Les défis qui pèsent sur les pêcheurs de homards

Dire que la saison printanière de la pêche aux homards à l’Île-du-Prince-Édouard est remplie d’incertitudes est une évidence. Peu de pêcheurs souhaitent s’exprimer sur ce qui les attend pour les six prochaines semaines. Distanciation physique, prix, ressources humaines, la pandémie touche tous les aspects de leur travail.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local  –  APF – Atlantique

La saison printanière de la pêche aux homards a débuté vendredi dernier, le 15 mai, avec deux semaines de retard par rapport à ce qui était prévu avant la pandémie de COVID-19. La date avait fait l’objet de nombreux débats, jusqu’à la décision finale d’Ottawa, prise fin avril.

Une saison plus courte, des homards plus gros

Les pêcheurs de l’Île vont devoir faire leurs chiffres avec 25 % de jours en moins. Si une extension sera sans doute demandée à Pêches et Océans Canada en juin, Ian MacPherson ne s’attend pas à ce qu’elle soit assez longue pour rattraper le retard. «Il y a peu de chance qu’on ait 60 jours de pêche cette année, explique le directeur de l’Association de pêcheurs de l’Î.-P.-É. Ce sont les pêcheurs qui décideront de faire une demande, selon les prises». L’année dernière, quelques jours de pêche de plus avaient été accordés pour la zone de 24, qui s’étend de Tignish à East Point, le long des côtes de la partie nord de l’Île. «Si le temps est beau, on pourra faire une bonne saison», espère Alvin Pitre, pêcheur à Tignish.

Une augmentation de la taille minimale de capture a été accordée cette année par Pêches et Océans Canada. Elle est passée, dans les deux zones de pêche 24 et 26A1 autour de l’île, de 73 mm à 74 mm, conformément à une demande de l’industrie. «Plus on augmente la taille minimale, plus la proportion de femelles matures qui reste dans l’océan augmente», explique Amélie Rondeau, biologiste de Pêches et Océan Canada, basée à Moncton. «Pour l’industrie, augmenter la taille minimale est comme un «investissement», ajoute-t-elle. : «Les homards qui restent dans l’eau peuvent voir leur poids augmenter de 40 % en un an». Les pêcheurs attraperont donc moins de crustacés cette saison, mais ils seront plus gros, et donc rapporteront davantage..

Des prix incertains

Une fois le homard pêché, il faudra trouver des marchés pour écouler la marchandise, alors que les restaurants sont encore fermés à l’Île. Même si les débouchés à l’exportation devraient être bons, selon Ian MacPherson, il y a un risque que les prix proposés aux pêcheurs soient plus faibles que par le passé. «Nous ne nous exprimons pas publiquement sur ce sujet», dit-il. Parmi les pêcheurs contactés, certains expliquent qu’il peut se passer deux semaines avant qu’on ne leur dise quel sera le prix offert pour leur homard. Autrement dit, ils vont commencer à pêcher sans savoir ce qu’ils vont gagner. Alvin Pitre, de son côté, avance un chiffre :  4,25 dollars la livre : «On verra le chèque qu’on aura.»

Une main-d’oeuvre réduite

Ce qui inquiète le plus Ian MacPherson, c’est le manque de travailleurs disponibles, «même si la situation sur l’Île est un peu meilleure qu’au Nouveau-Brunswick», où les travailleurs étrangers temporaires sont interdits de séjour. La plupart des travailleurs saisonniers dans les usines de transformation des produits de la mer arrivent du Mexique, des Philippines et de Chine. L’an dernier, 1 400 étaient venus à l’Île. Cette année, il devrait y en avoir 20 % de moins environ.

Le gouvernement a lancé plusieurs programmes pour encourager les étudiants de travailler dans l’industrie des produits de la mer. Sur le site de Work PEI, plusieurs offres d’emplois étudiants étaient visibles la semaine dernière, publiées par les principales entreprises de transformation du homard de l’Île. Les allocations accordées via le programme Team Seafood ont été doublées. Les élèves de 10, 11 et 12e année peuvent toucher  jusqu’à 2 000 dollars d’allocations s’ils «travaillent dur tout l’été» dans une usine de produits de la mer ou une ferme aquacole, comme l’indique le site web du programme.

Sans oublier la baleine noire

La pêche peut être suspendue pendant 15 jours dans une zone du golfe du Saint-Laurent si une baleine noire est détectée. Cette interdiction peut être étendue jusqu’à la fin de l’année si des baleines de cette espèce en danger sont repérées à plusieurs reprises en deux semaines dans la même zone.

Selon le site de Pêches et Océans Canada, des baleines ont été observées début mai au nord des Îles de la Madeleine. Plusieurs zones sont d’ores et déjà fermées à la pêche là-bas, hors de la zone de pêche 24 qui concerne les pêcheurs de l’Île. «Elles sont plus au nord», confirme Alvin Pitre. «Nous espérons qu’elles vont maintenir leur route de migration habituelle, ajoute Ian MacPherson. C’est quelque chose que l’on surveille au jour le jour.»

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

 

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  • Date de création 15 mai, 2020
  • Dernière mise à jour 15 mai, 2020
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