Les déchets dans les toilettes, un fléau à Charlottetown

Le personnel de la station de traitement des eaux usées de Charlottetown voit passer des choses étranges au quotidien : des couches, des lingettes pour bébés, des préservatifs et même une corne d’animal. L’impact de tous ces déchets sur les installations et sur le personnel n’est pas négligeable.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

Le mardi 11 février était un jour spécial pour Steven Stewart, directeur de la station d’épuration de Charlottetown. Ce jour-là, la toute nouvelle installation de criblage est entrée en service, une amélioration très attendue.

Situées au début du processus de traitement des eaux, les nouvelles mailles interceptent tout ce qui est plus gros qu’un grain de café. Elles sont plus fines qu’avant et permettent donc de mieux «protéger le reste de l’installation», explique le responsable. Ces travaux, et ceux du nouveau bassin à boues activées, ont coûté 12 millions de dollars au total. Six millions doivent encore être investis pour rénover l’usine.

Des couches, un dentier, un passeport

Ce gain de performance va cependant accroître la masse de choses diverses et variées qui n’ont rien à faire là et qui doivent être enlevées. Chaque semaine, les employés de la station récupèrent l’équivalent d’une benne à ordure de déchets que la station ne peut pas traiter et qui finissent donc à l’enfouissement.

Certains sont habituels, comme les couches, lingettes, tampons, préservatifs. D’autres sont plus surprenants. «On a déjà trouvé un œil de verre, raconte Steven Stewart. Des billets de banque aussi. Un dentier.» Il nous montre en passant dans l’atelier une corne d’animal qui trône tel un souvenir. Ce mardi-là, ses équipes ont même retrouvé un passeport canadien. Le document partira avec le reste, six pieds sous terre.

La station traite quotidiennement 12 000 à 15 000 m3 d’eaux usées en provenance de toute la ville. À l’automne, une nouvelle canalisation connectera Stratford à l’usine. La ville voisine de Charlottetown se prépare en effet à fermer sa propre installation.

«On s’attend à 10 % d’augmentation du volume», calcule le directeur. 10 % d’eaux en plus, donc 10 % de déchets en plus. Avec la nouvelle installation de criblage, plus efficace, Steven Stewart s’attend à remplir «deux bennes par semaine».

Le problème des lingettes «jetables dans les toilettes»

Le directeur peste contre les lames de rasoir retrouvées — «dangereuses pour le personnel» — et contre l’huile de friture. Il ne faut pas la jeter dans l’évier ou les toilettes, car cela peut provoquer des bouchons dans les canalisations.

Mais surtout, il s’agace contre ces produits vendus comme jetables dans les toilettes, particulièrement certaines lingettes pour bébés : «Elles ne le sont pas du tout! Elles ne se décomposent pas comme le papier toilette», insiste Steven Stewart. Ces lingettes sont en effet parfois composées de polymères thermoplastiques, comme le polypropylène, et leur capacité à se décomposer est sujette à de nombreux débats entre les industriels du secteur d’un côté, les environnementalistes et les services d’assainissement de l’autre.

Quand elles voyagent jusqu’à la station d’épuration, ces lingettes peuvent s’emmêler dans les pompes, provoquer des bouchons et des bris de matériel, explique Steven Stewart. Sans parler des impacts sur l’environnement si des microparticules de plastique passent à travers le système, conçu pour ne traiter que des matières organiques.

Réparer les dégâts de ces déchets indésirables «représente trois à quatre heures de travail chaque jour en moyenne, estime le responsable. Démonter une pompe parce que des lingettes sont coincées, ça peut prendre 16 heures.»

Intercepter et évacuer ces déchets indésirables est «une routine» pour le personnel de la station de Charlottetown. Une routine qui a un coût, payé au final par toute la collectivité.

Le service de l’eau et de l’assainissement de la ville tente de sensibiliser les habitants : «Nous saisissons chaque opportunité pour en parler», indique par courriel le service des communications de Charlottetown. Alors la prochaine fois que vous vous tiendrez au-dessus de la cuvette avec autre chose que du papier toilette, réfléchissez-y à deux fois : ce sont vos taxes qui paieront les dégâts.

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  • Date de création 19 février, 2020
  • Dernière mise à jour 19 février, 2020
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