport au précédent scrutin. 

Women’s Network PEI et PEI Coalition for Women in Government ne sont pas les seuls organismes communautaires à bénéficier de subventions fédérales. À l’échelle du pays, le ministère des Femmes et de l'Égalité des genres et du Développement économique rural investit 100 millions de dollars pour soutenir les femmes touchées par la pandémie et financer des projets qui aident les plus démunies. Jillian Kilfoil espère que ces fonds ne se tariront pas avec la fin de la pandémie. «Les problèmes ne vont pas s’envoler quand le virus ne sera plus là, j’ai peur que les gens et les gouvernements l’oublient», confie-t-elle.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Jillian Kilfoil : Avec la pandémie, les femmes ont plus que jamais besoin d’être écoutées et soutenues selon Jillian Kilfoil, directrice de Women’s Network PEI. Laurent Rigaux.

Sweta Daboo : «Beaucoup de femmes nous ont contactés pour nous dire qu’elles étaient prêtes à se présenter à des élections», se réjouit Sweta Daboo, directrice de PEI Coalition for Women in Government.

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  • Date de création 15 février, 2021
  • Dernière mise à jour 15 février, 2021
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