Les Canadiens cuisinent plus et gaspillent plus

Une équipe de lUniversité Dalhousie, à Halifax, dirigée par le professeur Sylvain Charlebois, sest penchée sur nos poubelles. Depuis larrivée du coronavirus, nous générons plus de déchets organiques quauparavant. Une conséquence de nos vies plus sédentaires, mais aussi de peurs irrationnelles.

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Laurent Rigaux

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Depuis la mi-mars, nos vies ont changé. Nous sommes plus souvent à la maison et sortons moins, les restaurants n’ont rouvert qu’en juin, voire juillet. Résultat : on cuisine plus et on jette plus. C’est le résultat d’une étude menée par l’Université Dalhousie auprès d’un échantillon de 8272 Canadiens en août 2020.

270 grammes de déchets en plus, chaque semaine

Avant la pandémie, un ménage canadien jetait en moyenne 2,03 kg de déchets organiques par semaine. Une partie est inévitable (les épluchures, les noyaux, etc.), mais la plus grosse part (80 à 85 %) est du gaspillage. Mauvaise gestion des proportions, problème d’inventaire (on achète trop, puis on jette quand c’est périmé), les raisons sont multiples. Depuis mars, ce chiffre est en augmentation. Il s’élève à 2,30 kg par semaine selon les auteurs de l’étude, un chiffre cohérent avec les rapports produits par certaines municipalités canadiennes sur le volume de déchets.

«Ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle», lance Sylvain Charlebois. «Le volume est en hausse, ça ne veut pas dire qu’on gaspille plus.» Le directeur du Laboratoire en science analytique agroalimentaire de l’Université Dalhousie explique que «les gens apportent plus de nourriture à la maison, ils génèrent plus de gaspillage, mais en proportion, on pense que c’est moins». Plus d’un ménage sur deux (55,4 %) estime d’ailleurs gaspiller moins qu’avant, une tendance plus marquée à l’Île-du-Prince-Édouard (58,4 % ). Environ dix-sept pour cent (17,2 %) des répondants affirment ne jamais gâcher de nourriture, un pourcentage «bien plus élevé que ce que les études antérieures ont démontré», selon le rapport de l’Université Dalhousie.

La peur du virus et des dates limites

Les raisons pour lesquelles les gens gaspillent de la nourriture sont principalement liées à une mauvaise planification des achats. Plus d’un répondant sur trois jette des aliments parce qu’ils sont restés «trop longtemps au réfrigérateur ou au congélateur». Environ trente pour cent (30,4 %) des personnes interrogées «ne finissent pas les assiettes» et 15 % estiment que «la nourriture se détériore avant la date limite».

La peur est aussi responsable. Un Canadien sur 10 a déclaré avoir jeté de la nourriture à cause du coronavirus, pensant qu’elle pouvait être contaminée, alors qu’il n’y a aucun fondement scientifique justifiant ce comportement. «Il n'existe aucune preuve suggérant que l'alimentation est une source ou une voie probable de transmission du virus», rappelle l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) sur son site internet. «On n’a pas communiqué là-dessus assez fréquemment», regrette Sylvain Charlebois.

Autre enjeu : les dates de péremption. Vingt pour cent (20 %) des  individus questionnés «ne consomment jamais d’aliments après la date de péremption» depuis le début de la pandémie et seuls 12,7 % affirment en consommer «plus souvent». «La date "meilleur avant" n'est pas une garantie de la salubrité de l’aliment, explique l’ACIA. Elle constitue plutôt une indication pour les consommateurs de la fraîcheur et de la durée de conservation potentielle des aliments non ouverts.»

Des efforts pour moins gaspiller, mais le plastique à la vie dure

Signe encourageant, certaines personnes consultées ont déclaré qu’elles avaient pris des mesures depuis le début de la crise sanitaire pour moins gaspiller. «Manger les restes plus souvent» (34,5 %), «regarder plus souvent dans le réfrigérateur et les armoires» (24,4  %), «opter pour la conservation, la congélation et la mise en conserve des aliments plus souvent« (22,5 %) forment le trio de tête des initiatives prises par les ménages canadiens. Le Québec est la seule province où la réponse «nous n'avons rien changé depuis le début de la pandémie» a été le choix le plus populaire (29,2 %).

Cette étude ne s’intéresse qu’aux déchets organiques et laisse de côté le problème des emballages plastiques qui a fait l’objet d’une autre étude du laboratoire dirigé par Sylvain Charlebois, publiée il y a un mois. Moins préoccupés par les impacts du plastique à usage unique, plus soucieux de la salubrité des aliments, plus de la moitié des Canadiens souhaite, selon le document, attendre la fin de la crise sanitaire pour aller de l’avant dans l’interdiction du plastique, une proportion plus élevée dans les provinces de l’Atlantique. Pourtant, «aucun cas n'a été rapporté associant les aliments ou l'emballage des aliments à la transmission de la COVID-19», affirme l’ACIA.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Sylvain Charlebois dirige le Laboratoire en science analytique agroalimentaire de l’Université Dalhousie. (Courtoisie)

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  • Date de création 11 septembre, 2020
  • Dernière mise à jour 14 septembre, 2020
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