Les femmes en situation de pauvreté vivent difficilement la pandémie à Terre-Neuve-et-Labrador

Lesley Burgesse travaille depuis deux ans dans une banque alimentaire à Saint-Jean de Terre-Neuve. Elle constate les inégalités homme-femme sur le marché du travail. «De mon point vue, il y a davantage de femmes dans les emplois moins bien rémunérés, davantage qui sont travailleuses de première ligne et davantage qui sont payées au salaire minimum.»

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Coline Tisserand

Initiative de journalisme local – APF - Atlantique

La perception de Lesley Burgess est bien fondée. Un rapport de Statistique Canada de 2019 sur les travailleurs et le salaire minimum  indiquait qu’en 2019, 60 % des gens payés au salaire minimum étaient des femmes.

La pandémie n’a pas arrangé la situation pour les femmes. Selon Lesley Burgess, la première vague de mars 2020 a entraîné une augmentation des demandes de la part des femmes pour bénéficier de soutien financier. « Depuis, ces demandes avaient ralenti, mais avec la nouvelle vague des cas ici, elles ont recommencé à augmenter», observe l’ancienne étudiante qui s’est penchée sur la théorie féministe et le féminisme durant sa maîtrise de philosophie.

Conscient de ces difficultés pour les femmes, le gouvernement fédéral a réagi. Le 11 février dernier, le ministère Femmes et Égalité des genres et le ministère du Développement économique rural annonçaient un investissement de 100 millions $ pour aider les femmes touchées par la pandémie en finançant des projets destinés à soutenir les plus démunies. Cette aide vient s’ajouter aux 100 millions versés aux organismes qui offrent un soutien et des services aux personnes victimes de violence fondée sur le sexe en 2020. Dans toute la province de Terre-Neuve-et-Labrador, près d’une trentaine d'organismes ont bénéficié de ces fonds fédéraux.

Partout dans le monde, le nombre de femmes victimes de violence a considérablement augmenté à cause du confinement forcé. Dans son travail, Lesley Burgess confirme ce phénomène. «Davantage de clientes qui viennent dans notre banque alimentaire fuient leur foyer à cause de maltraitance. Elles repartent de zéro sans rien. On peut les aider avec de la nourriture, mais je m’interroge par rapport aux ressources disponibles pour un soutien à long terme», souligne la travailleuse.

Être pauvre tout en aidant les autres pauvres 

Les banques alimentaires s’avèrent une ressource essentielle pour les femmes dans le besoin. «Avec la pandémie, c’est devenu plus stressant pour elles et leur famille. Comme les écoles sont fermées, leurs enfants n’ont plus accès aux petits déjeuners et aux déjeuners gratuits que ces établissements offrent quotidiennement. Elles doivent se tourner vers les banques alimentaires», explique Lesley Burgess. Si son organisme a fait face à un manque de dons le printemps dernier au début de la pandémie, la situation s’est à nouveau améliorée depuis qu’il y a moins d’incertitudes par rapport au virus et à sa transmission sur les surfaces.

Les femmes à faible revenu ont également des besoins qui leur sont propres en matière de produits d'hygiène personnelle, des produits qui ne sont pas toujours accessibles. Cependant, ces besoins passent souvent au second plan, car elles se chargent en premier lieu de s’occuper des autres. «Je remarque que les femmes qui viennent dans notre banque alimentaire ont aussi souvent le rôle care-taker, pas seulement pour les membres de leur famille, mais aussi pour les personnes de leur communauté dans le besoin», observe la jeune femme.

Prendre ce rôle de dispensatrices de soins fait parfois bouger les choses. Par exemple, Debbie Wiseman, qui a elle-même vécu dans l’insécurité alimentaire pendant son enfance, a poussé le gouvernement provincial à modifier sa loi pour autoriser les dons de viande d’orignal aux banques alimentaires. Alors que les discussions sur le sujet s’éternisaient depuis 12 ans, cette membre de la Social Justice Co-op NL a rallié le soutien des citoyens à cette cause. Ses actions ont porté fruit, puisque les dons sont maintenant autorisés depuis novembre dernier, ce qui permet de réduire l’insécurité alimentaire.

«Il y a beaucoup de femmes qui créent des programmes pour aider les autres,» souligne Lesley Burgess, en citant l’exemple du groupe Neighbours in Need Newfoundland. «C’est une femme, une Terre-Neuvienne, Cortney Barber qui a créé ce groupe d’aide sur Facebook lors de l’état d’urgence de Snowmaggedon. Il y a d’ailleurs beaucoup de femmes qui sont de dynamiques bénévoles dans ce groupe.» Aujourd’hui, la page compte presque 14 100 membres inscrits. Le but du groupe est de connecter les habitants entre eux et d’offrir toute sorte d’aide (nourriture, vêtements, aide pour déneiger, etc.) aux personnes dans le besoin.

«Avec la pandémie, plus de femmes doivent travailler de la maison, s’occuper des enfants et des tâches ménagères. Il y a plus de pression sur elles, et je pense que cela n’est pas pleinement reconnu. Je suis vraiment curieuse de lire les études d’analyses de genre qui vont paraître sur le sujet», conclut Lesley Burgess.

*En raison des élections, l’agence consultative provinciale sur la condition féminine, le Provincial Advisory Council on the Status of Women (PACSW) soutient ne pas être autorisé à parler aux médias et n’a donc pas pu nous fournir des chiffres plus récents sur la situation actuelle des femmes dans la pauvreté.

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Photo: Lesley Burgess (courtoisie) : Ancienne étudiante en maîtrise de philosophie à l’Université Memorial, Lesley Burgess travaille aujourd’hui dans une banque alimentaire à St. John’s.

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  • Date de création 5 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 5 mars, 2021
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